dimanche 30 octobre 2011

Paris

Destruction

Tout s’effondre. Tout plonge dans les abysses des limbes ténébreuses et infinies. Mon coeur, mon âme, mes sentiments, ma vie. Tout est dévoré par ce monstre à jamais insatisfait. La haine et l'envie dévore mon être entier. La Nuit obscurcie le jour. La plaine profite des derniers rayons du soleil qu'elle ne verra plus avant longtemps. Les nuages noirâtres, étendus dans le ciel comme les griffes d'une divinité cthulhuienne gargantuesque, envahissent le firmament, rependant leur gangrène dans tout mon univers.

Tout s'effondre. Mon esprit et mes sensations. Ma satisfaction et mes principes. Mon honneur et ma droiture. Mon corps. La Nuit revient. Comme l'océan, qui se retire et remonte, à jamais vaincu, obstiné, inexorable. Et dans son cortège funeste ses amies l'accompagne. Douleur et désir. Jalousie et obsession. Manque et oubli.

Tout s'effondre. Le vent dépouille les arbres de leur toison automnale. Les feuilles flottent un instant dans la brise avant de venir mourir sur le sol. La Terre s'endort, et avec elle les rêves et les songes. Les cauchemars les chassent. Les pensées obscures sortent de leur cachette et se déverse sur le monde comme une lame de fond que rien ne peut arrêter. L'hiver est là, et la Nuit lui emboîte le pas.

Tout s'effondre. Les brins d'herbe frémissent sous la caresse du vent. Ils me caressent les bras et les joues. Je suis allongé dans la plaine, la regardant s'effondrer. Je vois les cohortes de Son armée venir vers moi, piétinant tout, envahissant tout, dévorant tout. Et je suis tétanisé. Pas par la peur, mais par le plaisir et l'impatience. J'attends de rejoindre les forces de la Nuit. Je trépigne de désir. Je veux me ranger sous son étendard. Tout lui sacrifier pourvu qu'elle me fasse me sentir bien. Le jour nous demande de nous relever et de nous tenir droit, la Nuit ne nous demande que de nous agenouiller devant sa toute puissance.

Tout s'effondre. Ma volonté et mes résolutions. Je risque de tout perdre, je vais tout perdre, j'ai déjà tout perdu, mais Elle me promet tant. Tant de chose, tant de rêves et de sensations. Tant de chose que je peux avoir rien qu'en tendant la main alors que j'aurais dû batailler pour les obtenir si j'avais continuer de croire à la lumière et en son pouvoir utopique.

Tout s'effondre. Et tout s'effondrera. Inexorablement. A la fin tout meurt. Que la Mort vienne me prendre. Au moins, elle, voudra de moi. Autant choisir le lieu et l'heure, tout contrôler jusqu'à la fin.

Tout s'effondre. Tu es né poussière et tu redeviendras poussière. Alors laissez moi me disperser dans le vent. Au moins là, je serais libre de tout.

VS

La tempête gronde. Il est bientôt midi mais le noir ébène du ciel rappelle plutôt minuit. Une pluie diluvienne s'abat sur la ville. Les gens courent de toutes parts, tentant de rejoindre au plus vite un abri de fortune; masse grouillante, informe, comme des fourmis essayant d'échapper un déluge divin. Les filles abritent leurs cheveux comme elles peuvent, les garçons tentent de faire bonne figure, comme si les gouttes ne les dérangeaient pas, se retenant de ne pas trembler, transis sous leurs vêtements détrempés.

Seul, au milieu de la place maintenant déserte, trois silhouettes restent stoïque sous l'averse. Deux hommes se font face, se jaugeant du regard, se testant par le verbe avant de faire parler les poings. Une fille se tient entre eux, essayant de les calmer comme elle peut, elle leur crie que c'est inutile, qu'ils n'ont pas besoin d'en arriver là. Mais c'est trop tard. Ils sont maintenant face à face et l'affrontement est inévitable. Peut être ne se rend-elle pas compte de l'enjeu, peut être nemesure-t-elle pas l'importance de la situation. Quoiqu'il en soit, elle ne peut pas empêcher la bataille d'avoir lieu, et ce quel que soit les trésors de diplomatie qu'elle pourra déployer.

