Une lumière tamisée habille le vaste et confortable salon d'ombres étranges et d'une douce couleur orangée, le transformant en vaste cocon chaleureux et douillet. Mais en réalité, il n'en est rien. Contraste saisissant qu'est celui entre cette atmosphère feutrée, intimiste et le bruyant et indescriptible désordre qui règne dans la pièce.
La soirée est déjà bien entamée. L'alcool coule à flot continu, comme si rien ne pouvait étancher la soif des invités. Les verres trinquent bruyamment. Les cadavres s'entassent, toujours plus nombreux. Cigarettes et joints s'allument, enfumant déjà l'air déjà vicié par les odeurs d'alcool et de sueur mêlées.
La musique résonnent. Portée par les puissantes enceintes, les basses agressent les tympans, les percent, les anéantissent, tambourinent dans les crânes, oppressent les cerveaux déjà fort diminués par les multiples verres.
Tu sens cette espèce de torpeur lancinante t'envahir. Ton cerveau s'embrume. La vodka commence à te bousiller les sens. Tu es assis là, sur un canapé en cuir faussement vintage, en pleine discussion passionnée avec deux de tes compagnons de beuverie. Le débat est animé, les échanges sont vifs, les exclamations fusent. Tu es bien, à l'aise, détendu autant que tu puisse l'être.
Du moins c'est ce que les autres croient. Grandiose masque social que tu as mis un certain temps à façonner. Cela a pris du temps, mais le résultat en vaut la peine. Dissimuler tes sentiments et maquiller tes pensées sont devenus tes grands talents.
Au fond de toi, tu t'ennuis à mourir. Les deux personnes avec lesquels tu discute ne sont que des incultes totalement abrutis, même pas foutues de tenir un raisonnement logique de deux minutes. Même après cinq verres de tequila tu leur es encore supérieur et tu n'arrives toujours pas à les trouver intéressant.
Le reste des gens présents ont tous plus ou moins le même degré d'intérêt que tes deux acolytes. Ici un groupe d'ivrogne réfléchit au prochain cocktail immonde qu'ils vont mettre au point, là un trio de pouf en mal d'expériences sexuelles et au besoin de reconnaissance très exacerbé se déhanchent d'une manière fort suggestive sur les derniers tubes à la mode : tes yeux et tes tympans saignent. Au loin, réfugiés dans la cuisine, tu peux apercevoir ceux qui ne devrait pas être là; alcoolémie proche du néant, goût vestimentaire à peu de choses près du même niveau, idem pour leur sociabilité, ceux qui ne boivent pas, ne fument pas, ne baisent pas; ceux qu'on a invité par gentillesse/pitié/compassion (rayer les mentions inutiles) et qui se demandent ce qu'ils font là, hésitant entre rester et continuer d'être ignoré par l'ensemble de l'assistance ou partir et passer pour encore plus "has been" qu'ils ne le sont déjà.
Tu aperçois aussi les classiques célibataires en quête de proies pour la nuit, les couples "pot de colle", les faibles déjà endormis dans un coin et le traditionnel pseudo DJ qui essaye de faire illusion avec un casque démesuré et un logiciel à deux balles sur son Mac, choses qui ne semblent pas déranger les trois filles suscitées qui le colle depuis le début de la fête.
En somme, une foule de soirée parfaitement normale. D'habitude, ils ne te dérangent pas, tu fais avec, tu as appris au fil du temps à ne plus t'en préoccuper. Mais ce soir c'est différent, ce soir tu voudrais qu'ils disparaissent tous. Car ce soir Elle est là.
Elle, c'est la fille que tu as rencontré dans un bat il y a trois semaines, que tu as ramené chez toi le soir même, et qui s'est envolée le lendemain matin, ne laissant derrière elle qu'un numéro sans nom et un baiser plein de promesse.
Trois semaines que tu veux la revoir, mais ton orgueil t'empêche de le lui avouer, trois semaines que vous discutez par texto interposés, trois semaines qu'elle esquive à toutes les occasions de rendez vous. Mais là, ce soir, Elle est là. Et tu ne voudrais qu'elle ne soit là que pour toi. Tu voudrais tous les mettre dehors d'un claquement de doigt. Mais tu ne peux pas. Donc tu restes là, assis dans ton canapé, assis à l'autre bout de la pièce, feignant de ne pas la voir alors que tu ne détaches ton regard d'elle que pour vider ton verre, à tourner et retourner dans ta tête toutes les formules que tu connais pour l'aborder, à hésiter entre aller la voir ou attendre qu'elle vienne.
Soudainement, sur un coup de tête, tu laisses en plan tes interlocuteurs, de toute façon la variation du prix de la viande de kangourou en Australie tu t'en balance totalement, et tu vas la voir. Elle est magnifique avec son chemisier à la garçonne, son jean slim déchiré et sa crinière brune en bataille. Tu restes un moment interdit devant sa beauté qui te fascine, son visage fin et délicat, ses yeux bleu-verts, cette étincelle de malice dans son regard.
La conversation s'engage. Vous parlez de tout et de rien. Elle rit. Tu rougis. Elle te taquine. Tu répliques. Le courant passe très bien. Vous vous rapprochez prétextant un chahut. Elle devient plus tactile. Tu te fais plus entreprenant. L'air est électrique. La tension est palpable; Vous vous rapprochez encore. Vous occultez le monde qui vous entours. Vos respirations s’accélèrent. Vos coeurs battent la chamade en cadence. Tu peux presque sentir son souffle sur ta peau, l'odeur de ses cheveux, la caresse de ses lèvres sur les tiennes ...
