Un marteau dans la neige.

Prologue


"Le feu crépitait dans la lourde obscurité de la nuit. De temps à autre, un morceau de bois se fendait dans un craquement sinistre qui se perdait en résonnant dans les profondeurs de la forêt. L'épaisse couche de neige étouffait les bruits lugubres qui envahissaient habituellement les bois, étendant un voile de silence étouffant sur les arbres endormis. 

Les flammes faisaient danser dans les feuillages des ombres dérangeantes, tel un photophore malsain. Monstres et diables éphémères envahissaient la canopée, exécutant en gesticulant une chorégraphie saccadée et silencieuse. Les ombres des deux aventuriers recroquevillés, immobiles autour du feu, se mêlaient à cette sarabande infernale. 

La lueur orangée qui éclairait les deux voyageuses semblait faire miroiter sur leurs visages, leurs pensées et leurs souvenirs les plus sombres. Des centaines de jours, de semaines, de mois d'errances et de combats, de fuite et de quêtes défilaient dans leurs yeux moitiés hagards, moitiés embrumés. Leurs traits étaient creusés par la fatigue et par la peur viscérale que leur inspirait la forêt endormie. Ces aventurières éprouvées, habitués aux situations extrêmes, étaient pourtant déstabilisés par l'atmosphère pesante et dérangeante qui habitait les bois. 

Elles sursautèrent tout à coup, sorti de leur torpeur par le craquement sourd des branches ployant sous le poids de la neige, les fibres gelées du bois rompaient les unes après les autres et, de temps à autres, une des branches s'effondrait avec fracas dans les ténèbres nocturnes. Avisant que le vacarme ne provenait de rien d'autre que d'une branche fatiguée qui avait cédée sous la blanche poudreuse, les deux ombres se recroquevillèrent à nouveau dans la lueur rassurante du feu, attendant qu'enfin l'obscurité cède sa place à la pâle lueur du soleil d'hiver." 

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"Shaam se réveilla en sursaut, baignant dans sa sueur malgré le froid glacial, émergeant d'un affreux mais malheureusement habituel cauchemar. Avisant sa comparse de voyage endormie, elle raviva les braises mourantes, s'appliquant à ne pas provoquer de flammes, une des nombreuses habitudes qu'elle avait apprise dans le sang et la douleur au cours de son périple. 

Cinq ans. Cela faisait cinq longues années qu'elle avait quitté sa paisible forteresse de Largashbur pour monter à Solitude, envoyée en renfort des forgerons impériaux pour soutenir l'effort de guerre et compléter son apprentissage. Cinq ans d'errance, de combats, de privations, de pertes. Ses souvenirs venaient l'assaillir comme à chacune de ses nuits d'insomnie. D'habitude elle les repoussait, les rejetant dans les abysses de son esprit comme d'incessantes et inépuisables vagues d'assaillants, se recroquevillant derrière les remparts qu'elle s'était forgées pour se protéger des horreurs qu'elle avait vu. 

Mais pas ce soir. Elle n'en avait ni la force, ni l'envie. Et elle se laissa, pour la première fois en cinq ans, envahir, submergée, par les flots furieux de sa mémoire. Elle revit les visages des compagnons qu'elle avait perdu, amis précieux sacrifiés sur l'autel de la guerre, ceux des ennemis qu'elle avait tué, innocents appelés au combat et qui ne reverraient plus femme et enfants ou bandits sans foi ni loi qui ne méritaient pas mieux que de pourrir dans le néant. Elle revit les créatures terrifiantes qui les avaient assaillis aux heures les plus noires de la nuit et dont l'image ne s'effacera jamais plus de son esprit. Elle revécu les glorieuses aventures qui avaient jalonnées son parcours et l'avaient amenées jusqu'ici. Elle se souvint comment tout ça avait commencé. 

C'était par une belle et chaude matinée de printemps ..."



Chapitre premier : Où l'on rencontre les amis et où l'aventure débute.


"Les mâchoires du loup claquèrent à quelques centimètres seulement de son mollet droit, manquant de l'estropier et de mettre fin prématurément à son voyage. D'un brusque mouvent de recul, Shaam se projeta en arrière évitant les crocs acérés d'un deuxième animal qui s'était jeté sur elle. Les deux autres prédateurs étaient restés en retrait et tournaient autour d'elle en grognant méchamment, jaugeant leur proie et identifiant le meilleur angle sous lequel l'attaquer et la mettre à mort. 

