mardi 13 novembre 2012

Diptyque #2 : Jekyll.

L'aube se lève.
Je suis debout, torse nu, devant ma fenêtre, ma sempiternelle cigarette dans la main gauche, mon habituel jean Kooples sur les hanches, contemplant les reflets du pâle soleil d'hiver sur les toits d'ardoises. Des corps encore assoupis jonchent les quelques recoins douillets de mon appartement. Tout est calme, paisible. On pourrait presque entendre la caresse des rayons de lumière sur les pierres noires se mêler avec le doux ronronnement des respirations assoupies. Je suis seul, seul à admirer cet instant magique où la nuit n'est plus, où le jour n'est pas encore, lorsque nos yeux se dessillent, où l'on prend conscience de soi, de nous, de la vie, de tout.

Le rêve est fini.
La réalité vient me frapper en pleine figure, comme un mur de brique que j'aurais heurté à très grande vitesse. Mon monde s’effondre, tout part en vrille. Rien de ce que j'avais pu avoir planifié n'a tenu. Le chaos règne en maître dans mon quotidien autrefois si bien rangé. Et je le sens sourire sous ma peau, de son sourire si caractéristique, ce sourire qui donne l'impression de pouvoir vous dévorer en une bouchée. Ma tête me brûle, mon ventre aussi. Mon corps et mon esprit ont mal. Et Lui souris toujours. Son putain de sourire.

Le soleil m'éblouit.
Un éclair de douleur me vrille la tête. Moi qui d'habitude ne me sent bien qu'en pleine lumière, là où tout est vrai, là où les ombres n'ont pas cours, je me vois refuser ce plaisir indicible à cause de cette horreur sans nom. Je voudrais pouvoir m'arracher définitivement ce masque, le faire disparaître dans les limbes et enfin être libéré de son emprise. Mais rien n'y fait. Il s'accroche farouchement et obstinément à moi, même si, tout comme moi, il a conscience que cela causera notre perte à tout les deux. Je veux hurler, me débattre, m'enfuir !  Mais son emprise est trop forte; et il me ramène inlassablement vers lui, qu'elle que soit la distance à laquelle j'ai réussi à m'évader. Comme un chat s'amusant avec une souris.

Le store se baisse.
Je jette mon mégot encore fumant par la fenêtre. Et là, dans la pénombre jaunâtre de mon appartement je la vois, allongé dans mon lit. Ce n'est pas Elle. Alors c'était ça son estocade finale, sa dernière grande parade, son dernier coup d'éclat avant de m'engloutir complètement. Je lui ai sacrifié, à Lui ma dernière parcelle de morale, ma dernière fierté, mon dernier morceaux d'humanité. Il m'a détruit. Il ne reste plus rien de moi, je suis vide de toutes choses. Je me laisse glisser à terre, le dos contre le mur et j'enfouis ma tête dans mes bras tandis que son rire résonne dans les tréfonds de mon âme.

Je pleurs toutes les larmes que je n'ai jamais pleuré.


Blackout.

Diptyque #1 : Hyde.

L'aube se lève.
Je suis debout, torse nu, devant ma fenêtre, ma sempiternelle cigarette dans la main gauche, mon habituel jean Kooples sur les hanches, contemplant les reflets du pâle soleil d'hiver sur les toits d'ardoises. Des corps encore assoupis jonchent les quelques recoins douillets de mon appartement. Tout est calme, paisible. On pourrait presque entendre la caresse des rayons de lumière sur les pierres noires se mêler avec le doux ronronnement des respirations assoupies. Je suis seul, seul à admirer cet instant magique où la nuit n'est plus, où le jour n'est pas encore, lorsque nos yeux se dessillent, où l'on prend conscience de soi, de nous, de la vie, de tout.

Le rêve est fini.
Place à la réalité, aussi dure soit elle. La vie est une garce, injuste, méchante et pleine de frustrations. La nuit est douce, accueillante, magique et pleine de promesses. C'est tellement simple de tout oublier lorsque l'on est plongé dans le tourbillon nocturne incessant des excès et des passions. C'est tellement simple de s'y abîmer et d'y faire abstraction de ce qui compte vraiment. C'est tellement simple de tout détruire. C'est tellement simple d'être un salaud.