Un vent violent s'est levé, emportant tout le ressentiment et la rage qui s'était dissimulé, caché dans les recoins les plus profonds de la ville, de leurs cerveaux. Un premier coup de tonnerre retentit, d'une clarté rendue presque irréelle par l'atmosphère qui règne sur la scène. Coup d'envoi d'une bataille sans aucun autre enjeu que la destruction mutuelle de ces deux êtres qui se vouent une haine féroce, sans aucun autre but que l’extériorisation de la violence qui bouillonne dans leurs veines.

L'ère de la parole est révolu, au tour des poings de se faire entendre.

Ils s'élancent l'un contre l'autre alors qu'elle s'écroule contre un mur en pleurant, elle sait qu'elle est responsable de ce qu'il se passe, elle sait qu'ils se battent à cause d'elle. Tous les trois auraient pu être amis dans une autre vie. Mais pas dans celle ci.

Les premiers coups échangés ne servent pas à faire mal, plutôt à juger son adversaire, évaluer ses points faibles, jauger sa valeur. Mais bien vite les échanges se transforment, il n'y a plus qu'une chose qui anime les deux ennemis, la destruction total de leur adversaire. Les coups volent. Aucune règle. Aucune pitié. La fin justifie les moyens. Un nez craque. Une arcade éclate. Une paire de côte se brise sourdement. Un poignet se explose. Un muscle se déchire. Symphonie de Douleur orchestré par la Haine.

L'un des deux adversaires s'écroule, demande grâce. L'autre s'acharne sur la silhouette prostrée. La machine est en marche, et rien ne peut arrêter ses rouages bien huilés. Les os craquent. Le sang coule. Son odeur cuivrés envahit l'air, se mêlant avec les relents d'ozone de l'orage. L'eau se teinte d'un pourpre pâle, couleur de la mort.

Il se relève alors. Jetant sur sa victime un regard méprisant. Son pied vient s'écraser sur le visage de la larve qui gît à ses pieds. Fin de la partie. Ils ne sont plus que deux sur la place désertée.

La pluie a le goût des larmes et du sang.

mercredi 26 octobre 2011

"Suivirent alors les douleurs les plus effroyables : un broiement dans les os, une nausée épouvantable, et un effroi dans l'esprit qui ne saurait être surpassé dans la naissance ou dans la mort. Puis ces affres s'estompèrent rapidement, et je revins à moi comme au sortir d'une grave maladie. Il y avait dans mes sensations un je-ne-sais-quoi d'étrange, d'ineffablement neuf et, par sa nouveauté même, d'incroyablement exquis. Je me sentais plus jeune, plus léger, plus heureux dans mon corps. J'avais le sentiment profond d'une capiteuse insouciance, d'un flot désordonné d'images sensuelles qui ruisselait dans mon imagination comme le bief d'un moulin, d'une dissolution des obligations morales, d'une liberté de l'âme inédite mais non point innocente. Dès le premier souffle de cette vie nouvelle, je sus que j'étais plus pervers, dix fois plus pervers, livré en esclavage à ma méchanceté originelle; cette pensée là, sur le moment, me revigora et m'enivra. J'étirais les bras, ravi par tant de sensations nouvelles ..."

"Cela provenait, j'imagine, de ce que tous les êtres humains que nous croisons dans la rue sont un mélange de bien et de mal : or, de toute l'espèce humaine, seul Edward Hyde était le mal à l'état pur."

R. L. Stevenson, L'étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde.

mardi 25 octobre 2011

Changement

Les verres claquent. Les bouteilles tintent. Les rires de ceux qui tiennent encore debout résonnent entre les murs décrépis. Impression de sortir d'un mauvais rêve, impression de déjà vu, impression qu'un black out entache mes souvenirs. Phase de transition entre deux soirées. Mais je ne me souviens pas de grand chose issu de cette ère.
Un frisson me parcourt l'échine. Des fourmis me parcourent les doigts. Un sourire carnassier se dessine sur mon visage. Je sens une étincelle bien connue se rallumer au fond de mes prunelles éteintes. Je prends une longue inspiration, gonflant mes poumons de cet air nouveau, prêt à pousser un hurlement de triomphe.