Pas besoin d'être un expert du combat pour savoir qu'elle était en mauvaise posture songea-t-elle, alors que ses deux premiers assaillants rejoignaient le cercle de leurs congénères. A moins d'un miracle, Shaam ne voyait pas d'autres solutions pour se sortir de ce mauvais pas. Elle était acculée à un gros bloc de roche, sans espoir de fuite, et les quatre loups lui bloquaient l'autre chemin, sa seule option restante était se battre ou mourir, mais n'ayant comme seule arme que son fidèle marteau de forge, certes en acier, mais un marteau de forge quand même, et ne possédant pas de grandes compétences de combat, dire que ses chances de victoire étaient minces relevait de l'euphémisme. Sur le coup, elle regrettait amèrement de ne pas avoir été plus assidue aux entraînements de défense lorsqu'elle était plus jeune. 

Mais, probablement affamés et apparemment déterminés à mettre de l'orque à leur menu de la journée, ses adversaires repartirent à l'assaut, ne la laissant pas réfléchir plus longtemps à la tactique à adopter. Elle détourna une autre morsure du manche de son marteau, mais ce faisant elle s'exposa et fut sanctionnée par une longue estafilade en travers de la jambe. De rage, elle rabattit le fer de son marteau sur le coupable qui recula en glapissant, mais le mal était fait. Elle avait désormais compris la tactique des loups, la harceler pour l'affaiblir. Les blessures allaient s'accumuler, la fatigue aussi, lentement mais sûrement elle perdrait pied jusqu'à ce qu'ils se lancent tous sur elle et la dévore. 

Dans son esprit, l'image de cette mort violente et pitoyable la révoltait, mais elle ne voyait pas comment lui échapper. Se préparant à un dernier assaut héroïque, elle s'apprêta à se lancer à la rencontre des loups, lorsqu'une flèche empennée de noire vint en faucher un. Un hurlement barbare se fit soudain entendre et une tornade de fourrure et d'acier sauta du rocher et se jeta sur les loups. Un premier coup en projeta un contre un arbre dans un bruit écoeurant d'os brisé, au second une hache se ficha dans le crâne d'un autre et y resta plantée, abandonnée par son propriétaire, le dernier loup restant se jeta sur ce nouvel adversaire mais fut saisis à bras-le-corps avant que des coups de dagues pleuvent sur son flanc vulnérable. 

Interdite, Shaam avait regardé le carnage qui s'était déroulé sous ses yeux. Cela n'avait pas duré plus de quelques secondes, mais avait été d'une violence inouïe pour une jeune orque peu habitué à l'intensité de la bataille. Son regard se porta alors sur son sauveur, qui, laissant retomber la carcasse du dernier loup et récupérant sa hache, se tourna vers elle. Ami ou ennemi elle ne le savait pas encore, elle avait été maint fois mise en garde contre les brigands qui rodent sur les routes de Bordeciel, mais il n'en demeurait pas moins que ce guerrier brun en armure de fourrure lui avait sauvé la vie, elle se devait d'être aussi courtoise que les circonstances le permettaient. 

"Alors ma petite, on a des problèmes ?" lui dit-il avec un sourire bienveillant 
Une intense sensation de soulagement l'envahi, au moins il n'a pas l'air d'avoir l'intention de me détrousser pansa-t-elle avant de lui répondre 
"Merci mille fois de m'avoir sauvée ! Je ne sais comment vous remercier, sans vous ces loups m'auraient dévorée." 
"Je sais, je sais, mais vois-tu, il aurait peut être mieux valu pour toi que ce soit le cas. Quel dommage que tu sois tombé sur moi, tu as l'air si jeune." répondit-il, une lueur cruelle dans les yeux et un rictus mauvais déformant son visage. 
Une voix s'éleva des broussailles 
"Eh non ! Kothor ! Celle la elle est pour moi ! D'ailleurs t'aime pas ça toi les orques, et puis t'as déjà eu les deux dernières, c'est mon tour maintenant ! Les elfes je veux bien te les laisser, mais les orques non ! Et puis le marché au départ c'était deux pour toi, une pour moi. Celle la elle est à moi je te dis !" 
"Ferme la Htak, c'est pas parce que t'es mon frère que tu dois me dire ce que je dois faire. Je suis le plus fort, j'ai tuer trois loups donc elle est à moi, point final." rétorqua le premier bandit en se retournant vers son comparse. 

