Contribution

From O. : Qui suis-je ?
A long time ago ...

"On retrouve bien ici tout le problème de l'homme et de ses questions existentielles. On aimerait trouver quelqu'un qui puisse nous dire qui nous sommes.
Mais cela est impossible, personne d'autre que nous même ne peut le savoir.
Alors qui es-tu ? "Tu es quelqu'un de bien, persévérant, gentil, dévoué, attachant, ..."
Mais est ce que faire l'énumération de tes qualités revient vraiment à te dire qui tu es ?
Alors peut être que je devrais plutôt dire que "Tu es quelqu'un pot de colle, naïf parfois, et trop bon (trop con ?)." Mais quel intérêt à te dire ça ?
Alors je ne sais quoi répondre du tac au tac, je ne peux rien dire; je ne sais même pas me définir, mais je vais faire ce que je peux.

Je reprend donc, qui es-tu :
"Tu es un homme (je sais ça peut paraître évident, mais les monstres et les connards existent aussi), tu es un homme, un homme qui se cherche, mais nous nous cherchons constamment, nous sommes toujours en évolution constante. Alors trouver une définition est difficile. Pour te résumer, tu es un homme (et non pas quelqu'un) qui voudrait pouvoir changer le monde, qui pense que chaque être peut être bon et peut nous apporter quelque chose.
Tu es un homme qui crois en la nature humaine, peut un peu trop souvent, tu serais prêt à tout pour ceux qui comptent à tes yeux même si ceux ci ne te le rendent pas forcément. Tu es exigeant et à la fois passif. Tu ne veux rien brusquer, tu es effrayé, tu es amoureux, tu es heureux. C'est tout cela qui te définit.
Pour conclure je dirais simplement que tu es quelqu'un de bien, mon homme."
O. 

From SBB : Désespoir ...
5-03-2011

Le désespoir viscérale. Je ne savais pas ce que cela signifiait, ce que l’on pouvait ressentir. Il me semble d’ailleurs que le désespoir et la douleur sont liés, étroitement ou simplement. Je n’avais jamais ressenti cela jusqu’à cette soirée. Le fragment de souvenir que j’écris éclairé par une lampe, sur une feuille ombragée par la surface de ma main. Feuille qui se noircît de mon écriture, écriture non très virile mais qui semble se glisser dans les profondeurs de ma feuille, enlaçant mes interlignes, se gravant dans le peu d’âme, le peu de raison qui ne soit pas marqué au fer rouge, qui ait échappé à son tortionnaire : le désespoir.

Mon semblant d’histoire ressemble à des milliers d’autres. C’est plutôt pathétique, je l’admet ; mais si je n’évacue pas ce que j’ai encore en tête , ce dont je me souviens j’ai peur que tout ne me poursuive à jamais, et ne me ronge petit à petit comme il l’a déjà fait.