Nouvelle naissance. Re-naissance. Je suis de retour. Tel un phénix s'extirpant de ses cendres.

J'ai tenté de suivre les anges sur leur chemin tout tracé, leur voie pavée de bonnes intentions et de morale, de règles et de gentillesses. Mais je me faisais chier, je m'ennuyais à crever. Et des limbes est venu mon salut. Mes vieux amis se sont rappelés à mon bon souvenir. Ils sont sortis de leur torpeur, quittant l'ombre pour se joindre à nouveau à moi. C'est quand j'ai senti leur griffes métalliques et acérés se poser sur mes épaules que je me suis souvenu de qui je pouvais être. Ils avaient apportés avec eux mes anciens jouets, l'ancien couple ultime, Jack & C. Ceux qui ne m'ont jamais abandonné.

Je suis assis sur le rebord d'une fenêtre, mes pieds se balancent dans le vide sous moi. Du quatrième étage je contemple ma nouvelle cour de récréation, celle que je ne découvre que maintenant, celle dont j'aurais dû profiter depuis longtemps. Mon Zippo claque ses mâchoires argentées, comme un fauve se préparant à un festin, prêt à se couvrir de nouvelles cicatrices, prêt à se créer sa légende. La flamme crépite au contact du tabac et du papier. J'expire une longue bouffée dans le ciel noir, comme pour disperser les dernières parcelles de Jek' dans l'immensité ténébreuse.

Je suis prêt. Prêt à abandonner le passé derrière moi. Prêt à renouer avec la nuit. Prêt à me tracer ma voie au travers de la Plaine verdoyante, prêt à la rougir à nouveau du sang de mes plaies, prêt à la paver à nouveau avec mes pierres, prêt à me reconstruire mon trône. Cette nuit ne m'appartient pas encore. Je pars à sa conquête. Je viens de déclarer la guerre aux rois qui trônent ici. La royauté ne me satisfait plus. Cette fois c'est le titre d'empereur qu'il me faudra.

Le vent souffle. Le vent du changement. Il a une odeur de cendre, de souffre et de sang. Cette nuit promet d'être magnifique. Et je lui ferrais tenir ses promesses. Parole de Hyde.


Kiss. Kiss. Kill. Kill. †

Perdition nocturne

Dans un concert de gargouillis immondes le contenu de mon estomac se déverse dans la cuvette des toilettes. Mélange de glaire, de blanquette de veau amoureusement préparée par Maman et de vin, Bordeaux rouge 1998, accompagné des vestiges de C. ma bienheureuse compagne.
Boire la bouteille complète était peut être déraisonnable. Mais qu'importe maintenant.
Mon front brûlant heurte l'émail glacée. J'ai l'impression que mon crâne va se fendre et exploser. Ma gorge me fait souffrir le martyr. Mes poumons se décomposent. Mon estomac est tordu de douleur.
Pourquoi suis-je dans un état pareil à cette heure ci ?
Ce n'est pas une bouteille et quelques analgésiques qui ont pu me mettre dans cet état. Alors quoi ?
L'ours en peluche trônant sur mon bureau me regarde d'un oeil à la fois réprobateur et désolé. Lui sait.
Les arpèges du Lac des Cygnes pourtant habituellement si agréables me vrillent les tympans. Pas la force de me traîner jusqu'à mon ordinateur pour éteindre. Tant pis.
J'aimerais que tout ce qu'il reste dans mon cerveau soit le boom boom d'un rythme techno médiocre. Mais ce soir, mes neurones sont en pleine forme et tournent à plein régime. Les interrogations me ravagent l'esprit. Pourquoi ? Quand ? Avec qui ? Où ? Pourquoi ? Pourquoi ?
Tout n'est plus que questions et incertitudes. Ma vie réduite à un ensemble de phrases interrogatives et de points d'interrogations. Quand cela va-t-il se finir ? Encore une question.

Dormir ? Ha, ha, ha. Quelle blague. Impossible. Une semaine que je ne fais que surnager entre sommeil et éveil allongé sur mon matelas, la tête enfoncée dans mon oreiller. Pas de répit avant que toutes ces hésitations ne soient assouvies.