Pendant que les deux hommes se disputaient pour savoir qui l'aurait, Shaam, pétrifiée, observait l'échange. Des brigands, elle avait été sauvée par des brigands. Et maintenant elle allait être réduite en esclavage, mourir, ou pire encore, elle n'osait pas l'imaginer. Comme l'avait dit le premier bandit, elle regrettait à présent que les loups ne l'aient pas dévorée. Elle fut brutalement tirée de ses pensées lorsque le malandrin la saisie par le bras et la projeta au sol entre eux deux. 
 "Bon, on fait ça à deux ça te va comme ça ?" dit-il à son camarade, d'un ton passablement énervé. 
"Ok, ok, tant que j'ai ma part du gâteau, tout me va." lui répondit l'autre en s'approchant, l'oeil lubrique. 

Une troisième voix immobilisa les deux marauds sur place. 
"Vous ne la toucherez pas. Vous allez gentiment posez vos armes et me suivre jusqu'à Blancherive, bande de larves puantes." 
La nouvelle venue qui avait prononcé ses mots était tranquillement appuyée sur un arbre, les bras croisés sur sa poitrine, son armure de plate égratignée et cabossée luisant au soleil. 

"Eh Kothor, finalement on aura chacun la nôtre, toi tu prends la garce insolente et moi je garde la jeunette."
"Ouais, ça me parait bien comme ça." répondit le second en tirant sa hache "En plus elle a une belle armure, ça se vend cher ces trucs là." 
La guerrière soupira de dépit. "Au moins, je vous ai laissé une chance." 
"Comme si tu allais nous battre, je vais te ..." 

La phrase du bandit se termina dans un gargouillis, interrompu dans sa tirade par l'espadon de la guerrière qui venait de le traverser de part en part. Le second n'eu pas le temps d'encocher sa flèche que déjà elle était sur lui et lui fendit le crâne d'un coup puissant. Plantant son arme dans le sol, elle tendit la main à l'orque pour qu'elle se relève. 
"Khora Fléau-des-Trolls. Khora pour les amis." 
"Shaam. Avant de te remercier pour m'avoir sauvée, je veux être sûre que ce soit bien le cas." 

Khora éclata d'un rire franc et bruyant. 
"Ahahah ! Tu me plais toi tu sais ? Bien sûr que tu es sauvée. Ces deux pourritures, je les traque depuis trois jours, tu sais que leurs têtes valent deux milles pièces d'or chacune ! Aller, pour ta peine je t'en donnerais cinq cents, de quoi te payer les services d'un bon mercenaire pour la suite de ton voyage, tu m'as quand même permis de les immobiliser histoire que je comble mon retard. Mais d'ailleurs qu'est ce que tu fiches ici, toute seule ? Tu es bien loin d'une forteresse." 
"J'ai été envoyée par les miens pour aider les forgerons de Solitude, ça fait partis de mon apprentissage. Je n'avais pas assez d'or pour prendre un chariot depuis Faillaise, alors je comptais marcher jusqu'à Blancherive et en prendre un là bas." 
"Moi aussi je vais jusqu'à Blancherive ! On peut faire le chemin ensemble si tu veux, comme ça plus de problème avec les bandits !" 
"Mais, je n'ai pas d'argent pour vous payer ..." 
"Tu es forgeronne pas vrai ? Les forgerons orques sont les plus talentueux de ce foutu empire. Alors arrivé à Blancherive, tu me forges une belle épée de qualité et tu pourras considérer ta dette comme réglée, la mienne commence à se faire vieille. Ça te convient ?" 
"Merci beaucoup, je ne sais pas si vous forger une épée suffira à vous dédomager." "Boarf, ne t'inquiète pas, c'est toujours plus sympa de voyager à plusieurs, ça fait de la compagnie." 