La première fois que je l’ai vu c’était un vendredi soir .Il faisait noir. Elle était là, sur ce banc, sous ce réverbère , dans cette robe émeraude, chaussée dans ces bottes de motardes. Elle pleurait silencieusement. Deux jeunes dans une voitures l’ont klaxonné et sifflé ; elle n’a pas bougé. Elle semblait totalement impassible. Elle ressemblait à un fantômes, à un songe ; elle était radieuse. J’étais sur le trottoir opposé et tout à basculer lorsque j’ai traversé. Si je n’avais pas effectué ce pas, ce malheureux pas , si je n’étais pas descendu du trottoir, si j’avais continué mon chemin comme n’importe quel humain, comme n’importe quelle personne égoïste : ma vie n’aurait pas pris cette tournure. Je ne l’aurais jamais rencontré, elle serait rentrée chez elle et moi dans mon appartement, j’aurais bu et je me serais couché seul dans mes draps crados, j’aurais fumé en contemplant par la fenêtre sans rideaux les étoiles et je me serais endormi comme une soirée habituelle. Mais il a fallut que je traverse et je ne saurai dire si aujourd’hui je le regrette ou non. Elle m’a regardé arriver et m’asseoir près d’elle sans dire un mot, sans bouger. Après quelque minutes de silence elle s’est levée et est partie . Je n’ai rien fait , absolument rien. Juste qu’à ce qu’elle traverse sans regarder et qu’elle ne manque de se faire renverser par une voiture . Je la soupçonnai alors de l’avoir fait volontairement et je la suivis. Elle se retourna, faisant voler ses cheveux et me dévisagea . Je fis de même. Elle me surpris par son « Quoi ? » qui rompit le silence sans que je ne m’y attende. Je lui fis remarquer avec ironie qu’elle n’était pas en état de rentrer chez elle . Elle me demanda alors si j’avais une cigarette. Je lui en passai une, elle l’alluma délicatement et la porta à ses lèvres avec une délicatesse incompréhensible, comme si cette cigarette était la chose la plus fragile qu’il soit, comme si elle souhaitait ne pas l’abîmer alors qu’elle savait qu’à la fin il n’en restera qu’un bout, tout le reste sera réduit en cendre. Elle me suivit chez moi, son cylindre blanc, fumant, à la main. Lorsqu’elle passa ma porte je souris. Je suis « un coureur de jupons » et toutes les personnes féminines qui ont passé cette porte ont été mes compagnes pour une nuit . Et si elle acceptait d’être une de ces filles cette nuit ? Elle resta plantée dans le couloir pendant que je partis lui chercher un verre d’eau . « T’aurai pas du jus de pamplemousse ? », me demanda t’elle . Je lui répondis que non et que je ne risquai pas d’en trouver à cette heure là. Elle haussa les épaules, entra dans le salon, son verre d’eau à la main et s’assit sur le canapé. Ses grands yeux qui regardaient autour d’elle tout en donnant l’impression qu’ils ne voyaient rien ; ses longs cheveux bruns qui zigzaguaient sur sa nuque et ses épaules ; sa bouche qui ne portait pas fièrement du rouge à lèvres comme toutes ces putains qui veulent se donner de l’importance ; ses bracelets qui entouraient ses fins poignets où l’on pouvait apercevoir ses veines ; ses bottes de motardes et son verni à ongles noir qui contrastaient avec la vert émeraude de sa robe, robe à l’allure « chic », sa poitrine qui se levait et s’abaissait à chaque respirations, tout chez elle m’intrigua. Après réflexion , je ne me pensais pas capable de lui proposer d’être ma compagne, d’être le deuxième membre d’un duo sous les draps ce soir.

Elle m’apparaissait comme quelqu’un d’habile, de paisible, de prudent et de pudique, de mure mais pourtant si fragile . Elle abordait un visage de sainte mais pas une fille à papa, plutôt indépendante et rebelle. Elle me laissait penser qu’elle était tout et son contraire. Elle donnait l’impression d’être complètement perdue, perdue quelque part entre la terre et le ciel . Mais que fichait t’elle sur ce banc en pleine nuit bon sang !

Je la comparais à une poupée, une poupée de chiffon, fragile, qui, lorsque l’on la voit nous pousse à essayer de comprendre comme elle peut faire pour rester sur ses deux jambes ; à remettre en causes les lois de la gravité, tous les théorèmes, calculs et autres problèmes que les mathématiciens passent leur temps à démontrer.

Je finis par prendre la parole « Tu veux rester dormir ? »