Au coeur de la nuit, au coeur de mon ancien royaume, je ne suis plus qu'un déchet effondré dans le caniveau, là où avant je siégeais sur un trône d'or et de luxure. Il ne fait pas bon se perdre dans des terres où l'on n'est plus le bienvenue.

lundi 24 octobre 2011

Abdication.


La douleur m'enserre. Comme un si un rapace immense, magnifique mais mortel m'avait attrapé entre ses serres acérées pour m'apporter jusqu'à son nid et me déguster pour le dîner.
Mais son vol est interminable, infini. Il arrive un moment où l'on en vient à souhaiter que le moment où l'on va être dévoré arrive le plus rapidement possible, pourvu que tout s'arrête, pourvu que tout soit fini, et qu'enfin la douleur cesse ...

Trois comprimés pétillent dans un verre d'eau. Surdosage. Mais il arrive un stade où la dose prescrite ne fait plus d'effet. Il arrive un stade où tout ce qu'on attend c'est cette espèce de torpeur temporaire pendant laquelle plus rien n'importe.

En dix points de mon corps, des oursins ont remplacés ce qui devrait normalement être mes articulations. La codéine ne fait presque plus d'effet, elle n'en fait plus lorsque je respecte les doses. Mon estomac, mon foie, mes intestins pleurent. Paradoxe du médicament qui en soulageant un problème en crée un autre.

La douleur est constante. Je ne sais plus ce qui est physique ou psychologique. Réalité et cauchemar se mélangent, fusionnent. Rien n'est réel, tout est réel. Mon monde s'est écroulé et je respire tranquillement l'air chargé de cendre et de sang, assis calmement au milieu des ruines de ce qui a été mon existence. Je ne sais plus si ce charnier, cette apocalypse est vrai ou non. Je ne sais plus rien. Je ne fais plus rien. Je ne suis plus rien, plus rien d'autre qu'un "malade" ...

J&H

Qui suis-je ?
Que suis-je ?
Lequel des deux doit dominer ?
Jekyll, brillant, sociable, gentil. Que tout le monde aime, à qui tout le monde parle. Celui qui a des amis, des amours. Mais emplit de frustrations à la limite de l'explosion et du dérapage.
Hyde, génial, impulsif, orgueilleux, acide & impitoyable. D'une fierté sans aucunes limites. Arrogant, réaliste quitte à en devenir méchant. Mélange explosif de plaisirs égoïstes qui doivent toujours être assouvis et d'un dégoût de lui même acéré. Qui n'a pas à se soucier du dérapage puisqu'il y est constamment. Qui se moque de ce que peuvent vouloir les autres tant qu'il est satisfait.

Lequel des deux suis-je ?
Je ne peux être l'un sans que l'autre ne se fasse entendre de l'ombre, comme un murmure presque inaudible, me vantant ses mérites et ses avantages. Jekyll est gentil mais se fait allègrement piétiné, Hyde est un con asociale mais qui peut faire ce qu'il veut. Jekyll a une vie saine mais ennuyeuse, Hyde se détruit purement et simplement mais goûte à tous les plaisirs immédiats. Jekyll est droit et digne de confiance mais sans aucunes surprises, Hyde est instable et sans aucunes règles mais détruit tout ce qu'il touche.

Lequel des deux me rendra heureux ?
L'histoire nous enseigne qu'à la fin c'est Hyde qui broie Jekyll tant et si bien que les deux en meurent. Est-ce ce à quoi je dois m'attendre ? Est-ce ça mon destin ?

Hyde n'a aucune existence sur le long terme, Jekyll si. Mais Jekyll est un éternel insatisfait alors que Hyde jouit de tout ce qu'il veut.

Cruel dilemme, vendre son âme au diable et filer tel une comète à travers la vie même si cela veut dire être condamner à la vivre trop vite et à s'éteindre avant les autres, ou la conserver comme un trésor et se murer dans une existence faite de regrets et d'interdits ne se contentant que de menu plaisirs diffus en espérant tromper cette soif presque irrépressible de liberté ?

mercredi 19 octobre 2011

Insomnie Créatrice

Le jour se lève
Moi je m'endors
Une naissance s'achève
Et moi je meurs

Pour ne pas contempler
A ma peine et mes pleurs
S'ajouter
Vingt quatre nouvelles heures.

