mercredi 19 octobre 2011

C ... O ...

L'eau pétille dans le verre posé sur le rebord du lavabo.
J'avale le contenu en une gorgée. Ça a un goût d'eau de mer.
Dégueulasse.
Je me glisse sous la cascade brûlante qui tombe du plafond. La vapeur me fait suffoquer quelques instants dans la petite cabine de douche transformée en sauna. L'eau chaude me dévore la peau comme si il s’agissait de lave en fusion me tombant sur les épaules. La rage et la colère me glace le sang. La douche bouillante devrait rééquilibrer tout ça.
Ou du moins me permettre de me poser et de penser un peu. Histoire de remettre mes idées en ordre et de chasser le magma noir de la haine qui les englue tel de la mélasse, visqueuse et collante. Tel un feu purificateur ôtant de mon esprit ces pensées sombre et froide comme la mort.
Foutaise. Baratin pour idéaliste.
Un spasme me secoue les jambes, tandis que mon genoux droit cède sous mon poids. Pas le choix, il faut que je m'asseye. La douleur me transperce les articulations comme une lame de stylet plongée entre les jointures de mes os, tournant et se retournant sans cesse.
6h44.
Bordel, c'est quoi cette vie ?
Je suis debout non pas parce que je viens de me lever, mais parce que je ne suis pas encore couché. Le sommeil ne me veut plus. Morphée n'a que faire de moi. Je l'ai trop souvent repoussé lorsque je n'avais pas besoin de lui. Et maintenant que je le désire plus que tout, il me nargue, se dérobant à chaque fois que mes doigts sont prêt à s’agripper à sa crinière flamboyante. Je n'ai jamais autant voulu plonger dans ces limbes infinies, calmes, immobiles, exemptes de souffrance.
Il est révolu le monde où l'on pouvait avoir ce que l'on voulait si on se battait un tant soit peu pour elle. Aujourd'hui tout n'est que frustration et désillusion.
Un frisson me parcourt le corps. Ma déesse commence son oeuvre. Fidèle. Implacable comme une machine bien huilée. Faisant ce qu'on attend d'elle. Sans surprises. Constante. La seule.
La douleur s'évanouit derrière un voile cotonneux. Ce ne sera que temporaire, mais au moins j'aurais ces quelques instants de répit. Mes paupières s'alourdissent. Le son de l'eau dégoulinant en fines gouttelettes du pommeau de douche sonne comme une berceuse. Mes yeux se ferment.
Je pars ...
7h52.
L'eau glacée me réveille en sursaut. Je suis resté plus d'une heure assoupi.
Je ne peux pas rester écroulé, nu, sur le carrelage froid de ma douche. Luttant contre elle, contre son emprise invincible, je m'extrais de ma catatonie comme dans un songe. Rien ne parait réel. Je me sèche, ne sachant même pas si c'est vraiment moi qui le fait et si j'en ai réellement besoin. Je me traîne dans l'escalier menant à mon lit. C. à fait son boulot, je ne sens plus rien. Pas de douleur, pas de sensations, rien d'autre que du coton.
Je m'écroule sur mon matelas. Ma tête heurte ma table de nuit. Pas de souffrance, pas d'éclair fulgurant me traversant le crâne. Le calme.
Morphée hurle au loin. Je l'ai battu. J'ai vendu mon âme à une autre que lui. Qu'importe les conséquences, au moins ce soir je pourrais dormir. Et alors que les plaintes morphéiques se perdent dans le lointain, j'aperçois leurs silhouettes qui semble m'attendre pour m'accompagner dans les limbes. L'une, éthérée, blanche, à peine discernable, enveloppante, chaleureuse; un fantôme. L'autre, fine, superbe, fière, flamboyante, unique; une comète. Mes deux déesses au parfum des anges. Le rêve et l'or.

Je pars. Pour de bon cette fois.
Codeine, my love; never let me.

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