samedi 31 décembre 2011

Vis.

"Je t'aime."

Que de pouvoir renferme ces sept petites lettres, ces trois petits mots. Leur son résonne encore dans mes oreilles alors que je suis rentré depuis déjà bien longtemps. Et il y résonnera encore et encore, ne s'arrêtant jamais tant que je tiendrais à toi plus qu'à moi même. Ils ont déferlé en moi comme un raz de marée purificateur, balayant tout mes doutes, toutes mes pensées obscures en une fraction de seconde, me laissant ivre de joie et de bonheur.

La soirée avait pourtant plutôt mal commencé, de sombres histoires nous minaient, des souvenirs douloureux restaient tapi dans l'ombre, attendant leur heure, sapant implacablement les fondations de ce que l'on pouvait essayé de reconstruire. Un conflit qui me paraissait ne jamais pouvoir se finir était arrivé à son apothéose, tout les coups étaient permis, tant qu'ils poussaient l'autre à surenchérir et continuer le combat. Aucun de nous ne participait de son plein gré, nous ne pouvions que prendre part à la bataille si l'on souhaitait rester ensemble, en essayant de perdre le moins de plume possible, de faire le moins de mal possible à cet autre que l'on chéri tant.

"Je ne dormirais pas chez toi." Le coup d'envoi du dernier acte. Tu as réussi à porter l'estocade finale la première, et, avant que je ne m'en rende compte, une plaie béante s'ouvrait dans ma poitrine. Et là, alors que je gisais sur le pavé à moitié mort, tu m'as tendu la main.

Un "Je t'aime.", que je souhaitais plus que tout entendre depuis longtemps, a illuminé la nuit. Tu as prononcé ces mots avec assurance et détermination. Un des plus beaux, voir le plus beau, "Je t'aime." que l'on ne m'ait jamais dit. Bien sûr que tous n'est pas si simple, mais la complexité nous sied tellement bien; bien sûr que tous ne sera pas effacé comme ça, en un claquement de doigts, mais je crois désormais en l'avenir; bien sûr que nous ne sommes pas ensembles, mais avons nous seulement cessé de l'être réellement ?

Mes paupières se ferment, le sommeil me gagne, et avant de plonger complètement dans le royaume de Morphée, je n'ai qu'une chose à te dire;
"Je t'aime."

mardi 27 décembre 2011

Par une nuit sans lune ...

Les notes familières résonnent dans mes oreilles, "Lonely Day" déploie toute sa puissance alors que la fumée de ma cigarette monte dans l'air, volutes opaques jouant avec la lumière de ma lampe de chevet, seule source de clarté dans ces ténèbres étouffantes. Une paire de Ray Ban Wayfarer blanche traîne négligemment sur mon bureau, dans ses verres noirs comme la nuit se reflètent les souvenirs déjà trop lointain de soirées inoubliables en des lieux désormais légendaires, de nuits jamais solitaires, de lits toujours occupée par un corps chaud et apaisant à ses côtés; des souvenirs de vie, des souvenirs qui, aujourd'hui, ne ressemblent presque plus qu'à des rêves utopiques, des souvenirs qui m'arrachent un soupir de regret, regret que ça se soit terminé ainsi, regret que ça se soit terminé, tout simplement.

J'expire dans un souffle lent la bouffée de nicotine qui obstruait mes poumons. Aujourd'hui la nuit résonne de ma solitude. Aucun rire enjoué n'emplit la pièce. Aucune chaleur ne vient faire fondre la gangue de glace enserrant mon coeur. Aucune muse inspirante blottie dans mes bras désormais vides. Aucune présence autre que la mienne dans mon lit glacial. Il ne me reste que mes souvenirs. Triste fin pour une époque que l'on aurait voulut éternelle.

Home sweet home. Il n'y a, ici, que la mort lente des jours. L'empire de l'ennui, le royaume de la fatigue. Tout est fade, inodore, gris, trop habituel, trop normal, trop ... Réel. La réalité de mon futur. Cet espèce de mur à la fois merveilleusement éloigné et dramatiquement proche qui semble obstruer l'horizon tel une muraille infranchissable et inaltérable, l'obstacle ultime, celui auquel personne ne peut échapper. Quand j'y pense, mon estomac se noue, mes tripes se recroqueville, mon souffle devient court et saccadé, comme si une peur bestiale m'envahissait implacablement.

Mais, au milieu de cet océan de grisaille, elle surgit, tel un phare au milieu du brouillard, lueur insubmersible, éclatante, que rien ne peut occulter. Sa crinière flamboyante en bataille, descendant en cascade de feu le long de son magnifique visage, se répandant sur ses fines épaules comme un torrent de lave. Elle me fascine. Elle a marqué ma vie au fer rouge et elle continue de me brûler les entrailles, de raviver la flamme de la vie au fond de mon coeur et de la transformer en un brasier inextinguible.