Tandis que la guerrière à la crête rouge fouillait les cadavres de ses victimes et fourrait leur tête dans un sac de toile, Shaam ramassa ses maigres affaires et les deux voyageuses rejoignirent la route, la frêle forgeronne orque suivant l'imposante mercenaire nordique qui déjà entamait un des nombreux chants de marche de son répertoire. 

Toutes deux ignoraient que le regard des dieux les accompagnaient et que, imperceptiblement, le destin se mettait en marche."



Chapitre second : Où l'on se balade dans les bois et où les ennuis commencent. 


"Le soleil brillait d'un éclat qu'on lui avait rarement vu, boule de feu éblouissante dans le ciel d'un bleu pur et puissant, il caressait Bordeciel de ses rayons, réchauffant la terre, les corps et les coeurs. Mais pourtant, il en était un qui ne se réjouissait pas, et qui même était tiraillé par l'inquiétude à la vue de cette étonnante chaleur. 

La jeune orque qui regardait l'astre solaire avec tant de méfiance était assise sur un rocher au bord de la route et triturait nerveusement le manche d'un petit marteau en bois. La lumière jouait dans ses cheveux presque roux, faisant scintiller l'aiguille d'orichalque qui les maintenait en arrière en un chignon lâche. Ses deux yeux d'un bleu éclatant tranchaient avec le teint vert sombre de sa peau, comme deux saphirs finement ciselés. Un chant guerrier se mit à résonner dans le lointain et la tira de sa rêverie. 

Revenant de ce qu'elle avait elle même désigné comme "une tâche qui femme doit accomplir seule", Khora Fléau-des-Trolls marchait vers elle d'un bon pas, chantant à gorge déployée, sans se soucier le moins du monde de ce ou ceux qui pourrait l'entendre, tapis dans l'ombre des frondaisons. Nettement moins rassurée que sa nouvelle amie, Shaam se leva et empoigna son paquetage succinct alors que la guerrière arrivait à sa hauteur. 

"Tu n'as pas vraiment l'habitude de l'aventure toi." Lui dit la guerrière en posant un regard malicieux sur ses maigres possession. 
"C'est la première fois que je sors de ma forteresse, je pensais m'être correctement préparée, mais je ne m'imaginais pas que la vie dehors pouvait être aussi dure ..." répondit l'orque d'un ton penaud, se remémorant les évènements qui s'étaient déroulés un peu plus tôt dans la journée. Elle frissonnait encore à leur souvenir. 
La guerrière lui administra une bourrade qui se voulait amicale mais qui failli projeter Shaam au sol. 
"Bah ! Ne t'inquiète pas, tu n'as vraiment pas eu de chance, voilà tout. La vie est plutôt belle si tu sais éviter ses pièges, tu manques juste d'expérience ! Mais ne t'inquiète pas, avec moi tu vas en faire le plein d'expérience !" Dit-elle d'un ton plein de chaleur et de réconfort. 

Pas le moins du monde rassurée, la jeune forgeronne opina du chef et elles se remirent en route. Au moins, songea-t-elle, elle semble pouvoir aller dans le néant et en revenir indemne, elle saura me protéger. Elle emboîta alors le pas sûr de sa protectrice tout en adressant une courte et discrète prière à Malacath de lui épargner les plus dangereuses rencontres. 

Totalement étrangère et inconsciente aux préoccupations de sa jeune protégée, la nordique avançait à son allure habituelle en sifflotant gaiement un de ses airs préférées. Il est vrai qu'elle était impressionnante dans son armure de plate marquée par les combat et tachée de sang, maintenant séché, son espadon d'acier solidement harnaché dans son dos mais toujours prêt à être dégainé. Sa crête teinte en rouge et la cicatrice qui lui balafrait la joue droite n'enlevait rien à son aspect féroce et passablement dissuasif pour tout individu assez fou pour tenter de se mettre en travers de sa route. Et si un sot était assez intrépide ou simple d'esprit pour tenter de lui chercher des noises, son simple nom suffirait à le faire détaler. Khora Fléau-des-Trolls, membre de l'ordre des compagnons, renommée dans tout l'ouest de Borceciel pour sa bravoure et sa férocité au combat. Les exploits qui lui avaient valu son surnom étaient parfois chanté par les bardes au coin des feux, dans les tavernes. Cette bataille épique où elle avait vaincu seule et à mains nues trois trolls qui l'avait surprise lors d'une de ses haltes près de Vendeaume. Elle portait encore la cicatrice de cette rencontre, ainsi que leurs peau en guise couverture. 