C ... O ...

L'eau pétille dans le verre posé sur le rebord du lavabo.
J'avale le contenu en une gorgée. Ça a un goût d'eau de mer.
Dégueulasse.
Je me glisse sous la cascade brûlante qui tombe du plafond. La vapeur me fait suffoquer quelques instants dans la petite cabine de douche transformée en sauna. L'eau chaude me dévore la peau comme si il s’agissait de lave en fusion me tombant sur les épaules. La rage et la colère me glace le sang. La douche bouillante devrait rééquilibrer tout ça.
Ou du moins me permettre de me poser et de penser un peu. Histoire de remettre mes idées en ordre et de chasser le magma noir de la haine qui les englue tel de la mélasse, visqueuse et collante. Tel un feu purificateur ôtant de mon esprit ces pensées sombre et froide comme la mort.
Foutaise. Baratin pour idéaliste.
Un spasme me secoue les jambes, tandis que mon genoux droit cède sous mon poids. Pas le choix, il faut que je m'asseye. La douleur me transperce les articulations comme une lame de stylet plongée entre les jointures de mes os, tournant et se retournant sans cesse.
6h44.
Bordel, c'est quoi cette vie ?
Je suis debout non pas parce que je viens de me lever, mais parce que je ne suis pas encore couché. Le sommeil ne me veut plus. Morphée n'a que faire de moi. Je l'ai trop souvent repoussé lorsque je n'avais pas besoin de lui. Et maintenant que je le désire plus que tout, il me nargue, se dérobant à chaque fois que mes doigts sont prêt à s’agripper à sa crinière flamboyante. Je n'ai jamais autant voulu plonger dans ces limbes infinies, calmes, immobiles, exemptes de souffrance.
Il est révolu le monde où l'on pouvait avoir ce que l'on voulait si on se battait un tant soit peu pour elle. Aujourd'hui tout n'est que frustration et désillusion.
Un frisson me parcourt le corps. Ma déesse commence son oeuvre. Fidèle. Implacable comme une machine bien huilée. Faisant ce qu'on attend d'elle. Sans surprises. Constante. La seule.
La douleur s'évanouit derrière un voile cotonneux. Ce ne sera que temporaire, mais au moins j'aurais ces quelques instants de répit. Mes paupières s'alourdissent. Le son de l'eau dégoulinant en fines gouttelettes du pommeau de douche sonne comme une berceuse. Mes yeux se ferment.
Je pars ...
7h52.
L'eau glacée me réveille en sursaut. Je suis resté plus d'une heure assoupi.
Je ne peux pas rester écroulé, nu, sur le carrelage froid de ma douche. Luttant contre elle, contre son emprise invincible, je m'extrais de ma catatonie comme dans un songe. Rien ne parait réel. Je me sèche, ne sachant même pas si c'est vraiment moi qui le fait et si j'en ai réellement besoin. Je me traîne dans l'escalier menant à mon lit. C. à fait son boulot, je ne sens plus rien. Pas de douleur, pas de sensations, rien d'autre que du coton.
Je m'écroule sur mon matelas. Ma tête heurte ma table de nuit. Pas de souffrance, pas d'éclair fulgurant me traversant le crâne. Le calme.
Morphée hurle au loin. Je l'ai battu. J'ai vendu mon âme à une autre que lui. Qu'importe les conséquences, au moins ce soir je pourrais dormir. Et alors que les plaintes morphéiques se perdent dans le lointain, j'aperçois leurs silhouettes qui semble m'attendre pour m'accompagner dans les limbes. L'une, éthérée, blanche, à peine discernable, enveloppante, chaleureuse; un fantôme. L'autre, fine, superbe, fière, flamboyante, unique; une comète. Mes deux déesses au parfum des anges. Le rêve et l'or.

