mardi 13 novembre 2012

Diptyque #1 : Hyde.

L'aube se lève.
Je suis debout, torse nu, devant ma fenêtre, ma sempiternelle cigarette dans la main gauche, mon habituel jean Kooples sur les hanches, contemplant les reflets du pâle soleil d'hiver sur les toits d'ardoises. Des corps encore assoupis jonchent les quelques recoins douillets de mon appartement. Tout est calme, paisible. On pourrait presque entendre la caresse des rayons de lumière sur les pierres noires se mêler avec le doux ronronnement des respirations assoupies. Je suis seul, seul à admirer cet instant magique où la nuit n'est plus, où le jour n'est pas encore, lorsque nos yeux se dessillent, où l'on prend conscience de soi, de nous, de la vie, de tout.

Le rêve est fini.
Place à la réalité, aussi dure soit elle. La vie est une garce, injuste, méchante et pleine de frustrations. La nuit est douce, accueillante, magique et pleine de promesses. C'est tellement simple de tout oublier lorsque l'on est plongé dans le tourbillon nocturne incessant des excès et des passions. C'est tellement simple de s'y abîmer et d'y faire abstraction de ce qui compte vraiment. C'est tellement simple de tout détruire. C'est tellement simple d'être un salaud.

Le soleil m'éblouit.
Je suis un oiseau nocturne, je ne suis pas à ma place sous l'éclat de l'astre solaire, ma place est sous la lumière artificielle, celle qui ne montre que ce que l'on veut voir, celle qui ne dévoile rien vraiment. Dans un monde de ténèbres et d'obscurités, dans un monde où mon monstre peut se cacher, disparaître aux yeux des autres, de ceux qui ne le comprendrait pas. La lumière me brûle la peau, elle me dévoile au grand jour, sans fard, sans grimage, sans mon masque que je chérie tant. Je ne peux plus ruser, je ne peux plus jouer; à la lumière je dépéris.

Le store se baisse.
J'écrase ma cigarette sur le sol, laissant une traîné noirâtre sur le parquet. Une nouvelle cicatrice, une nouvelle blessure de guerre pour mon chez moi qui se perd déjà parmi ses soeurs innombrables. Je me dirige vers mon lit où elle m'attend. Ce n'est pas Elle, ce n'est qu'elle, une "elle" qui se perdra dans la multitude des autres lorsque je dessaoulerais. Je reste de marbre lorsque je sers son corps chaud dans mes bras, qu'elle répond à mes caresses, que nos lèvres se cherchent pour un baiser.  Aucune émotion ne me traverse lorsque l'idée que je suis un salaud m'effleure l'esprit. Ça ne me touche plus et ça ne m'a jamais touché. Mon coeur a disparu depuis bien longtemps déjà, dévoré il y a une éternité par la Nuit et ses tentations.

La couette nous recouvre.

Balckout.

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