dimanche 30 octobre 2011

VS

La tempête gronde. Il est bientôt midi mais le noir ébène du ciel rappelle plutôt minuit. Une pluie diluvienne s'abat sur la ville. Les gens courent de toutes parts, tentant de rejoindre au plus vite un abri de fortune; masse grouillante, informe, comme des fourmis essayant d'échapper un déluge divin. Les filles abritent leurs cheveux comme elles peuvent, les garçons tentent de faire bonne figure, comme si les gouttes ne les dérangeaient pas, se retenant de ne pas trembler, transis sous leurs vêtements détrempés.

Seul, au milieu de la place maintenant déserte, trois silhouettes restent stoïque sous l'averse. Deux hommes se font face, se jaugeant du regard, se testant par le verbe avant de faire parler les poings. Une fille se tient entre eux, essayant de les calmer comme elle peut, elle leur crie que c'est inutile, qu'ils n'ont pas besoin d'en arriver là. Mais c'est trop tard. Ils sont maintenant face à face et l'affrontement est inévitable. Peut être ne se rend-elle pas compte de l'enjeu, peut être nemesure-t-elle pas l'importance de la situation. Quoiqu'il en soit, elle ne peut pas empêcher la bataille d'avoir lieu, et ce quel que soit les trésors de diplomatie qu'elle pourra déployer.

Un vent violent s'est levé, emportant tout le ressentiment et la rage qui s'était dissimulé, caché dans les recoins les plus profonds de la ville, de leurs cerveaux. Un premier coup de tonnerre retentit, d'une clarté rendue presque irréelle par l'atmosphère qui règne sur la scène. Coup d'envoi d'une bataille sans aucun autre enjeu que la destruction mutuelle de ces deux êtres qui se vouent une haine féroce, sans aucun autre but que l’extériorisation de la violence qui bouillonne dans leurs veines.

L'ère de la parole est révolu, au tour des poings de se faire entendre.

Ils s'élancent l'un contre l'autre alors qu'elle s'écroule contre un mur en pleurant, elle sait qu'elle est responsable de ce qu'il se passe, elle sait qu'ils se battent à cause d'elle. Tous les trois auraient pu être amis dans une autre vie. Mais pas dans celle ci.

Les premiers coups échangés ne servent pas à faire mal, plutôt à juger son adversaire, évaluer ses points faibles, jauger sa valeur. Mais bien vite les échanges se transforment, il n'y a plus qu'une chose qui anime les deux ennemis, la destruction total de leur adversaire. Les coups volent. Aucune règle. Aucune pitié. La fin justifie les moyens. Un nez craque. Une arcade éclate. Une paire de côte se brise sourdement. Un poignet se explose. Un muscle se déchire. Symphonie de Douleur orchestré par la Haine.

L'un des deux adversaires s'écroule, demande grâce. L'autre s'acharne sur la silhouette prostrée. La machine est en marche, et rien ne peut arrêter ses rouages bien huilés. Les os craquent. Le sang coule. Son odeur cuivrés envahit l'air, se mêlant avec les relents d'ozone de l'orage. L'eau se teinte d'un pourpre pâle, couleur de la mort.

Il se relève alors. Jetant sur sa victime un regard méprisant. Son pied vient s'écraser sur le visage de la larve qui gît à ses pieds. Fin de la partie. Ils ne sont plus que deux sur la place désertée.

La pluie a le goût des larmes et du sang.

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