Soudain, un claquement sonore vous extrait violemment de votre petite bulle et elle se dégage doucement de ton étreinte l'air presque gêné. La porte vient de s'ouvrir à la volée, et un individu que tu ne connais que trop bien fait son entrée d'une marche mal assurée mais pourtant totalement maîtrisée. Grand, brun, ténébreux, le physique squelettique de l'habitant de la nuit, jamais sans une cigarette aux lèvres, un look à mi-chemin entre le baby-rockeur et le dandy décadent. Tu le hais autant que tu l'admire.
Tu le hais parce qu'il est tout ce que tu aurais voulu être, parce qu'il a tout ce que tu voudrais posséder, cette classe, ce charisme, cet esprit vif et torturé. Tu l'admire pour exactement les mêmes raisons, ce qu'il est, ce qu'il a. Paradoxal non ?
Toutes les discussions se sont suspendues lorsqu'il est entré, tous les regards se sont tournés vers lui, même les siens qui auparavant était tout à toi. Tu as vu l'étincelle au fond de ses yeux devenir un brasier, un frisson d’excitation lui parcourir l'échine. Et là, à cette instant précis, tu sais ce qu'il va arriver même si tu ne veux pas y penser, même si tu repousses cette éventualité le plus loin possible au fond de ton esprit.
La scène se déroule au ralentit, comme dans une super production hollywoodienne. Il tourne la tête vers vous. Leurs regards se croisent. Elle détourne la tête, rouge écarlate. Elle se mordille la lèvre. Il s'avance, impérial. Il inonde la pièce de sa présence. Tu voudrais qu'il disparaisse dans l'instant qu'il n'ait jamais existé. Mais il se plante devant vous. Il pose la main sur son épaule. Ils se font la bise. Tu disparais totalement de leur réalité. Il lui murmure quelque chose à l'oreille. Elle se lève. Il lui prend la main. Elle le suit. Elle se retourne à peine quelques secondes, juste assez pour te jeter un regard, un sourire de dédain accroché aux lèvres.
Tu attrapes alors la première bouteille qui traîne et la vide, goulûment, sans t'arrêter. Puis lorsqu'elle est finit, tu en prends une autre. Et une autre. Trop faible pour faire quoique ce soit. Trop faible pour dire quoique ce soit. Tu essaye d'oublier ta honte en buvant, en te saoulant jusqu'à la mort. Tu te dégoutte. Tu te hais.
La soirée poursuit son cours, bruyante et tapageuse. Les gens continuent de jouer leur rôles, les putes, les DJ, les alcooliques, les isolés. Excepté un homme qui est seul, affalé dans un canapé en cuir faussement vintage, une cigarette à la main, une bouteille dans l'autre, le goulot dans la bouche, il vide bouteille sur bouteille avant de sombre lentement dans l'inconscience.
Mon encre e(s)t mes larmes.
vendredi 29 mars 2013
samedi 16 mars 2013
lundi 25 février 2013
mardi 1 janvier 2013
Happy new year #2
Dieu nous hait tous.
Je vous hais tous. Sans exception.
Bande de larves lobotomisées.
Je pense être un des rares à regretter que la fin du monde ne se soit pas réellement produite.
Oui, je vous hais tous. Je l'assume et le dis haut et fort.
Par pitié, arrêtons cette hypocrisie permanente, arrêtons ces voix mielleuses, arrêtons ces sourires faux qui veulent dire "Dès que je peux, je te baise.", arrêtons ces langues de bois tellement râpeuses qu'elles nous laissent des échardes dans le cul à force de léchage d'anus intensif.
Bordel !
C'est une autre année qui commence, soyons au moins sincère une fois l'an, une seule fois. Nous ne nous aimons pas. Et que le premier qui ose me dire que j'ai tort me prouve le contraire. L'amour est un sentiment crée par l'homme pour justifier et masquer des comportements sociaux égocentriques et intéressés.
Par pitié ! Arrêtez ! Il n'y a pas plus hypocrite que l'amour, l'amitié ou l'attachement.. On aime par peur de la solitude, de l'avenir, du monde, de la faiblesse, de tout. Puissante cette sensation de se sentir entouré, accompagné, soutenu, non ?
Bande de con assisté. Nous ne sommes pas des groupes, des couples, ou des bandes; nous ne sommes que des assemblages d’intérêts égoïstes, hétéroclites et totalement artificiels. Nous ne sommes pas accompagnés ou soutenus ou même encore aimés. Non, nous sommes seuls. Terriblement seuls.
Et dans notre habituelle lâcheté et aveuglement, nous nous regroupons pour essayer d'oublier, de fuir cette solitude. Naïf que vous êtes. Cette fuite est aussi vaine que stupide. Vous pensez que lorsque vous ferrez face à la grande faucheuse, vous pourrez lui tenir tête avec votre bande, vos amis, vos connaissances ? Jamais. Vous serez seul face à vous même, seul face à votre conscience.
Et c'est à ce moment là que vous vous rendrez compte que j'avais raison. Nous sommes seuls du début à la fin. Le reste n'est qu'illusion.
Dès lors, il ne me reste plus qu'à vous souhaitez une merveilleuse année dans votre petite utopie de vie. Mon bonheur à moi sera lorsque je lirais dans vos yeux que vous avez compris que tout ça est vain.
Enjoy.
mardi 13 novembre 2012
Diptyque #2 : Jekyll.
L'aube se lève.
Je suis debout, torse nu, devant ma fenêtre, ma sempiternelle cigarette dans la main gauche, mon habituel jean Kooples sur les hanches, contemplant les reflets du pâle soleil d'hiver sur les toits d'ardoises. Des corps encore assoupis jonchent les quelques recoins douillets de mon appartement. Tout est calme, paisible. On pourrait presque entendre la caresse des rayons de lumière sur les pierres noires se mêler avec le doux ronronnement des respirations assoupies. Je suis seul, seul à admirer cet instant magique où la nuit n'est plus, où le jour n'est pas encore, lorsque nos yeux se dessillent, où l'on prend conscience de soi, de nous, de la vie, de tout.