Je pars. Pour de bon cette fois.
Codeine, my love; never let me.

lundi 17 octobre 2011

Agonie

La douleur est omniprésente.
Tout brûle.
Mes derniers souhaits disparaissent dans le brasier inextinguible de la désillusion et de la souffrance. Les ténèbres envahissent à nouveau mon univers. L'étincelle naissante de l'espoir n'a pas pu résister à l'obscurité dévorante.
Pourquoi se raccrocher à la lueur d'une étoile déjà morte depuis des milliers d'années lumières ? Au fantôme d'un passé à jamais disparu ? Paradoxalement, et malgré le fait de savoir que le passé restera à jamais le passé, on espère toujours que, dans un soubresaut, l'étoile moribonde trouvera la force de scintiller à nouveaux de milles feux.
Le corps est la transposition physique de l'âme. Je peux à peine marcher, essayer de me lever est comme me plonger moi même dans un bain de métal en fusion. Hurler ne sert à rien, personne n'est là pour m'entendre. Et encore moins nombreux sont ceux qui essaieront de plonger dans cette océan destructeur pour m'en sortir.
Il est 16h, il m'a fallu deux heures et demi pour parcourir les trois mètres et vingt cinq centimètres qui séparent mon lit de mon bureau. Même écrire est une torture, les phalanges de ma main droite ayant été remplacée par des oursins brûlants.
Mon monde qui avait été pendant quelques temps épargné par la douleur est à nouveau tombé sous son emprise. Elle envahit tout. Elle dévore tout. De moins en moins de choses comptent. Et la seule qui me permettait de tenir est celle qui est tombée la première. Et ma rage de combattre a disparue en même temps qu'elle.
Tout devient progressivement fade et pâle. La seule chose qui brille, qui brille tellement qu'elle m'en brûle la rétine est la Douleur. Cette souffrance implacable qui, comme un fauve, tourne autour de sa proie, attendant le moment propice pour fondre dessus et la démembrer avant de se repaître de son cadavre fumant. La vie s'amuse, nous réservant ses pires cadeaux empoisonnés pour les moments où l'on en a le moins besoin.

Parier sur le bonheur est inutile, puisque toujours à la fin c'est le malheur et le désespoir qui remporteront la mise, notre âme.

lundi 3 octobre 2011

Grow up.

Le papier à cigarette crise sous la pression de mes doigts. Lentement, le tabac se reparti le long de la tubulure en construction. Le briquet craque, la flamme apparaît, flamboyante dans l'obscurité, la feuille s'embrase dans un crépitement et enfin je peux goûter l'assassine fumée se déployer dans mes poumons.

Je suis seul dans cette ruelle obscure, vestige des temps anciens. Les pavés qui recouvrent le sol sont irréguliers, descellés, parfois teintés de reflets verdâtres. Les vielles bâtisses se rejoignent au centre de la voie; formant de ténébreux ponts au dessus d'elle. L'air est lourd, emplit des fantômes de souvenirs emmurés entre les pierres irrégulières qui construisent les taudis jonchant les pourtours de la ruelle. Le vent ne souffle pas dans ce monde là, aucune brise pour venir remuer et déloger émotions et pensées, les laissant s'entasser, s'enliser entre les pavés centenaires, amas en putréfaction, inondant l'air de leur exquise pestilence.

J'exhale la bouffée de mort dans la nuit noir. Le gin commence à me monter à la tête, l'extrémité de mes membres s'engourdit. L'atmosphère putride de ce coupe gorge m'arrache un haut-le-coeur, relent d'humidité puante et de vieille pisse, effluve immonde des bas fonds.
Et là, alors que l'alcool m'obscurcit les sens, je la vois.

Elle envahit la ruelle de sa présence. Elle emplit la nuit autrefois silencieuse du claquement de ses aiguilles sur le sol. Sa démarche trébuchante, le crissement de ses talons s'accrochant dans les pavés irréguliers me fascinent.
Rêverie éveillée. Sa crinière ébouriffée flotte derrière elle, rependant son parfum délicat dans l'atmosphère délicat dans l'atmosphère putride. Elle passe devant moi sans un regard, puis dévie de sa trajectoire avant de s'effondre contre le mur crasseux en face de moi.
Le bruit mou de sa tête heurtant la pierre retentit, flasque et écoeurant, contre mes tympans alors que mon corps entier frissonne de dégoût.
Elle essaye de maintenir son buste droit quelques instants mais finit par abdiquer bien vite, et elle s'effondre de tout son long dans le caniveau humide.