Des hurlements et le fracas des lames qui s'entrechoquent retenti soudain, tout proche, dans les bois à leur droite. Les deux voyageuses s'immobilisèrent d'un seul mouvement, l'une scrutant les fourrés avec le regard empreint de crainte, l'autre les yeux plissés, le corps tendu comme un arc, prête à recevoir comme il se doit tout ce qui pourrait surgir de la forêt. 

Rassemblant tout ce qui lui restait de courage, Shaam se tourna vers la guerrière. 
"Ce sont sûrement de pauvres malheureux comme moi qui sont aux prises avec des bandits ! On doit les aider !" S'écria-t-elle. 
"Quand tu dis "on", tu veux plutôt dire moi, pas vrai ? Tu veux qu'on fonce dans ces bois, sans savoir ce qu'on va y trouver, et que je risque ma peau pour quelque chose qui n'en vaut sûrement pas la peine ?" Rétorqua son interlocutrice, les mâchoires crispés par la tension de l'attente. 
"Non mais ... Oui. Mais si je le pouvais je volerais à leur secours dans l'instant ! Je n'ai pas ton talent et tes compétences mais je ferrais tout mon possible pour au moins essayer !" 
"Non. Tu n'y vas pas. Tu te ferrais tuer et tu as encore une épée à me forger, je ne risquerais pas ta vie pour des principes désuets." 
"Alors tu devras me suivre, parce que moi j'y vais !" Asséna l'orque, une étincelle de courage brillant dans ses pupilles. 

Voyant qu'elle ne pourrait rien faire contre la volonté de sa comparse, la nordique obtempéra de mauvaise grâce, maugréant et jurant tout bas contre le caractère buté et borné des orques. Elle s'élança sur les talons de sa têtue de protégée qui déjà traversait les sous bois sans se soucier du tapage qu'elle pouvait provoquer.  

Shaam courrait le plus vite qu'elle pouvait en direction de la clameur qu'elles avaient entendu, son marteau à la main songeant qu'à défaut d'être efficace, il serait au moins dissuasif. Après quelques secondes de course qui lui parurent interminables et pendant lesquelles elle manqua plusieurs fois de tomber, trébuchant sur des racine ou frôlant des branches qu'elle n'avait pas vu quelques instants auparavant, les arbres s'ouvrirent brusquement devant elle et elle déboucha dans une clairière, surprenant tout ses occupants et surprise elle même de leur présence ici. 

Au centre de la trouée se trouvait un cercle d'hommes et de femmes, tous portant le même uniforme bleuté, assis au sol et ligoté, certains portant les blessures d'un combat récent. Son regard s'arrêta sur deux silhouette qui tranchait avec ce groupe de soldat, un pauvre hère en haillon et un individu richement vêtu, le seul à être bâillonné qui étaient assis à l'écart du groupe de prisonnier. Mais avant qu'elle n'ai pu s'attarder sur eux, déjà les ordres fusaient. 

"Une orque ! Elle est sûrement venue à leur secours, elle doit être avec eux ! Maudits sombrages ! Attrapez la et ligotez la ! Sur le champ !" 
Avisant les uniformes impériaux qu'on lui avait appris à reconnaître, les lui désignant comme des amis, elle s'écria alors : 
"Attendez ! Je suis avec vous ! Je suis en route pour Solitude et ..." 
"Silence vile orque menteuse !" la coupa celle qui semblait être le chef "Pose ton marteau et rends toi ou tu tâteras de nos épées !" 
Se retournant vers sa comparse, Shaam commença :
"Euh ... Khora ? Maintenant on fait qu ..." 
Ses mots moururent dans sa gorge lorsqu'elle constatât qu'il n'avait rien d'autre derrière elle qu'un fouillis indescriptible de branchages et de feuilles. Aucune trace de la guerrière. Elle l'avait abandonnée. 

