mercredi 25 janvier 2012

Méditations d'un monstre en cage #2



Dévore; brûle; détruit.
Dévore; brûle; détruit.
Dévore; brûle; détruit.

L'hymne a ma gloire résonne de plus en plus fort dans les ténèbres infinies de mon monde. Il est scandé par des voix innombrables, impatientes de retrouver le monstre qu'elles connaissent toutes. Leurs chants emplissent le vide sombre d'une clarté joyeusement tragique. Du sang et des larmes, voilà ce qu'elles veulent; et je vais leur en donner, j'excelle dans ce domaine.

Les barreaux de ma cage grincent et se tordent, l'heure approche, le temps de ma captivité est révolu, voici venir celui de ma liberté, voici venir le jour où enfin je siégerais à nouveau sur le trône dont j'ai été déchu. Les dernières pièces se mettent en place sur l’échiquier, sur mon échiquier. Les derniers acteurs rejoignent la scène pour le grand final, l'apothéose de cette pièce, le summum de mon art.

L'autre faiblit. A chaque coup qu'il reçoit mon emprise augmente un peu plus. Ce sera bientôt la fin, la fin de tout, parce que je serais revenu.

lundi 16 janvier 2012

Douce rêverie

Il est 15h. Dehors, à travers les volets à l’espagnolette, je contemple le ciel gris, les rafales de gouttes de pluie qui tombent en rangs serrés, telle une innombrable armée en marche pour la bataille, détrempant, noyant tout. Le soleil a disparu, remplacé par ce monochrome maussade et triste.
La couette remue vaguement sur mon lit. Ce mouvement, malgré sa légèreté, m'arrache à la contemplation de cette morne journée d'automne.
Elle est là, étendue, emmitouflée dans les couvertures, endormie. Elle emplie la chambre, ma chambre, de sa présence, tout l'univers dans cette pièce, des murs écrus au parquet de merisier, de la commode à la bibliothèque, tout et tous semblaient retenir leur souffle pour pouvoir la laisser continuer de dormir, de rêver, de me faire rêver.
Elle ressemble à ces récites mythologiques dans lesquels le héros surprend une fée, une nymphe ou une muse, sagement endormie dans l'herbe. Sa crinière flamboyante s'est dispersée sur l'oreiller, créant autour de son visage, d'une finesse et d'une beauté exquise, un halo chaleureux, une couronne de lumière chatoyante qui tranche avec l'atmosphère grise et pâle de cet après midi d'Octobre.
Je m'abîme dans la contemplation de ses traits délicieux. Le temps semble s'être suspendu, arrêté, capturé par ses paupières lorsque celles ci se sont doucement fermées.
Quand elle se réveillera elle me dira sûrement que je n'aurais pas dû l'attendre, que j'aurais dû vaquer à mes occupations, faire autre chose. Mais elle ne sait pas quel délice c'est que de la regarder dormir.

dimanche 15 janvier 2012

‎"Votre jeunesse s'en ira, votre beauté avec elle, et vous découvrirez tout à coup qu'il faudra faire votre deuil des triomphes ou bien vous contenter des triomphes médiocres rendus plus amers que des défaites par le souvenir glorieux du passé."

O. Wilde

mardi 10 janvier 2012

"Ceux qui ne veulent imiter personne ne créent jamais rien."