Comme si elle ne pouvait contenir ses larmes plus longtemps elle les laissa couler et me raconta tout . Comment ça soirée chez une amie avait virée au drame lorsqu’un de ses amis était tombé du toit, ;combien elle se sentait effrayée par la mort qui, pensait-elle l’a suivait partout ; qu’elle m’avait suivi parce qu’elle ne voulait aller nul part ailleurs, effrayée de devoir raconter ce qui c’était passé à chaque personnes qu’elle rencontrerait ; qu’elle était complètement perdue et qu’elle était sure que je l’avais invité chez moi parce que je voulais qu’elle partage mon lit ce soir. Elle me précisa d’ailleurs sur ce dernier point qu’elle n’en avait pas envie et qu’elle partirait si je venais à insister. Qu’elle errerait alors certainement dans le métro, dans les rues, peut-être rentrerait elle chez elle pour mieux repartir au petit matin . Elle me fixa et je lui souris . C’était à mon tour de parler. Je lui dis que j’étais désolé pour son ami, même si de le dire ne sert à rien ; que la mort nous poursuivait tous, qu’elle nous hantait de notre naissance jusqu’à la fin de notre vie, où elle nous avait enfin eu ; que je n’avais pas pour habitude d’obliger les personnes qui ne le voulaient pas à être un de mes ébats d’un soir et qu’elle pouvait dormir ici en toute sécurité.

Le lendemain le canapé était vide. Elle s’était enfuie. Elle avait écrit au bic sur un oreiller « Merci ». J’en déduis qu’elle avait un sacré culot pour l’avoir écrit sur le tissu plutôt que sur un papier comme tout le monde , mais que l’intention me plaisait . Je sortis toute la journée et lorsque je repassai chez moi pour me préparer à ressortir de sitôt elle attendait sur les marches du perron, un sac près d’elle . Je lui ouvris ma porte et c’est ainsi qu’elle resta plusieurs semaines chez moi. Parfois elle sortait mais elle revenait toujours. J’apprenais peu à peu à la découvrir , elle était tout et son contraire, lunatique et décidément vraiment pas banale.

En toute évidence la chose la plus probable qui soit arriva : nous somme tombés amoureux l’un de l’autre, du moins j’étais tombé amoureux d’elle aussi inconcevable que cela puisse paraître. Elle était différente. Oui, moi, le coureur de jupons j’étais tombé amoureux de la poupée de chiffon. La deuxième chose la plus probable se fit aussi : elle m’a détruit.

Comment ? Tout simplement en partant.