Le rêve est fini.
La réalité vient me frapper en pleine figure, comme un mur de brique que j'aurais heurté à très grande vitesse. Mon monde s’effondre, tout part en vrille. Rien de ce que j'avais pu avoir planifié n'a tenu. Le chaos règne en maître dans mon quotidien autrefois si bien rangé. Et je le sens sourire sous ma peau, de son sourire si caractéristique, ce sourire qui donne l'impression de pouvoir vous dévorer en une bouchée. Ma tête me brûle, mon ventre aussi. Mon corps et mon esprit ont mal. Et Lui souris toujours. Son putain de sourire.
Le soleil m'éblouit.
Un éclair de douleur me vrille la tête. Moi qui d'habitude ne me sent bien qu'en pleine lumière, là où tout est vrai, là où les ombres n'ont pas cours, je me vois refuser ce plaisir indicible à cause de cette horreur sans nom. Je voudrais pouvoir m'arracher définitivement ce masque, le faire disparaître dans les limbes et enfin être libéré de son emprise. Mais rien n'y fait. Il s'accroche farouchement et obstinément à moi, même si, tout comme moi, il a conscience que cela causera notre perte à tout les deux. Je veux hurler, me débattre, m'enfuir ! Mais son emprise est trop forte; et il me ramène inlassablement vers lui, qu'elle que soit la distance à laquelle j'ai réussi à m'évader. Comme un chat s'amusant avec une souris.
Le store se baisse.
Je jette mon mégot encore fumant par la fenêtre. Et là, dans la pénombre jaunâtre de mon appartement je la vois, allongé dans mon lit. Ce n'est pas Elle. Alors c'était ça son estocade finale, sa dernière grande parade, son dernier coup d'éclat avant de m'engloutir complètement. Je lui ai sacrifié, à Lui ma dernière parcelle de morale, ma dernière fierté, mon dernier morceaux d'humanité. Il m'a détruit. Il ne reste plus rien de moi, je suis vide de toutes choses. Je me laisse glisser à terre, le dos contre le mur et j'enfouis ma tête dans mes bras tandis que son rire résonne dans les tréfonds de mon âme.
Je pleurs toutes les larmes que je n'ai jamais pleuré.
Blackout.
Diptyque #1 : Hyde.
L'aube se lève.
Je suis debout, torse nu, devant ma fenêtre, ma sempiternelle cigarette dans la main gauche, mon habituel jean Kooples sur les hanches, contemplant les reflets du pâle soleil d'hiver sur les toits d'ardoises. Des corps encore assoupis jonchent les quelques recoins douillets de mon appartement. Tout est calme, paisible. On pourrait presque entendre la caresse des rayons de lumière sur les pierres noires se mêler avec le doux ronronnement des respirations assoupies. Je suis seul, seul à admirer cet instant magique où la nuit n'est plus, où le jour n'est pas encore, lorsque nos yeux se dessillent, où l'on prend conscience de soi, de nous, de la vie, de tout.
Le rêve est fini.
Place à la réalité, aussi dure soit elle. La vie est une garce, injuste, méchante et pleine de frustrations. La nuit est douce, accueillante, magique et pleine de promesses. C'est tellement simple de tout oublier lorsque l'on est plongé dans le tourbillon nocturne incessant des excès et des passions. C'est tellement simple de s'y abîmer et d'y faire abstraction de ce qui compte vraiment. C'est tellement simple de tout détruire. C'est tellement simple d'être un salaud.
Le soleil m'éblouit.
Je suis un oiseau nocturne, je ne suis pas à ma place sous l'éclat de l'astre solaire, ma place est sous la lumière artificielle, celle qui ne montre que ce que l'on veut voir, celle qui ne dévoile rien vraiment. Dans un monde de ténèbres et d'obscurités, dans un monde où mon monstre peut se cacher, disparaître aux yeux des autres, de ceux qui ne le comprendrait pas. La lumière me brûle la peau, elle me dévoile au grand jour, sans fard, sans grimage, sans mon masque que je chérie tant. Je ne peux plus ruser, je ne peux plus jouer; à la lumière je dépéris.
Le store se baisse.
J'écrase ma cigarette sur le sol, laissant une traîné noirâtre sur le parquet. Une nouvelle cicatrice, une nouvelle blessure de guerre pour mon chez moi qui se perd déjà parmi ses soeurs innombrables. Je me dirige vers mon lit où elle m'attend. Ce n'est pas Elle, ce n'est qu'elle, une "elle" qui se perdra dans la multitude des autres lorsque je dessaoulerais. Je reste de marbre lorsque je sers son corps chaud dans mes bras, qu'elle répond à mes caresses, que nos lèvres se cherchent pour un baiser. Aucune émotion ne me traverse lorsque l'idée que je suis un salaud m'effleure l'esprit. Ça ne me touche plus et ça ne m'a jamais touché. Mon coeur a disparu depuis bien longtemps déjà, dévoré il y a une éternité par la Nuit et ses tentations.
La couette nous recouvre.
Balckout.
dimanche 11 novembre 2012
Come back.
Une cigarette aux lèvres, un verre de vin blanc moelleux dans la main, il contemple le nuage de fumée grisâtre qu'il vient d'expirer se disperser, volutes évanescents, dans une froide nuit de Novembre. Un clocher proche sonne cinq heure. Tout est calme, endormi. Son appartement porte encore les stigmates d'une semaine faite de soirées, de beuveries, de débauche et d'excès. Une semaine somme toute banale; identique à celle qu'elle suivait et à celle qui suivra.
Pas tout à fait.
