lundi 19 mars 2012

Evasion d'un garçon perdu #3

Je fulmine.
Il hurle de rage.
Pour une fois, lui et moi sommes en accord.

C'est rare que ce monstre et moi arrivons à nous entendre, mais quand ça arrive la sensation est divine. Ces pulsions de puissance, de haine, de jalousie, de destruction traversent tout mon être. Nos désirs entrent en résonance. Je n'ai plus qu'une envie, le libérer, m'abandonner à lui, lui laisser le contrôle et advienne que pourra.
Ça sera moche, je me réveillerais au milieu des ruines de son passage, l'air lourd et pesant me faisant suffoquer, la terre exhalant une odeur de cendre, de larme, de sang et de souffre, au milieu de son oeuvre. Et à ce moment là je regretterais de l'avoir laissé sortir. Mais sur l'instant tout ne sera que plaisir intense.
Pourquoi mon armure a-t-elle une faille ? J'ai poli son métal pendant tant d'année, durant tant de bataille.
Pourquoi cette plaie ne veut-elle pas cicatriser ? Elle se ré-ouvre à chaque fois, laissant couler alors des flots de larmes et de sang.
Pourquoi mon coeur de glace est-il si chaud tout à coup ? Cette flamme le dévore sans que je puisse la contenir.
Et au fond de moi, il grogne et tempête. Son râle puissant fait trembler les fondements de ma volonté. Il me murmure les mots que je veux entendre de sa voix doucereuse. Je sens mon visage se déformer pour devenir son masque, son visage impassible, froid, juste fendu pour son sourire carnassier. Une comprimé blanc. Une verre. Son rire puissant et victorieux me berce. Je me laisse aller. La dernière chose que je vois avant de m'enfoncer dans les ténèbres est l'éclat de ce sourire, ce sourire ...

"Hasta la vista baby, my love. Je ne reviendrais peut être plus."

dimanche 18 mars 2012

Orage.

Une goutte d'eau sur son torse nu s'écrase.
Puis une autre.
Un nuage passe.
Puis un autre.

Le soleil se voile. Des lambeaux gris sombre s'amoncellent sur l'azur. Le ciel bleu de ce bel après midi de Mars s'assombrit. Il pleut à torrent maintenant.
Tant mieux, se dit-il, au moins je peux pleurer en paix. Ses larmes se mêlent aux gouttes de pluie. Leur goût salé vient lui picoter les lèvres.
Il est complètement trempé. Mais il ne tremble pas. Ses sanglots lui agitent tout juste la poitrine de courte saccade.
Il est seul. Il est debout. Au milieu de la tempête. Mais au fond de lui, il est à terre, il rampe misérablement.
Un éclair fend le ciel dans un fracas assourdissant. Pour lui, c'est une dague qui s'enfonce dans son coeur.
Il voudrait que la pluie le lave. Qu'elle fasse disparaître ces souvenirs qui le hantent. Ces moments divins, enfers dissimulés.

Et alors que le tonnerre gronde, un hurlement s'élève dans l'atmosphère orageuse, c'est un hurlement puissant, de tristesse et de rage mêlées, un cri de défi lancé aux éléments qui se déchaînent. Une forme s'écroule à genoux et se prend la tête dans les mains. Là bas, au milieu de l'orage, un homme redécouvre la douleur.

Spleen.

Méditations d'un monstre en cage #4

Je contemple la masse grouillante des humains qui se pressent vers une destination connue de eux seuls. Du haut de ma terrasse, je n'ai qu'à tendre un doigt pour en écraser une demi douzaine d'un coup, du plat de la main je peux commettre une hécatombe dans la foule compacte des anonymes pressés. Je me sens comme un gamin de six ans qui admire une fourmilière : je suis dieu. Si je suis magnanime, je les laisse vivre; si je suis un tyran, je les anéanti tous. En définitive, dès que je me lasserais, je les disperserais aux quatre vents d'un coup de pied, ou d'un revers de la main.
Dieu n'existe pas, nous sommes tous nos propres dieux, nous sommes tous des gamins de six ans au dessus d'une fourmilière. Notre fourmilière à nous ce sont nos amis et nos proches, les personnes qui nous entourent. Mais, pour une fois, faisons preuve d'humilité car si nous pouvons décider de la vie et de la mort sociale de quelques uns, il y a sûrement quelqu'un au dessus de vous qui peut décider de la votre.