Laissant tomber son marteau à terre, arme dérisoire contre ces soldats entraînés, elle n'opposa aucune résistance lorsqu'il la plaquèrent violemment au sol, lui intimant l'ordre de revêtir des vêtements blafards, puants et en lambeaux, elle resta prostrée lorsqu'ils lui ligotèrent les poignets, enfonçant les liens en cuir dans sa chair tellement il les serrèrent fort, et se laissa faire lorsqu'ils la projetèrent sans aucune délicatesse à l'écart des autres, à coté des deux prisonniers qu'elle avait remarquée plus tôt. 

Celui qui n'était pas bâillonné lui adressa la parole en chuchotant. 
"Pour toi aussi c'est une erreur ? Ils pensent qu'on est avec les sombrages. Quels abrutis ! J'étais juste en promenade ! Au fait, je suis Lokir, de Rorickbourg, et toi ?" 
"Shaam, de Largashburg, moi j'allais à Solitude pour aider les forgerons impériaux à créer armes et armures pour combattre les sombrages et ..." 
"Silence !" leur hurla un garde "Ou je vous fais taire !" Et n'attendant pas qu'ils lui en donnent l'occasion, il asséna un violent coup du pommeau de son épée sur la tempe de Shaam. 

Alors qu'elle plongeait dans les ténèbres, elle songea : "Au moins eux ne me violeront pas." Puis elle perdit pied et sombra dans l'inconscience."



Chapitre troisième : Où les légendes incendient des villages entiers et où l'on voit la mort dans les yeux.


"Shaam s'adossa au mur du donjon dans lequel elle venait d'entrer à la hâte. Sa tête tournait, ses tympans étaient pris d'assaut par un acouphène insupportable, les liens en cuir qui enserraient ses poignets lui faisaient souffrir le martyr, et déjà la brûlure reçu à son bras gauche la lançait terriblement.
Elle avait été sonnée par un bloc de pierre lorsque le dragon était passé à l'attaque et elle n'avait dû sa survie qu'a la grandeur d'âme d'un de ses compagnons d'infortune, un grand nordique blond dont elle ignorait le nom.
Un dragon.
Ce mot Shaam l'avait entendu maints et maints fois étant enfant, lors des cérémonies du village, quand le chaman racontait les anciens récits. Ils étaient dépeints comme des monstres sanguinaires, terrifiants, d'une force sans pareil et d'une intelligence vile. Elle l'avait recroisé lors de son apprentissage, lorsqu'elle avait étudié les textes antiques de la Forge d'Orichalque, le livre que contenait tout le savoir des forgerons depuis l'aube des temps. Il était écrit que celui qui pourrait dompter un dragon pour utiliser son feu pour sa forge, serait alors capable de créer des armes et armures dignes des dieux eux même. Et maintenant elle en rencontrait un, de feu et d'écailles, face à face.
"Nous sommes perdus." songea-t-elle.

 Mais, l'arrachant à ses pensées défaitistes, les bouchons d'ouate qui lui obstruaient les oreilles se dissipèrent soudainement et le bruit revint brutalement. Le rugissement des flammes, les gémissements des blessés, les hurlements des malchanceux pas assez rapides pour se cacher et qui étaient en train de rôtir sur pied, et ce cri, cette voix, puissante et bestiale, qui résonnait dans tout le village, faisant trembler les murs et éclater les vitres. Une part d'elle même aurait voulu se recroqueviller et attendre là que la mort vienne. Mais elle préféra se concentrer sur sa survie et de ce fait sur son sauveur.

Il discutait au milieu du donjon avec celui qu'on avait présenté comme étant Ulfric Sombrage, jarl de Vendeaume, le chef des Sombrages, le meneur de la révolte qui grondait dans tout Bordeciel. Depuis le traité de l'Or Blanc, Bordeciel s'était transformé en une gigantesque poudrière et cet homme était l'étincelle qui allait tout faire exploser. C'était à cause de lui qu'elle était sur la route au lieu d'être dans sa forteresse, elle était en chemin pour Solitude pour venir en renfort des forgerons humains qui préparaient arme et armure pour les légionnaires. Effort de guerre. En somme, elle devait son salut à ceux qu'elle aurait normalement dû combattre tandis que ceux de son propre camp venait de manquer de l'exécuter purement et simplement. La situation l'aurait fait sourire d'ironie si elle n'avait pas été aussi catastrophique.