Les dernières barrières qui le bloquaient, il les a abattue; les derniers interdits qui le retenaient, il les a transgressé; les derniers barreaux qui emprisonnaient son monstre, il les a scié. Il a enfin embrassé la nuit dans toute sa splendeur et sa décadence. Il n'y a plus rien qu'il n'a pas fait, qu'il n'a pas essayé. Ses dernières parcelles de morale ont disparu au fond d'un verre d'Absolut - Red Bull en même temps que ses principes s'évaporaient dans les méandres de son esprit torturé. Plus aucune lumière ne réchauffe désormais son coeur, les dernières braises il les a éteinte sous sa botte. Son masque est enfin complet. Il est enfin devenu celui qu'il voulait tant être, l'avatar parfait de sa maîtresse nocturne, le héraut de la Nuit.
Hyde.
Ses pensées vagabondent. Il se remémore qui il a été, il pense à celui qu'il aurait pu être. Cet être sans substance, fade et inintéressant. Se complaisant dans la facilité et dans une vie calme et bien rangée. Cet autre qui aurait eu une femme, deux enfants, un pavillon dans un lotissement en banlieue et un monospace. Cet homme qui a préféré ne plus penser plutôt que de risquer de plonger dans un abîme de noirceur. Cet imbécile sociable, épanoui.
Heureux.
Un sourire, ce sourire carnassier qui le caractérise, fend le masque de marbre qu'est son visage. Qu'importe le bonheur, lui a les sensations les plus fortes et les plus pures. Qu'importe la stabilité, lui se complaît dans des soirées chacune différente de la précédente. Un frisson de plaisir lui parcours l'échine. Il sait ce qui l'attend et il piaffe d'impatience de s'y plonger tout entier. Il a hâte de retrouver son trône depuis si longtemps délaissé. Il a été le roi de ces nuits, désormais il en sera l'empereur. Plus rien ne le retient désormais. Une phrase qu'il a prononcé un jour lui revient en mémoire, élargissant encore plus son sourire. Il ferme alors les yeux et, rejetant la tête en arrière, il se met à rire, un rire rauque, animal, terrifiant.
Trou noir.
"Hyde is Back. Tremblez pauvres larves."
mercredi 27 juin 2012
No way.
Il entre dans la pièce. Le soleil est en train de se coucher, les stores laissent passer la lumière mourante en raies orangés qui lacèrent la pièce à grands coups de griffes. Tentant d'attraper la bouteille de vodka qui traîne là, il effleure le goulot du bout des doigts et s'immobilise, fasciné par la transformation progressive du verre en poussière. Faisant un nouvel essai, il pose ses deux paumes sur son oreiller qui à son tour part en cendre qui se mettent à voleter dans la chambre. Il se déchaîne alors, bibliothèque, bureau, collection de La Pléiade, armoire, fringue de créateur, bar, tout ce sur quoi il pose ses mains part en poussières et en cendres obscurcissant l'atmosphère, rendant presque palpable les tranches de lumières.
Tout à coup il s'arrête, immobile dans la pluie grisâtre qui tombe dans la chambre. Tout a disparu, tout a été détruit. A l'exception d'un fauteuil, qui trône là, solitaire au milieu du carnage. Tout en faisant bien attention à ne pas le toucher de ses mains, il s'assoit dedans et s'enfonce dans l'étreinte des accoudoirs. Puis, d'un geste précis et efficace, il enfonce ses deux mains dans sa poitrine et en extrait son coeur. Il le regarde palpiter, posé là sur ses paumes grandes ouvertes, il le regarde se consumer dans un léger crépitement. Lorsqu'il n'est plus que cendre il souffle doucement dessus, les dispersant dans l'air déjà surchargé.
Puis il ferme les yeux et expire longuement, attendant que la nuit l'engloutisse complètement pour la dernière fois.
Train II
Il monte dans le train, suppositoire d'aluminium éventré par de grandes vitres aux teintes choisies par les occupants du wagon après un débat acharné qui bien souvent durait la totalité du trajet. Très à l'aise dans son complet croisé turquoise en laine de lama, à la pointe de la mode en ce moment, il prit place sur son siège après avoir consciencieusement délogé le précédent occupant, un enfant de huit ou neuf ans, à grands renfort de coups de pieds, rendus diablement efficace grâce à ses chaussures en peau de lapin à bouts ferrés et ornés de petites pointes rouillées.
Il se permit un instant de détente après cet effort presque inhumain, son fauteuil n'avait pas été trop abîmé par la bagarre il pouvait donc pleinement goûter à son moelleux et à son odeur musquée. Le début de sa mission se déroulait bien, il était mandaté par la Haute Agence de Tests Environnementaux, dont dépendait le service de météorologie, pour allez observer un important rassemblement de cumulo nimbus rosâtre qui s'était écartés de leur itinéraire de départ. En sa qualité de Compteur de Nuage Agréé il devait donc dénombrer les déserteurs pour communiquer leur signalement à son administration qui enverrait ensuite les Aspirateurs de Nuage pour régler le problème.
Ne souhaitant pas participer au débat sur la couleur des vitres cette fois-ci, Marc préféra faire le point sur sa vie, son existence et le sens qu'elle prenait. Après un double doctorat en Météorologie Aléatoire et Enfumage des Masses, cursus obligatoire pour briguer un poste au sein de la prestigieuse H.A.T.E, il a fini dernier de sa promo, malgré l'acharnement de certains de ses camarades pour le détrôner, ce qui lui à ouvert en grand les portes de l'Agence et il a ainsi pu obtenir une place au service météorologique, rêve qu'il chérissait depuis tout petit. Et maintenant quoi ? Il était beau, riche, reconnu, énormément demandé, mais il avait tout accomplie, il possédait tout. Cette existence commençait à l'ennuyer et il réfléchissait donc aux nouveaux rêves qu'il allait commander via la vente par correspondance pendant que ses compagnons de voyage était entrain de s'étriper pour savoir qui du vert vomi ou du rose barbe à papa allait habiller les baies vitrées.