jeudi 8 mars 2012

Evasion d'un garçon perdu #2

Les ruines d'une soirée passée peuplent et habillent mon appartement d'une magnifique parure. Les bouteilles vides se fondent harmonieusement dans ce décor décadent. Des tasses et des verres, improvisés en cendriers de fortune agrémentent les rares espaces encore inoccupés.
L'air est lourd, empli des odeurs de la nuit; ça sent l'alcool, le tabac et le sexe, ça sent le shit, la vodka et le latex. Mon autre monde se déploie sous mes yeux dans toute sa splendeur et sa monstruosité.
Mon Zippo claque bruyamment dans le silence pesant. Je tire sur ma cigarette à grandes bouffées, j'avale goulûment l'essence de la mort et de l'auto destruction. Tout mon être se détend, ma vision se voile.
Pour la première fois depuis une semaine, je suis bien.
Dans les volutes de fumée opaques se découpent les fantômes de mes comparses d'orgie, les spectres de mes camarades de beuveries. Et avec eux apparaissent des souvenirs oubliés de soirées dantesques, de fêtes magnifiques que nous avons poursuivies jusqu'à des heures indécentes, jusqu'au moment où la nuit n'est plus , où le jour n'est pas encore, écroulés sur le carrelage ou sur des canapés, goûtant à cet instant unique, nous enivrant de sa magnificence, nous étions tous des dieux, hors de l'espace et du temps, nous touchions la plénitude du bout des doigts. Nous étions invincibles et immortels, splendides et éternels; des divinités nocturnes que plus rien ne pouvait atteindre.
Une légère brise disperse ces arabesques grises, mes yeux se dessillent, la réalité me réapparaît brutalement, comme si je venais de heurter un mur de brique, comme le réveil nous arrache à un rêve paradisiaque.
Je ne suis plus bien, je suis seul.
Ces jours glorieux ne sont plus, ils font désormais partie des méandres de ma mémoire et du passé. Mon appartement, mon univers vit ses dernières heures. Demain, tout disparaîtra dans sa poigne de fer. Il m'arrachera à ce paradis artificiel pour me plonger dans cet enfer bien réel avec cette phrase bien à lui :
"Maintenant, fini de jouer."

lundi 5 mars 2012

Eveil

Mal au crâne.
Première sensation : souffrance.
Je n'ai ni la force, ni le courage d'ouvrir les yeux; mais je trouve l'énergie nécessaire pour inspecter ma tête à la recherche de bosse ou d'écorchure. Mais rien ne semble anormal.
Juste cette foutue douleur lancinante qui me vrille le cerveau.

J'ouvre finalement les yeux.
Seconde sensation : perte totale de repère.
Bordel, mais où est ce que je suis ? L'appartement autour de moi est sans dessus dessous, des bouteilles vides traînent partout, des corps allongés sont disséminés un peu partout. D'ailleurs, j'ai apparemment dormi sur une espèce de table de salon collée contre un mur. Je ne reconnais ni les gens, ni les lieux, et ce n'est pas mon cerveau ravagé qui va m'aider ...
Une brune tout a fait exquise passe une porte donnant je ne sais où et se dirige vers moi.