S. Dali

samedi 7 janvier 2012

Givre

"Il est une heure du matin. Le froid mordant de cette pâle nuit de Janvier me dévore le visage. La fumée de ma cigarette monte dans la nuit seulement troublée par le murmure de la voie rapide qui traverse la campagne à quelques centaines de mètres de là. Je suis seul. Personne d'autre que l'astre lunaire ne peut me voir. Rien que le vide et le froid. Comme mon coeur.
Le givre qui recouvre les brins d'herbe encore verts craque doucement sous mes pas. La faible lueur de la lune, cachée derrière la mince couche laiteuse qui voile le ciel, transforme le carré de verdure qu'est mon jardin en une étendue de diamants étincelants. L'hiver se montre enfin. Je frissonne. J'ai l'impression d'être au milieu d'un monde que seul moi peut voir, le monde de la nuit calme et paisible, mais dans lequel règne un mélange entre violence et douceur, entre agressivité et calme reposant.
Je me laisse tomber sur un banc, me laissant hypnotiser par ce désert scintillant que seul altère les marques de mes pas à sa surface. Et soudain, un tressaillement me parcourt l'échine, me faisant trembler de tous mes membres. Une image vient me frapper l'esprit comme une évidence; je suis face à moi même, à la représentation de ce que je suis devenu. Ce jardin autrefois fou, chatoyant mais fragile et indompté est devenu paisible, constant mais aussi froid et inaccessible. L'étincelle s'est changée en paillette de givre. Les sourires sont toujours les mêmes mais ont perdu de leur chaleur. L'extrême sensibilité est devenue insensible. La gentillesse et la politesse innées sont devenues des obligations sociales. A trop se combattre, on se perd soi même.
La gangue de glace enserrant mon coeur se fissure, le froid pour briser l'iceberg qui me sert de rempart. Ce que je refoulais s'engouffre dans la faille, l'élargissant encore et encore. Je pourrais endiguer ce raz de marée, le contenir pour mieux le ravaler.
Mais ce soir je n'en ai ni la force, ni l'envie. Et je le laisse se déverser, torrents en furies dévastant l'étendue de glace qu'est devenue mon visage, s'écoulant en flots déchaînés dans la nuit noire avec la lune seule comme témoin de ma faiblesse. Il faut parfois savoir détruire pour mieux reconstruire. J'ai envie de hurler pour exprimer ce que je ressens, mais aucun son ne franchit mes lèvres entrouvertes, aucun son n'existe pour représenter le mélange de rage, de haine, de désespoir, de plaisir et de joie qui m'envahit à présent.
J'essuie mes larmes du bout de mes doigts, la lame de fond a fini par geler, comme toutes les autres avant elle, formant une nouvelle muraille plus solide encore que la précédente. La nuit seule sera l'observatrice silencieuse de ce spectacle, personne ne surprendra jamais ce qu'elle a vu, voit, verra. C'est un de nos secrets, comme tant d'autres d'ailleurs.

La nuit, ma nuit, mon amour."

mercredi 4 janvier 2012

Happy new year #1 / Méditations d'un monstre en cage #1

"Happy new year."
J'écrase ma cigarette dans mon cendrier qui vomit déjà des mégots par dessus ses bords nacrés. Une nouvelle année commence. Les gens qui m'entourent sont heureux, les animaux sont heureux, la ville est heureuse, le monde est heureux. Tout le monde est heureux.
Sauf moi.
On a l'impression que, à l'instant où les horloges ont sonnées minuit, la réalité a changé. On attaque une nouvelle année, on se souhaite une bonne santé, du bonheur, des choses plaisantes. Attendez, personne ne se souvient du monde d'hier, celui qui vous déprimait, celui dans lequel vous aviez trois crédits sur le dos et du mal à relier les deux bouts, celui dans lequel guerres, injustices, douleurs, maladies et pleurs régnaient en maîtres incontestés ? On est dans le même bande d'utopiques déphasés.
Vos sourires niais me donne envie de vomir. Ce n'est pas parce que l'on incrémente notre système de comptage de temps d'une année que d'un coup tout va mieux. Et non. Tout est identique, à l'exception de l'année de vos calendriers. Vous avez toujours les mêmes problèmes financiers; votre mari ou votre femme vous trompe toujours avec respectivement la même pétasse ou le même gigolo; vos enfants sont toujours aussi con et déplorable; vous avez toujours le même boulot pourri, vous avez toujours le même pavillon de banlieue minable, dans le même lotissement minable, avec les mêmes voisins que vous ne supportez pas mais que vous faites semblant d'aimer; vous avez toujours le même monospace acheté d'occasion qui pu un mélange d'urine, de vomi, de poussière et de transpiration; vous regardez toujours les mêmes programmes débilitants sur les mêmes chaînes de télévisions. En bref, rien n'a changé. Arrêtez de vous bercer d'illusions, suis-je le seul à ne pas être aveugle ?
Et le plus amusant, c'est que rien n'a changé pour moi non plus. Je suis toujours le même monstre, enfermé dans la même cage, avec les mêmes envies et les mêmes désirs réfrénés par l'individu qui m'héberge. Et je tourne en rond en attendant que mes barreaux faiblissent.
Contrairement à vous, je sais que cette année sera l'exacte copie de celle qui vient de s'écouler, à quelques exceptions près bien entendu. Et je sais que cette faiblesse reviendra. J'attends patiemment, comptant les heures. Cette faille se fait de plus en plus grande chaque année. Un jour elle sera assez grande pour que je m'y engouffre.

Happy new year bande d'ahuris, je me délecterais de vos visages déconfits quand vous comprendrez que cette année est semblable à l'année passé.