Soudain un fracas épouvantable retentit au dessus de sa tête, suivit du ronflement caractéristique du brasier. Dès que ce fut fini elle se rua à la suite de son bienfaiteur dans les escaliers. Un trou béant s'ouvrait dans la muraille. Le monstre s'était servi de sa tête comme bélier pour enfoncer la maçonnerie et avait carbonisé tout les occupants du premier étage.
"Sautez sur le toit de l'auberge en face ! lui hurla le nordique blond. Maintenant ou nous allons tous mourir ici !"

Son corps réagit avant son esprit et avant qu'elle ne s'en rende compte, elle s'était élancée dans le vide et, passant par le toit effondré, avait atterrie au premier étage de l'auberge en flamme. Elle se relevait à peine lorsque la tour derrière s'effondra dans un fracas abominable. Elle eu une pensé rapide pour le guerrier sombrage qui l'avait aidé, et elle espérait qu'il était encore en vie. Mais elle n'avait pas le temps de se consacrer à autre chose que sa survie si elle voulait revoir une forge un jour.

S'élançant comme une flèche hors de la bâtisse en flammes, elle était déjà au milieu de la cour lorsque le sol trembla et qu'un choc sourd résonna dans l'air empestant le poussière et les cendre. Elle s'arrêta sur place et pivota lentement sur sa droite.

Là, en face d'elle, se tenait le dragon. Elle était tétanisée à la fois par un émerveillement enfantin devant ce chef d'oeuvre de force et de puissance et par une terreur viscérale inspiré par ce monstre abject. Elle le regarda dans les yeux, priant Malacath de l'accueillir dignement en sa forteresse. Elle vit l'éclat de haine et de cruauté au fond de ses prunelles. Elle senti l'odeur cuivrée du sang et la puanteur du souffre de son haleine. Elle fut éblouie par la boule de flamme qui se formait dans sa gorge.

Quand soudain, une poigne de fer lui agrippa le col et la tira en arrière, à l'abri entre la muraille et une maison en ruine. A moitié étranglée, elle mit quelques instants à reprendre son souffle, repliée sur elle même.
"Hé, si tu veux finir en grillade pour lézard ça ne me pose pas de problème, mais d'abord tu as un contrat à remplir, me forger les armes les plus puissantes de tout Bordeciel."

Elle poussa un soupir de soulagement au son de cette voix et releva la tête pour contempler la guerrière à la crête rouge dans sa somptueuse armure de plate. Khora Fléau-des-trolls, sa compagne de voyage.

"Pour ça il faudrait déjà arriver jusqu'à Blancherive en un seul morceau ... Mais comment m'as-tu retrouvée ?"
"T'occupe pas de ça pour l'instant et suis moi, il y a des souterrains qui passent par le donjon principal, ils doivent bien déboucher quelque part. Et puis, il vaut mieux être sous terre que dessus en ce moment pas vrai ?" rétorque la guerrière avec un large sourire Et elle continua : "J'ai caché tes affaires là bas, tu ne me lâche pas d'un pouce et quoiqu'il se passe, n'arrête pas de courir."
"Mais ... Bon ... D'accord."

Et elles s'élancèrent à travers la tempête de griffes et de flammes qui s'abattait sur Helgen, en direction du donjon principal."



Chapitre quatrième : Où la nuit chante faux et où la peur enserre nos coeur


"Un bruissement inhabituel dans les frondaisons tira brusquement Shaam de ses pensées. Instinctivement, elle avait déjà posée la main sur le manche de Volendrung qui luisait d'une palpitante lueur sanglante dans l'obscurité, comme si il réclamait violence et carnage. Immobile, tout les sens en alerte, elle attendait là que quelque chose se produise. A force de dormir dehors, dans la forêt, elle avait appris à reconnaître ses bruits, sa "mélodie" comme l'avait appelé un jour un de ces anciens compagnons, mais ce bruissement là ne faisait pas parti de cette mélodie. Pas du tout. Il faisait partie d'une autre chanson, qu'elle avait elle même nommé la symphonie des ennuis dans un jour d'inspiration.