Le soleil m'éblouit.
Je suis un oiseau nocturne, je ne suis pas à ma place sous l'éclat de l'astre solaire, ma place est sous la lumière artificielle, celle qui ne montre que ce que l'on veut voir, celle qui ne dévoile rien vraiment. Dans un monde de ténèbres et d'obscurités, dans un monde où mon monstre peut se cacher, disparaître aux yeux des autres, de ceux qui ne le comprendrait pas. La lumière me brûle la peau, elle me dévoile au grand jour, sans fard, sans grimage, sans mon masque que je chérie tant. Je ne peux plus ruser, je ne peux plus jouer; à la lumière je dépéris.

Le store se baisse.
J'écrase ma cigarette sur le sol, laissant une traîné noirâtre sur le parquet. Une nouvelle cicatrice, une nouvelle blessure de guerre pour mon chez moi qui se perd déjà parmi ses soeurs innombrables. Je me dirige vers mon lit où elle m'attend. Ce n'est pas Elle, ce n'est qu'elle, une "elle" qui se perdra dans la multitude des autres lorsque je dessaoulerais. Je reste de marbre lorsque je sers son corps chaud dans mes bras, qu'elle répond à mes caresses, que nos lèvres se cherchent pour un baiser.  Aucune émotion ne me traverse lorsque l'idée que je suis un salaud m'effleure l'esprit. Ça ne me touche plus et ça ne m'a jamais touché. Mon coeur a disparu depuis bien longtemps déjà, dévoré il y a une éternité par la Nuit et ses tentations.

La couette nous recouvre.

Balckout.

dimanche 11 novembre 2012

Come back.

Une cigarette aux lèvres, un verre de vin blanc moelleux dans la main, il contemple le nuage de fumée grisâtre  qu'il vient d'expirer se disperser, volutes évanescents, dans une froide nuit de Novembre. Un clocher proche sonne cinq heure. Tout est calme, endormi. Son appartement porte encore les stigmates d'une semaine faite de soirées, de beuveries, de débauche et d'excès. Une semaine somme toute banale; identique à celle qu'elle suivait et à celle qui suivra.
Pas tout à fait.

Les dernières barrières qui le bloquaient, il les a abattue; les derniers interdits qui le retenaient, il les a transgressé; les derniers barreaux qui emprisonnaient son monstre, il les a scié. Il a enfin embrassé la nuit dans toute sa splendeur et sa décadence. Il n'y a plus rien qu'il n'a pas fait, qu'il n'a pas essayé. Ses dernières parcelles de morale ont disparu au fond d'un verre d'Absolut - Red Bull en même temps que ses principes s'évaporaient dans les méandres de son esprit torturé. Plus aucune lumière ne réchauffe désormais son coeur, les dernières braises il les a éteinte sous sa botte. Son masque est enfin complet. Il est enfin devenu celui qu'il voulait tant être, l'avatar parfait de sa maîtresse nocturne, le héraut de la Nuit.
Hyde.

Ses pensées vagabondent. Il se remémore qui il a été, il pense à celui qu'il aurait pu être. Cet être sans substance, fade et inintéressant. Se complaisant dans la facilité et dans une vie calme et bien rangée. Cet autre qui aurait eu une femme, deux enfants, un pavillon dans un lotissement en banlieue et un monospace. Cet homme qui a préféré ne plus penser plutôt que de risquer de plonger dans un abîme de noirceur. Cet imbécile sociable, épanoui.
Heureux.

Un sourire, ce sourire carnassier qui le caractérise, fend le masque de marbre qu'est son visage. Qu'importe le bonheur, lui a les sensations les plus fortes et les plus pures. Qu'importe la stabilité, lui se complaît dans des soirées chacune différente de la précédente. Un frisson de plaisir lui parcours l'échine. Il sait ce qui l'attend et il piaffe d'impatience de s'y plonger tout entier. Il a hâte de retrouver son trône depuis si longtemps délaissé. Il a été le roi de ces nuits, désormais il en sera l'empereur. Plus rien ne le retient désormais. Une phrase qu'il a prononcé un jour lui revient en mémoire, élargissant encore plus son sourire. Il ferme alors les yeux et, rejetant la tête en arrière, il se met à rire, un rire rauque, animal, terrifiant.
Trou noir.

"Hyde is Back. Tremblez pauvres larves."