Nous étions en boîte de nuit, moi, elle et des amis. Les lumières balayaient la salle, les corps qui dansaient et mêlées à la musique le tout donnait l’ambiance qui correspondait à mon état : déchiré. J’avais abusé de ces bouteilles aux potions magiques et à ces substances qui me faisaient ressentir des choses inexplicables. Je ne la voyais plus . Je demandai en hurlant pour me faire entendre, à quelqu’un que je n’arrivai pas à identifier où elle était. Il me répondit « Bah elle est partie . » Comme si c’était une évidence, une chose qui coulait de source, aussi évident que toutes les personnes ici n’avaient rien de mieux à faire, aussi évident que le soleil tournait autour de la Terre, que nous somme des pourritures, que les vaches donnent du lait, que les abeilles piquent, que les Schtroumfs soient bleu, que nous descendions du singe, que les éléphants aient des trompes, que j’aimais comme un fou cette fille, que je m’attendais au pire et que j’étais incontestablement en plein délire. J’arrivais tant bien que mal à m’extirper de cette foule de détritus et lorsque j’arrivai en courant chez moi, ivre mort il était trop tard . Je hurlai mes tripes en l’appelant comme si elle allait apparaître, sortir de la salle de bain dans une serviette toute étonnée, je fouillai l’appartement, passa dans les quatre pièces plusieurs fois, à sa recherche, priant en même temps, des larmes que je voulu retenir coulèrent, j’implorai un miracle, j’ouvris avec violence la penderie et passai en revue tous les vêtements en les lançant et espérant que les siens soient là, qu’elle ne soit pas partie, je hurlai de plus belle, mes sanglots me tombèrent à la gorge et je me senti minable, pitoyable, bien pire que les misérables de Victor Hugo. Je chutai dans le couloir peut-être sous l’effet de la douleur et m’effondrai sur le tapis poussiéreux qui servit à absorber mes larmes. Mes côtes s’enflammaient, mon ventre se déchiraient, mon semblant de cœur n’était plus que lambeaux, ma tête me brûlait et ma gorge était enflammée d’avoir trop crier. Je me sentais mal, trahi, désespéré et je me sentis ridicule à pleurnicher ainsi pour une fille. Des filles dans mon lit j’en avais eu des dizaines, je les avais toutes aimé au moins un soir, alors que faisais-je par terre à pleurer ses pas ? J’étais un homme merde ! Mais pour tout avouer ce soir je ne me sentais pas homme. Je réussis à m’asseoir dos au mur, je pris une cigarette et l’allumai. Elles brûlaient. Tout ce que j’avais d’elle en moi devait partir, il le fallait. Le souvenir de son rire, des ses yeux, de ses larmes, de ses mains, de son corps, de sa bouche, des ses cheveux, de son odeur, des ses geste, des ses habitudes, des ses envies, des ses peurs, de ses joies, tout je ne voulais plus rien ! Rien. Je ne voulais que le néant, oublier. Oublier ces semaines, toutes ces heures et tous ces mots. Je voulais que l’on me retire ma mémoire, que l’on me torture pour me concentrer sur la douleur plutôt que sur son souvenir. Je me mis à pleurer de plus belle, ma cigarette à la main et je me fis le serment que ces larmes seraient les dernières versées, les dernières bulle salées qui s’échapperaient de mes yeux. Je me dirigeai vers le salon et je vis ce que je n’avais pas remarqué: sa robe vers émeraude, symbole de notre première rencontre, sur un cintre, de l’autre coté de la porte. Sur le tissu, une épingle avec un mot : « Brûles moi. », à coté un briquet. Je restai immobile devant le cintre quelques secondes, serrant les point, je ne pus contenir ma rage plus longtemps et je l’a laissai s’échapper. Je claquai la porte violemment, j’entaillai les coussins, brisai les cadres, fis voler les cd, les crayons, les livres et les paquets de cigarette, arrachai les rideaux, frappai contre le mur, poussai les tables, déchirai les photos et pris d’une main sa robe, le briquet et me dirigeai vers la salle de bain. Je mis la robe dans la baignoire, allumai le briquet et laissai brûler le tissu. Je le laissai s’enflammer. Les flammes léchées la robe qui avait autrefois fait corps avec elle, contenu son parfum, accompagné ses gestes et absorbé ses larmes. Elle était partie, pour de bon, elle m’avait laissé juste le droit de brûler son souvenir, de la brûler. De la condamner sur le bûcher.

Je restais quelques jours enfermé chez moi, à ne rien faire, à vivre dans la pagaille que j’avais créée. Puis je sortais, et rentrais avec le plus de filles possibles, leur brisant le cœur, le corps mais cela ne me suffisait pas, le désespoir restait là. Le désespoir d’avoir trop aimé, de s’être fait littéralement avoir. Son visage m’apparaissait sur celui d’une autre, je humais son parfum n’importe où. On me faisait souvent la réflexion que je ne souriais plus, que je semblais triste et désespéré. Je décidai alors de partir pour essayer de l’oublier et de me retrouver. J’ai voyagé pendant sept ans et chaque personne que je rencontrais je faisais tout mon possible pour ne pas m’attacher. Pendant sept ans, j’ai vécu seul, voyageant comme je pouvais, je ressemblais à Robinson Crusoé qui s’isolait seul tout en restant près des autres, j’étais mon propre fantôme, à trop craindre les autres, les coups dans le dos, j’en oubliais que la vie était faites de rencontres.

Aujourd’hui, je suis revenu et j’essaie de reconstruire quelque chose, de me reconstruire. Le désespoir m’a rongé pendant sept ans,. Je pense que mon devoir est de me relever, de relever la tête et de me dire que la vie n’est pas fini, j’ai encore du temps pour vivre ! Je ne peux cependant pas m’empêcher de courir lorsque j’emprunte le trottoir, ce trottoir.

SBB.