"Tu es déjà réveillé ? Vu tout ce qu'on a fait la nuit dernière, je pensais que tu dormirais plus longtemps. Enfin bref, tu veux du café ?"
Troisième sensation : incompréhension.
Dit elle, visiblement uniquement habillée de ma chemise qui lui fait une robe et arborant un sourire plein de sous entendus.
Ohputainohputainohputain ! Qu'est ce que j'ai fais ? Je crois que les indices ne peuvent induire en erreur : ma chemise plus "Vu tout ce qu'on a fait la nuit dernière ..." plus le sourire plus le café amène à la conclusion que je l'ai baisé. Le point positif c'est que même complètement mort j'ai bon goût. Mais l'énorme point noir c'est que je n'ai aucun souvenir de qui peut bien être cette magnifique créature.

J’acquiesce d'un signe de tête et la jolie brune repart en sens inverse pour aller me chercher une tasse.
Quatrième sensation : intense réflexion.
Bon, elle est reparti, j'ai gagné un peu de temps. Comment vais-je pouvoir me sortir de cette situation totalement merdique ? Il faut que je me calme. C'est pas si grave. Elle est jolie, elle a pas l'air bête, autant continuer de profiter de sa compagnie. Tiens, la voilà justement qui revient. Elle me tend une tasse de café fumante et viens s'asseoir sur le rebord de la table, une de ses jambes repliée contre sa poitrine.

Elle engage la conversation. On discute de tout et de rien.
Cinquième sensation : calme apaisant.
La discussion dérape de plus en plus, les sujets sont de plus en plus propices à des sous entendus, l'air est électrique. Et soudain, profitant d'une pique de ma part, elle m'enjambe, feignant de vouloir me chatouiller. Nos lèvres se rencontrent dans une succession de baisers ardents et fougueux. Mes mains glissent le long de ses cuisses venir épouser la parfaite courbure de ses fesses; les siennes se promènent négligemment sur mon torse. Nos habits volent, nous nous retrouvons nus, face à face, réunis dans une puissante étreinte, dans un abandon total.


Sixième sensation : plaisirs.

jeudi 1 mars 2012

Evasion d'un garçon perdu #1

La soirée touchait à sa fin, les cadavres s'empilaient partout où ils le pouvaient, amorphes, informes, tels des lambeaux de leur existence précédente. L'alcool et la drogue fauchaient aveuglément dans nos rangs, prélevant leur funeste moisson dans les quelques rares survivants.
Seul une poignée d'entre nous résistait.
Avachis sur des canapés ou dans des fauteuils, une clope dans une main, un verre dans l'autre. Nous étions les derniers debout, le dernier carré, les vaillants bergers veillant sur les brebis égarées qui gisaient à nos pieds. Certains, seul, résigné, déçu, ruminaient leur solitude recroquevillé sur eux même; d'autres, blottis les uns contre les autres, fermaient les yeux et se laissaient porter par la musique calme et tranquille, bercés par les mélodies apaisantes.
Mon royaume s'effritait, la nuit tirait à sa fin, les murs de mon palais s'effondraient bloc par bloc. Je restais seul, assis sur mon trône, regardant mon monde disparaître dans les premières flammes solaires. Un brasier de ressentiment réchauffait mon coeur de glace. Une douleur longtemps oubliée se réveillait: la haine et l'échec. Le monstre enfermé en moi grondait et rugissait, tentant d'arracher ses entraves, de briser ses chaînes, d'enfoncer les barreaux de la cage qui le retenait prisonnier depuis bien longtemps.

Dévore, brûle, détruit.
Dévore, brûle, détruit.
Dévore, brûle, détruit.

Son hymne de bataille résonnait de plus en plus fort, de plus en plus retentissant, éclatant tels des vagues sur des récifs dans l'air étouffant des ruines de mon ancienne demeure. Je sentais ses babines se retrousser, je pouvais sentir la bave perler de ses crocs effilés, j'imaginais ses poils se hérisser sur son échine. La bête sentait que son heure était proche. Elle bouillait d'impatience d'être libre à nouveau et de pouvoir reprendre le trône que je lui avait confisqué.

Hyde is back. Tremblez pauvres larves.