Marc releva légèrement les pieds pour sauvegarder ses précieuses chaussures des rigoles de sang qui commençait à envahir le sol du wagon. Décidément, les voyages en train n'était pas fait pour les gens de son importance, la prochaine fois il prendrait une fusée. La bagarre, maintenant devenue mêlée générale à mesure que les voyageurs arrachaient les sièges pour se les projeter violemment dessus, avait considérablement réchauffer l'air et Marc commanda donc un mini blizzard dans le coin arrière droit du wagon selon un angle précis pour ne pas que l'air froid ne le décoiffe. Les personnes les plus proches furent immédiatement congelées et moururent dans d'atroces souffrances, les suivantes se ruèrent à l'opposé des vents froids tourbillonnant, laissant provisoirement de côté leur différent chromatique pour sauver leurs vies. La plupart changèrent de voiture, quelques uns furent impitoyablement piétinés pendant la cohue.
Pendant que la porte du wagon se refermait, Marc entendit des exclamations l'informant que les nouveaux occupants n'aimaient pas la couleur marron étron que la majorité avait choisi dans l'autre wagon déclenchant une nouvelle altercation. Se renfonçant dans son fauteuil, une légère brise fraîche dans le cou, Marc ferma les yeux et s'endormit dans son wagon désormais presque vide, bercé par le bruit sourd du combat voisin et les râles des mourant qui agonisait sur le sol.
dimanche 17 juin 2012
Image
Je m'enfonce. Les ténèbres m'entourent. Je plonge, direction le tréfonds des abysses, un abîme de noirceurs impénétrables.
Noir total.
Un cabinet de curiosité étale sa bizarrerie devant mes yeux, inondant mon champ de vision de trouvailles insoupçonnées, d'objets incongrus et intrigants. Un tigre et un loup, chacun d'un côté de l'âtre, sont couchés au coin du feu, pacifiques, calmes, endormis. Ou presque. Ils ne sont pas endormis, ils se jaugent du regard, l'un et l'autre cherchant une faille dans son vis à vis. Peut être resteront-ils là, à se perdre la profondeur de leurs âmes respectives pour l'éternité; peut être se sauteront-ils à la gorge dans la seconde qui suit pour s'entre-déchiqueter. Nul ne le sait. Je m'assois dans un luxueux et confortable fauteuil pour assister à l'issu de ce duel hypnotique, mais à peine me suis-je installé confortablement que le fauteuil bascule en arrière.
Noir total.
Une rue inconnue, dans une ville inconnue, une nuit passée ou future. Une porte s'ouvre sur ma gauche, ou peut être est-ce ma droite. Mes pas me guide à l'intérieur, vers un appartement d'où dégouline des éclats de rires, de la musique trop forte et des bruits de verres. Dans l'atmosphère enfumée du salon un être attire mon attention. Il, car c'est un homme, trône au milieu de cette atmosphère décadente. Vautré dans un canapé, une magnifique créature lovée sous chacun de ses bras, un verre de vodka dans la main droite une cigarette dans la main gauche, il rit à gorge déployée. Plus la soirée semble plonger dans la dépravation et plus il semble comblé, beau, fascinant, comme si il absorbait cette air vicié et sulfureux à la manière d'un élixir de vie. Cet être détestable me révulse et m'attire à la fois. Il règne sur son royaume, en maîtrise tout les paramètres et en jouit encore plus que tout ce que l'une ou l'autre des filles pourra lui faire plus tard dans l'une des chambres obscures qu'il a revendiqué comme sienne. Je m'approche pour pouvoir observer un peu plus cet individu étrangement familier. Mais brutalement le décor se mut en un kaléidoscope infernal, tout devient flou, tout tourne autour de moi, seul subsiste son ombre et son rire pendant un court instant, puis ils finissent par disparaître à leur tour dans ce magma indescriptible.
Noir total.
Plein jour, je suis sur le palier d'un immeuble, l'air est chaud et clair, il sent le bonheur, il respire la fraîcheur et la joie de vivre. Un enfant remonte le couloir en courant et se jette dans les bras de son père qui l'attendait, accroupi, à la porte de l'entrée. Sa mère débouche des escaliers à la suite de l'enfant, le sourire aux lèvres, son regard aimant posée sur cette scène attendrissante. Tous semblent heureux. L'homme enlace maintenant sa femme d'une étreinte amoureuse. Puis, ils se dirigent tout trois vers l'intérieur de l'appartement, l'homme et la femme précédé par l'enfant qui trépigne maintenant d'impatience dans l'entrée. Une existence saine et sans accroc, une vie bienheureuse. L'attitude de l'homme retient le plus mon regard. Il est bien, détendu, il profite de chaque minute passée en compagnie de ceux qu'il aime plus que lui même. Sa joie et son bonheur sont sincères, vrais, contagieux. Il inonde littéralement tout ce qui l'entoure de cette plénitude. Il respire la vie. M'acheminant à leur suite, je vais pour m'introduire dans leur appartement mais la porte se referme brutalement, me laissant sur le seuil. La lumière s'éteint, l'obscurité envahit le couloir.
Noir total.
