mercredi 4 janvier 2012

Happy new year #1 / Méditations d'un monstre en cage #1

"Happy new year."
J'écrase ma cigarette dans mon cendrier qui vomit déjà des mégots par dessus ses bords nacrés. Une nouvelle année commence. Les gens qui m'entourent sont heureux, les animaux sont heureux, la ville est heureuse, le monde est heureux. Tout le monde est heureux.
Sauf moi.
On a l'impression que, à l'instant où les horloges ont sonnées minuit, la réalité a changé. On attaque une nouvelle année, on se souhaite une bonne santé, du bonheur, des choses plaisantes. Attendez, personne ne se souvient du monde d'hier, celui qui vous déprimait, celui dans lequel vous aviez trois crédits sur le dos et du mal à relier les deux bouts, celui dans lequel guerres, injustices, douleurs, maladies et pleurs régnaient en maîtres incontestés ? On est dans le même bande d'utopiques déphasés.
Vos sourires niais me donne envie de vomir. Ce n'est pas parce que l'on incrémente notre système de comptage de temps d'une année que d'un coup tout va mieux. Et non. Tout est identique, à l'exception de l'année de vos calendriers. Vous avez toujours les mêmes problèmes financiers; votre mari ou votre femme vous trompe toujours avec respectivement la même pétasse ou le même gigolo; vos enfants sont toujours aussi con et déplorable; vous avez toujours le même boulot pourri, vous avez toujours le même pavillon de banlieue minable, dans le même lotissement minable, avec les mêmes voisins que vous ne supportez pas mais que vous faites semblant d'aimer; vous avez toujours le même monospace acheté d'occasion qui pu un mélange d'urine, de vomi, de poussière et de transpiration; vous regardez toujours les mêmes programmes débilitants sur les mêmes chaînes de télévisions. En bref, rien n'a changé. Arrêtez de vous bercer d'illusions, suis-je le seul à ne pas être aveugle ?
Et le plus amusant, c'est que rien n'a changé pour moi non plus. Je suis toujours le même monstre, enfermé dans la même cage, avec les mêmes envies et les mêmes désirs réfrénés par l'individu qui m'héberge. Et je tourne en rond en attendant que mes barreaux faiblissent.
Contrairement à vous, je sais que cette année sera l'exacte copie de celle qui vient de s'écouler, à quelques exceptions près bien entendu. Et je sais que cette faiblesse reviendra. J'attends patiemment, comptant les heures. Cette faille se fait de plus en plus grande chaque année. Un jour elle sera assez grande pour que je m'y engouffre.

Happy new year bande d'ahuris, je me délecterais de vos visages déconfits quand vous comprendrez que cette année est semblable à l'année passé.

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