Le plus furtivement possible, elle glissa dans la nuit, utilisant les ombres à son avantage, se mouvant vers la couche de sa camarade de voyage pour le réveiller. Arrivé près d'elle, elle lui plaqua une main sur la bouche ce qui eu pour effet d'à la fois la réveiller et de l'empêcher de faire du bruit. Technique également apprise durant ses nombreuses pérégrinations. Khora lui avait dis un jour "Mieux vaut avoir un compagnon à moitié étranglé mais vivant que deux cadavres refroidis.". Elle appliquait désormais cette consigne à la lettre.

Le blonde guerrière ouvrit instantanément les paupières et, pendant que la forgeronne relâchait la pression tira son espadon de verre de son fourreau. Tranchedur luisait d'un éclat bleuté, parfaitement assorti avec la neige qui tapissait le sol, écharde de glace au coeur de l'hiver, prêt à prendre part au festin brutal de sang et de boyaux qui se préparait.

Shaam sentait son coeur battre dans ses tympans, son souffle se raccourcir, la sueur perler dans son cou en une longue et froide gouttelette désagréable, ses mains se crisper sur le manche recouvert de cuir de son marteau légendaire. La peur était là, maîtresse fidèle, amante implacable, vieille amie, enserrant son coeur et son esprit d'une poigne de fer à mesure que l'attente se prolongeait. Shaam sentait son souffle glacé sur son échine, ses mains griffues sur ses épaules, prête à la faire basculer dans les terreurs les plus profondes.

La sensation de la main de sa camarade sur son épaule lui arracha un violent sursaut. La nordique plongea son regard maternel dans les prunelles bleutées de l'orque, essayant de lui insuffler une part de son propre courage. Shaam hocha légèrement la tête puis, détournant son regard vers l'obscurité impénétrable, inspira et expira une longue bouffée d'air, essayant de reprendre le contrôle d'elle même. Une autre phrase lui revint alors à l'esprit, elle aurait préféré ne jamais se souvenir de la personne qui la lui avait dite, mais la mémoire est traître, et les mots résonnèrent bien malgré elle dans son cerveau. "Quoiqu'il sorte de ces ténèbres, tu ne fuiras pas, parce que le combat est ta seule chance de survie. Alors bats toi ! Et fait payer à ces fils de chiennes la frayeur qu'ils t'ont causés."

Raffermissant sa prise sur le manche de Volendrung, elle repoussa la peur au fond de son esprit et, prenant la pose du félin prêt à bondir, se figea sur place, tout les muscles de son corps tendus comme autant d'arcs, prêt à se relâcher d'une seule impulsion de son cerveau. Elle entendait les craquements se rapprocher. Quoiqu'il en soit, celui ou celle ou le truc qui venait leur rendre visite était doué, les bruits de son déplacement était à peine perceptible, et si elle n'avait pas été habitué aux veilles et aux embuscades, Shaam se serait faite surprendre comme un agneau par les loups.

Soudain elle sentit son acolyte se détendre et relâcher la prise sur son arme avant de se relever et de la replacer dans son fourreau. Interloquée par son comportement, l'orque tourna la tête et lâcha un soupir de soulagement lorsqu'elle aperçue la silhouette qui s'extirpait lestement des bois. Yegor le boîteux, leur guide, venait de se glisser dans la petite clairière de sa démarche si particulière. Le crâne orné d'une crête aussi rousse que la barbe fournie qui lui mangeait le visage, toutes deux soignées avec amour, petit par la taille mais grand par le courage et le savoir, le singulier bout d'homme s'avançait vers elles en claudiquant, sa grande bouche s'ouvrant en un large sourire.

"Bah alors les filles, c'est moi qui vous ai fait peur comme ça ?" leur dit-il, une pointe de moquerie dans la voix.
"Shaam, n'écoute pas ses sarcasmes." Rétorqua la guerrière qui déjà se recouchait "Tu as bien réagi, mieux vaut être trop prudent qu'être mort."

Opinant du chef, l'orque s'enroula dans ses couvertures et, se pelotonnant à nouveau auprès du feu, se laissa replonger dans ses souvenirs, bercée par les légers ronflements du chasseur roux qui dormait déjà comme un nouveau né."

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