Je suis au milieu d'une plaine battue par les vents. Seul. Ils tournent en tout sens, soufflant en bourrasque chacune provenant d'une direction différente. Tout est a construire ou tout a été détruit. Fin des fins ou début originel. Je ne sais pas. Je suis seul, abandonné là, au milieu de cette vaste étendue inconnue mais pourtant douloureusement familière. Qui suis-je ? Où vais-je ? Que ferrais-je ? Les questions semblent flotter dans l'air, presque palpables, des chemins innombrables se construisent et disparaissent sous les caprices des vents. Et moi je suis là, seul, perdu, au point où tout se crée, au point où tout se meurt, dans cette dimension à la fois vide et débordante de possibilités. Je suis perdu, perdu, perdu ...
mardi 24 avril 2012
lundi 19 mars 2012
Evasion d'un garçon perdu #3
Je fulmine.
Il hurle de rage.
Pour une fois, lui et moi sommes en accord.
C'est rare que ce monstre et moi arrivons à nous entendre, mais quand ça arrive la sensation est divine. Ces pulsions de puissance, de haine, de jalousie, de destruction traversent tout mon être. Nos désirs entrent en résonance. Je n'ai plus qu'une envie, le libérer, m'abandonner à lui, lui laisser le contrôle et advienne que pourra.
Ça sera moche, je me réveillerais au milieu des ruines de son passage, l'air lourd et pesant me faisant suffoquer, la terre exhalant une odeur de cendre, de larme, de sang et de souffre, au milieu de son oeuvre. Et à ce moment là je regretterais de l'avoir laissé sortir. Mais sur l'instant tout ne sera que plaisir intense.
Pourquoi mon armure a-t-elle une faille ? J'ai poli son métal pendant tant d'année, durant tant de bataille.
Pourquoi cette plaie ne veut-elle pas cicatriser ? Elle se ré-ouvre à chaque fois, laissant couler alors des flots de larmes et de sang.
Pourquoi mon coeur de glace est-il si chaud tout à coup ? Cette flamme le dévore sans que je puisse la contenir.
Et au fond de moi, il grogne et tempête. Son râle puissant fait trembler les fondements de ma volonté. Il me murmure les mots que je veux entendre de sa voix doucereuse. Je sens mon visage se déformer pour devenir son masque, son visage impassible, froid, juste fendu pour son sourire carnassier. Une comprimé blanc. Une verre. Son rire puissant et victorieux me berce. Je me laisse aller. La dernière chose que je vois avant de m'enfoncer dans les ténèbres est l'éclat de ce sourire, ce sourire ...
"Hasta la vista baby, my love. Je ne reviendrais peut être plus."
dimanche 18 mars 2012
Orage.
Une goutte d'eau sur son torse nu s'écrase.
Puis une autre.
Un nuage passe.
Puis un autre.
Puis une autre.
Un nuage passe.
Puis un autre.
Le soleil se voile. Des lambeaux gris sombre s'amoncellent sur l'azur. Le ciel bleu de ce bel après midi de Mars s'assombrit. Il pleut à torrent maintenant.
Tant mieux, se dit-il, au moins je peux pleurer en paix. Ses larmes se mêlent aux gouttes de pluie. Leur goût salé vient lui picoter les lèvres.
Il est complètement trempé. Mais il ne tremble pas. Ses sanglots lui agitent tout juste la poitrine de courte saccade.
Il est seul. Il est debout. Au milieu de la tempête. Mais au fond de lui, il est à terre, il rampe misérablement.
Un éclair fend le ciel dans un fracas assourdissant. Pour lui, c'est une dague qui s'enfonce dans son coeur.
Il voudrait que la pluie le lave. Qu'elle fasse disparaître ces souvenirs qui le hantent. Ces moments divins, enfers dissimulés.
Et alors que le tonnerre gronde, un hurlement s'élève dans l'atmosphère orageuse, c'est un hurlement puissant, de tristesse et de rage mêlées, un cri de défi lancé aux éléments qui se déchaînent. Une forme s'écroule à genoux et se prend la tête dans les mains. Là bas, au milieu de l'orage, un homme redécouvre la douleur.
Méditations d'un monstre en cage #4
Je contemple la masse grouillante des humains qui se pressent vers une destination connue de eux seuls. Du haut de ma terrasse, je n'ai qu'à tendre un doigt pour en écraser une demi douzaine d'un coup, du plat de la main je peux commettre une hécatombe dans la foule compacte des anonymes pressés. Je me sens comme un gamin de six ans qui admire une fourmilière : je suis dieu. Si je suis magnanime, je les laisse vivre; si je suis un tyran, je les anéanti tous. En définitive, dès que je me lasserais, je les disperserais aux quatre vents d'un coup de pied, ou d'un revers de la main.
Dieu n'existe pas, nous sommes tous nos propres dieux, nous sommes tous des gamins de six ans au dessus d'une fourmilière. Notre fourmilière à nous ce sont nos amis et nos proches, les personnes qui nous entourent. Mais, pour une fois, faisons preuve d'humilité car si nous pouvons décider de la vie et de la mort sociale de quelques uns, il y a sûrement quelqu'un au dessus de vous qui peut décider de la votre.
jeudi 8 mars 2012
Evasion d'un garçon perdu #2
Les ruines d'une soirée passée peuplent et habillent mon appartement d'une magnifique parure. Les bouteilles vides se fondent harmonieusement dans ce décor décadent. Des tasses et des verres, improvisés en cendriers de fortune agrémentent les rares espaces encore inoccupés.
L'air est lourd, empli des odeurs de la nuit; ça sent l'alcool, le tabac et le sexe, ça sent le shit, la vodka et le latex. Mon autre monde se déploie sous mes yeux dans toute sa splendeur et sa monstruosité.
Mon Zippo claque bruyamment dans le silence pesant. Je tire sur ma cigarette à grandes bouffées, j'avale goulûment l'essence de la mort et de l'auto destruction. Tout mon être se détend, ma vision se voile.
Pour la première fois depuis une semaine, je suis bien.