L'image de cette poupée de chiffon brisée par les excès me rappelle ce que j'ai été il n'y a pas si longtemps. Mon visage se superpose au sien, et je me revois, vomissant mes tripes dans une ruelle sombre, seul, abandonnée de tous parce que je les insupportais. Et je serais en train de lui tenir compagnie si je ne l'avais pas rencontrer, si je n'avais pas croiser la route de cette comète filant vers le firmament, muse inégalable, insaisissable, qui me fascine autant qu'elle m'effraie. Je la veux tout autant que je redoute de l'avoir. Car elle seule a su lire en moi, elle seule a su percer ce blindage factice et extirper ce que je suis, mon moi profondément endormi, étouffé par les excès et la débauche. Elle m'a sauvé et je lui en serais à jamais reconnaissant. Elle dirait que je me suis sauvé moi même, mais je n'ai pas cette force la. Et le jour où elle est partie, volant vers d'autres contrés qu'elle seule avait la force d'atteindre, a été le pire jour de toute ma vie, je l'ai regardé s'éloigner me haïssant de ne pas pouvoir la suivre, trop stupide pour essayer de changer et de découvrir mes ailes.

Aujourd'hui je les ai trouvé, dans la douleur et les larmes, dans la tristesse et le sang. Dans les ruines fumantes et les débris de mon ancien masque j'ai entr'apperçu celui qui était sous ce masque, et enfin je peux m'envoler à sa poursuite en espérant un jour la rattraper.

Alors, le plus délicatement possible, je soulevais le corps inconscient de l'étoile éteinte gisant devant moi et la portait en dehors de la ruelle, vers la plaine, vers ce qui aujourd'hui est ma réalité, vers ce qui j'espère sera la sienne quand elle aura compris que tout ça ne sert à rien.

21.09.11

"Je me meurt. Comme une plante qu'on a oublié d'arroser. Mon esprit se fane, tel une rose se flétrissant sous le temps assassin.
Ma solitude m'étouffe. Pourtant je n'ai jamais été aussi entouré. Mais aucun d'eux n'a touché les abysses que j'ai visité et dans lesquels j'ai replongé, prisonnier à jamais des limbes et de leurs chaînes infinies.
De temps à autres J'arrive à m'en extirper, frôlant des doigts une réalité idyllique et utopique que je suis incapable de me construire.
Un jour, un homme a dit :"Heureux les simples d'esprit." Pendant longtemps je n'ai pas réussi à comprendre en quoi ne pas pouvoir réfléchir au plus haut était une bénédiction. Aujourd'hui je le comprends. L’intelligence n'est pas un don, c'est plutôt une malédiction. Comprendre plus vite que tout le monde, appréhender des concepts en quelques minutes que certains mettront des jours à assimiler, réfléchir à la vitesse de la lumière; tout ça paraît alléchant, hein ?

Détrompez-vous.
Très vite le monde vous apparaît fade et insipide, plus rien n'a d’intérêt, le bonheur irréel que le commun des mortels atteint béatement vous est interdit, car vous vous savez qu'un tel bonheur n’existe pas, vous savez que ce n'est que pure invention. Et ce cancer vous ronge tel une gangrène irrésistible.
Les échappatoires sont nombreux.
Et certains d'entre nous arrivent à s'en sortir, à se sauver de cette existence sans but, sans goût, sans vie. Ils s'en sortent en reniant une part de leur malédiction, en acceptant que tout ne peut être compris et que le bonheur peut exister si on y croit plus que tout.
Mais moi je fais parti de ceux qui ne s'en sortiront pas. D'aucun diront que c'est par arrogance et par fierté, qu'ils pensent ce qu'ils veulent, ils ne savent pas la torture que nous devons endurer, le prix à payer pour un tel don.