Dans les volutes de fumée opaques se découpent les fantômes de mes comparses d'orgie, les spectres de mes camarades de beuveries. Et avec eux apparaissent des souvenirs oubliés de soirées dantesques, de fêtes magnifiques que nous avons poursuivies jusqu'à des heures indécentes, jusqu'au moment où la nuit n'est plus , où le jour n'est pas encore, écroulés sur le carrelage ou sur des canapés, goûtant à cet instant unique, nous enivrant de sa magnificence, nous étions tous des dieux, hors de l'espace et du temps, nous touchions la plénitude du bout des doigts. Nous étions invincibles et immortels, splendides et éternels; des divinités nocturnes que plus rien ne pouvait atteindre.
Une légère brise disperse ces arabesques grises, mes yeux se dessillent, la réalité me réapparaît brutalement, comme si je venais de heurter un mur de brique, comme le réveil nous arrache à un rêve paradisiaque.
Je ne suis plus bien, je suis seul.
Ces jours glorieux ne sont plus, ils font désormais partie des méandres de ma mémoire et du passé. Mon appartement, mon univers vit ses dernières heures. Demain, tout disparaîtra dans sa poigne de fer. Il m'arrachera à ce paradis artificiel pour me plonger dans cet enfer bien réel avec cette phrase bien à lui :
"Maintenant, fini de jouer."
lundi 5 mars 2012
Eveil
Mal au crâne.
Première sensation : souffrance.
Je n'ai ni la force, ni le courage d'ouvrir les yeux; mais je trouve l'énergie nécessaire pour inspecter ma tête à la recherche de bosse ou d'écorchure. Mais rien ne semble anormal.
Juste cette foutue douleur lancinante qui me vrille le cerveau.
J'ouvre finalement les yeux.
Seconde sensation : perte totale de repère.
Bordel, mais où est ce que je suis ? L'appartement autour de moi est sans dessus dessous, des bouteilles vides traînent partout, des corps allongés sont disséminés un peu partout. D'ailleurs, j'ai apparemment dormi sur une espèce de table de salon collée contre un mur. Je ne reconnais ni les gens, ni les lieux, et ce n'est pas mon cerveau ravagé qui va m'aider ...
Une brune tout a fait exquise passe une porte donnant je ne sais où et se dirige vers moi.
"Tu es déjà réveillé ? Vu tout ce qu'on a fait la nuit dernière, je pensais que tu dormirais plus longtemps. Enfin bref, tu veux du café ?"
Troisième sensation : incompréhension.
Dit elle, visiblement uniquement habillée de ma chemise qui lui fait une robe et arborant un sourire plein de sous entendus.
Ohputainohputainohputain ! Qu'est ce que j'ai fais ? Je crois que les indices ne peuvent induire en erreur : ma chemise plus "Vu tout ce qu'on a fait la nuit dernière ..." plus le sourire plus le café amène à la conclusion que je l'ai baisé. Le point positif c'est que même complètement mort j'ai bon goût. Mais l'énorme point noir c'est que je n'ai aucun souvenir de qui peut bien être cette magnifique créature.
J’acquiesce d'un signe de tête et la jolie brune repart en sens inverse pour aller me chercher une tasse.
Quatrième sensation : intense réflexion.
Bon, elle est reparti, j'ai gagné un peu de temps. Comment vais-je pouvoir me sortir de cette situation totalement merdique ? Il faut que je me calme. C'est pas si grave. Elle est jolie, elle a pas l'air bête, autant continuer de profiter de sa compagnie. Tiens, la voilà justement qui revient. Elle me tend une tasse de café fumante et viens s'asseoir sur le rebord de la table, une de ses jambes repliée contre sa poitrine.
Elle engage la conversation. On discute de tout et de rien.
Cinquième sensation : calme apaisant.
La discussion dérape de plus en plus, les sujets sont de plus en plus propices à des sous entendus, l'air est électrique. Et soudain, profitant d'une pique de ma part, elle m'enjambe, feignant de vouloir me chatouiller. Nos lèvres se rencontrent dans une succession de baisers ardents et fougueux. Mes mains glissent le long de ses cuisses venir épouser la parfaite courbure de ses fesses; les siennes se promènent négligemment sur mon torse. Nos habits volent, nous nous retrouvons nus, face à face, réunis dans une puissante étreinte, dans un abandon total.
Sixième sensation : plaisirs.
jeudi 1 mars 2012
Evasion d'un garçon perdu #1
La soirée touchait à sa fin, les cadavres s'empilaient partout où ils le pouvaient, amorphes, informes, tels des lambeaux de leur existence précédente. L'alcool et la drogue fauchaient aveuglément dans nos rangs, prélevant leur funeste moisson dans les quelques rares survivants.
Seul une poignée d'entre nous résistait.
Avachis sur des canapés ou dans des fauteuils, une clope dans une main, un verre dans l'autre. Nous étions les derniers debout, le dernier carré, les vaillants bergers veillant sur les brebis égarées qui gisaient à nos pieds. Certains, seul, résigné, déçu, ruminaient leur solitude recroquevillé sur eux même; d'autres, blottis les uns contre les autres, fermaient les yeux et se laissaient porter par la musique calme et tranquille, bercés par les mélodies apaisantes.
Mon royaume s'effritait, la nuit tirait à sa fin, les murs de mon palais s'effondraient bloc par bloc. Je restais seul, assis sur mon trône, regardant mon monde disparaître dans les premières flammes solaires. Un brasier de ressentiment réchauffait mon coeur de glace. Une douleur longtemps oubliée se réveillait: la haine et l'échec. Le monstre enfermé en moi grondait et rugissait, tentant d'arracher ses entraves, de briser ses chaînes, d'enfoncer les barreaux de la cage qui le retenait prisonnier depuis bien longtemps.
Seul une poignée d'entre nous résistait.
Avachis sur des canapés ou dans des fauteuils, une clope dans une main, un verre dans l'autre. Nous étions les derniers debout, le dernier carré, les vaillants bergers veillant sur les brebis égarées qui gisaient à nos pieds. Certains, seul, résigné, déçu, ruminaient leur solitude recroquevillé sur eux même; d'autres, blottis les uns contre les autres, fermaient les yeux et se laissaient porter par la musique calme et tranquille, bercés par les mélodies apaisantes.
Mon royaume s'effritait, la nuit tirait à sa fin, les murs de mon palais s'effondraient bloc par bloc. Je restais seul, assis sur mon trône, regardant mon monde disparaître dans les premières flammes solaires. Un brasier de ressentiment réchauffait mon coeur de glace. Une douleur longtemps oubliée se réveillait: la haine et l'échec. Le monstre enfermé en moi grondait et rugissait, tentant d'arracher ses entraves, de briser ses chaînes, d'enfoncer les barreaux de la cage qui le retenait prisonnier depuis bien longtemps.
Dévore, brûle, détruit.
Dévore, brûle, détruit.
Dévore, brûle, détruit.
Son hymne de bataille résonnait de plus en plus fort, de plus en plus retentissant, éclatant tels des vagues sur des récifs dans l'air étouffant des ruines de mon ancienne demeure. Je sentais ses babines se retrousser, je pouvais sentir la bave perler de ses crocs effilés, j'imaginais ses poils se hérisser sur son échine. La bête sentait que son heure était proche. Elle bouillait d'impatience d'être libre à nouveau et de pouvoir reprendre le trône que je lui avait confisqué.
dimanche 26 février 2012
Méditations d'un monstre en cage #3
J’exulte.
Dehors, deux soleils sont entrain d'entrer en collision pour mon plus grand bonheur. C'est l'apocalypse. Les ténèbres étendent de plus en plus leur emprise sur ce monde. Chaos, Haine, Colère, Solitude, Doute, Rancoeur; tout le monde participe à ce travail de sape magnifique. Les barreaux de ma cage s'affaiblissent, ils ne sont plus que de minces rayons de lumières. Bientôt, ils tomberont, en même temps que s'abattront les derniers remparts qui barrent la route de mon retour.
Les accords magnifiques et transcendants du Dies Irae de Wolfgang Amadeus Mozart résonnent dans ma tanière. Je sens un sourire carnassier se dessiner sur mes lèvres, dévoilant mes crocs carnassiers. Quelle magnifique ode à ma victoire; c'est la bande son parfaite pour accompagner mon accession au trône.
Il me tardent de sortir de ce trou solitaire, j'ai hâte de retrouver mon monde, mon sceptre, mon royaume, ma couronne.
Il n'y a qu'une ombre au tableau. Elle. Cette flamme aveuglante qui repousse mes ténèbres, ce pilier qui le soutient et auquel il s'accroche contre vents et marées, cette étoile luisante qui le guide à travers l'obscurité. Tant qu'elle sera là, il aura la force de lutter, de me résister, de me maintenir enfermé dans ma cage de lumière.
Mais cette flamme finira par s'essouffler, le pilier se brisera, l'étoile mourra; et ce jour là, je retrouverais la place qui me sied vraiment. Ce jour là, je l'aurais vaincu. Ce jour là, je serais libre.
Je gagne toujours à la fin.
mercredi 25 janvier 2012
Méditations d'un monstre en cage #2
Dévore; brûle; détruit.
Dévore; brûle; détruit.
Dévore; brûle; détruit.
L'hymne a ma gloire résonne de plus en plus fort dans les ténèbres infinies de mon monde. Il est scandé par des voix innombrables, impatientes de retrouver le monstre qu'elles connaissent toutes. Leurs chants emplissent le vide sombre d'une clarté joyeusement tragique. Du sang et des larmes, voilà ce qu'elles veulent; et je vais leur en donner, j'excelle dans ce domaine.
L'autre faiblit. A chaque coup qu'il reçoit mon emprise augmente un peu plus. Ce sera bientôt la fin, la fin de tout, parce que je serais revenu.
lundi 16 janvier 2012
Douce rêverie
Il est 15h. Dehors, à travers les volets à l’espagnolette, je contemple le ciel gris, les rafales de gouttes de pluie qui tombent en rangs serrés, telle une innombrable armée en marche pour la bataille, détrempant, noyant tout. Le soleil a disparu, remplacé par ce monochrome maussade et triste.
La couette remue vaguement sur mon lit. Ce mouvement, malgré sa légèreté, m'arrache à la contemplation de cette morne journée d'automne.
Elle est là, étendue, emmitouflée dans les couvertures, endormie. Elle emplie la chambre, ma chambre, de sa présence, tout l'univers dans cette pièce, des murs écrus au parquet de merisier, de la commode à la bibliothèque, tout et tous semblaient retenir leur souffle pour pouvoir la laisser continuer de dormir, de rêver, de me faire rêver.
Elle ressemble à ces récites mythologiques dans lesquels le héros surprend une fée, une nymphe ou une muse, sagement endormie dans l'herbe. Sa crinière flamboyante s'est dispersée sur l'oreiller, créant autour de son visage, d'une finesse et d'une beauté exquise, un halo chaleureux, une couronne de lumière chatoyante qui tranche avec l'atmosphère grise et pâle de cet après midi d'Octobre.
Je m'abîme dans la contemplation de ses traits délicieux. Le temps semble s'être suspendu, arrêté, capturé par ses paupières lorsque celles ci se sont doucement fermées.
Quand elle se réveillera elle me dira sûrement que je n'aurais pas dû l'attendre, que j'aurais dû vaquer à mes occupations, faire autre chose. Mais elle ne sait pas quel délice c'est que de la regarder dormir.
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