"Précoce.","Surdoué.", ces mots résonnent agréablement à l'oreille du tout un chacun, ils envient ceux qui ont reçu ce "don". Mais nous, solitaire dans notre tour d'ivoire, nous les envions aussi dans leur existence béate faite d'incompréhensions et de croyances aveugles en des phénomènes qui échappent à leur entendement.
N'allez pas croire que nous réussissons toujours tout. Nous sommes en dehors du système, nous échappons aux cases dans lesquels vous entrez si aisément, formaté pour votre existence future, et cette incapacité de rentrer dans cette matrice, dans ce programme, fait de nous des semi-parias qui nous distinguons surtout par nos échecs plus que par nos réussites.
Oh bien sûr certains s'en sortent brillamment et deviennent ce qu'on appelle communément des génies, des prodiges. Mais, combien de ces grands hommes ont finis dans l'alcool, la drogue et la dépression jusqu'au seuil mortel ?
Beaucoup trop.
Et encore plus de ces génies en devenir, de ces hypothétiques futurs prodiges ont été haché par une existence qui les a dévoré, vampirisé jusqu'à n'en laisser que des carcasses vides et informes, parfois au sens littéral.

L'oubli de moi même est la seule solution que j'ai trouvé pour échapper à ce destin pourtant si inéluctable. Soirée, beuverie, débauche, brûler la vie par autant de bout qu'il est possible pour éviter à tout prix d'être immolé sur son autel.
"Cette douleur est comme une écorchure au palais, qu'on ne doit surtout pas toucher pour qu'elle puisse cicatriser mais qu'on ne peut s'empêcher de lécher." FC

Il est des soirs solitaires comme celui ci où j'aimerais me presser le cerveau pour en extraire le trop plein, comme on presse un furoncle pour l'assainir, j'aimerais évacuer cette surcharge et devenir médiocre, transparent, normal.

Égoïste, orgueilleux, arrogant, affabulateur, c'est ce que certain penseront en lisant ces lignes; les autres penseront que ce n'est que pure fiction et que cet amas de mots déprimant vient se classer à la suite de mes autres écrits. Si c'est ce qu'il vous est agréable de penser, grand bien vous en fasse, mais c'est qu'alors vous nous connaissez mal.
Très mal."

Resurectio

"Pendant deux ans j'ai été muselé. Mes masques emprisonnaient mes griffes dans des gants de velours et limaient mes crocs pour en faire d'adorables quenottes. En fait, je n'avais pas conscience de ces griffes et de ces crocs. Je ne savais pas qu'ils existaient, je le soupçonnais tout au plus. Je les utilisais de manière naturelle, inconsciente, instinctive. La possibilité de leur existence effleurait mon esprit lorsque, par mégarde, une griffe perçait sa gangue de douceur et entaillait mon existence. Je pensait n'être qu'une armure. Et ça me satisfaisait.

N'allez pas croire que je regrette ces deux années bucoliques, sans cadavres traînant et pourrissant dans le caniveau, sans plaine rougie par le sang des affrontements perpétuels, sans cicatrices douloureuses entaillant ma peau, sans blessures brûlantes balafrant mon âme.
C'était calme, paisible. C'était reposant après des années de destruction et d'oubli pur et simple de moi même. Aussi agréable que le silence après la tempête. Comme si l'on était transporté depuis le front d'un conflit sanglant et meurtrier jusque dans un champ de fleurs et d'herbes hautes qu'une brise légère venait taquiner de temps à autres. Comme si j'étais passé de l'autre côté du miroir.

Mais un jour ce miroir s'est brisé, volant en une multitude de shrapnels tranchant s'abattant sur moi et me lacérant la peau. La douleur qui s'était endormie, hibernant pendant deux longues années, s'était réveillée brutalement de son long sommeil et revenait, plus forte et plus incisive que jamais. Vous pourriez croire que ça a été désagréable, et vous n'auriez pas tout à fait tort; mais en même temps que les éclats et que la douleur, c'est aussi mon ancien masque que j'ai retrouvé, jouissance ultime de se retrouver soi même, tel que l'on est au fond de soi. Maintenant que mes ailes ont repoussées, que j'ai retrouvé mon masque, je suis prêt à de nouveau vivre ma vie, en profiter jusqu'aux dernières miettes, jusqu'à ce qu'il n'y ai plus rien à dévorer, plus rien à vivre."