Les souvenirs permettent de survivre lorsque la nostalgie nous surprend dans notre solitude, au fond d'une nuit triste et morose; mais le plaisir intense de vivre le présent et de se construire de nouveaux souvenirs est comme se plonger à corps perdu dans le torrent tumultueux de l'existence; un mélange de peur, de joie, et de jouissance jamais égalé.

lundi 12 décembre 2011

"Se connaître soi-même ? Un voeux pieu ... La seule chose que je peux faire, c'est m'éprouver, en me confrontant à l'ivresse, à la folie, au monde, en dilatant les dimensions de mon expérience, au risque de sombrer dans le monstrueux."

A. Lacroix

vendredi 9 décembre 2011

"Éphémère inoubliable
Une rose lui battait dans la poitrine
Le matin où la foudre est tombée sur ce cœur
La pluie a ressemblé aux larmes du soleil."

H. Pichette
"Bénie soit la providence qui a donné à chacun son joujou, la poupée à l'enfant, l'enfant à la femme, l'homme au diable."

V. Hugo

mardi 22 novembre 2011

"Telle est la mort pâle que les hommes qualifient de vie :
Malgré le doux parfum des jeunes pousses vertes,
Chaque souffle n'est qu'une exhalation de la tombe.
Les corps tressautent comme de macabres marionnettes
Et l'enfer s'avance en riant ..."

mardi 15 novembre 2011

"Tu sais ce qui fait le plus mal quand on a le coeur brisé ? Ne pas pouvoir se rappeler ce qu'on ressentait avant. Essaye de garder ce sentiment, parce qu'une fois parti tu ne le récupéreras jamais.
- Et après ?
Tu dévastes le monde et tout ce qui s'y trouve."

C & C, Skins.

dimanche 13 novembre 2011

8.10.11

Il dépose sa tasse de café fumante sur le rebord du bureau avant de se laisser tomber dans le fauteuil défoncé qui lui détruit peu à peu les reins depuis qu'il a prit la sale manie d'essayer d'écrire les limbes de son esprit.
La pièce est sombre, seul le néon au dessus de la petite kitchenette projette sa lueur blafarde dans l'appartement exiguë. Dans sa cage, Homo Sapiens, son lapin blanc, dort. En fait, tout le monde dort depuis déjà de longues heures. Encore une nuit blanche. Encore une soirée en compagnie d'insomnie. Encore une soirée à essayer de conjurer ses souvenirs. Encore une soirée à noircir les pages de son petit carnet de ses pattes de mouches illisibles, ce ses interrogations existentielles, de ses questions au Destin qui resteront sans réponses.
Il parcourt la pièce des yeux. Capharnaüm sans nom. A l'image de son esprit. De la vaisselle s'entasse dans et autour de l'évier, des vêtements sales et propres s'éparpillent indifféremment sur toutes les surfaces planes, le bureau est recouvert de tasses à café vides, et de livres divers, ouvert, les pages couvertes d'annotations au crayon de papier presque illisibles, le cendrier déborde depuis déjà une bonne semaine et maintenant les mégots se déversent à tout va, jonchant le bureau, s'éparpillant sur le sol et donnant au carrelage blanc une jolie couleur cendrée.
Son regard s'arrête sur la bouteille de champagne qui trône négligemment au milieu de cet infâme bazar. La forme caractéristique des bouteilles Ruinard se détache dans la pénombre. Tranchant avec l'atmosphère comme un joyau du Triangle d'or perdue à Belleville. Il ne l'a pas ouverte pour rien. Il a quelque chose à célébrer. Un anniversaire. Il est sûrement le seul à y avoir pensé, ça ne lui a sûrement pas effleuré l'esprit à elle. Mais peu importe. Que lui y pense est le principal.
Un an.
Cela aurait fait un an.
Mais la vie en a décidé autrement et lui a retiré ce plaisir immense. Il attrape le col de la bouteille et en avale une gorgée. Elle est presque vide. Il s'en fiche. De toute façon, après ce soir, plus rien n'importera pour lui. Il a pris sa décision depuis déjà trop longtemps pour revenir dessus maintenant. Le seul problème qui s'était posé était la manière. Aucunes possibilités communes ne lui convenaient. Mais l'illumination lui était venue et il lui avait suffit de quelques jours pour mettre le dispositif au point. Une mort à sa mesure, une mort solitaire, par la plume.
Un violent spasme secoue ses bras. La fin est proche.
Ses doigts sont de plus en plus engourdit, sa vue se trouble progressivement, il a de plus en plus de mal à se concentrer, son écriture devient de plus en plus tremblotante et imprécise. Une immense satisfaction envahit son esprit déjà embrumé lorsqu'il appose le point final à ses confessions. Tout est fini.
Déposant sa plume sur le buvard, il regarde la tache pourpre s'épanouir, comme un coquelicot dans un champs de blé en été. Il ferme les yeux, un sourire satisfait lui éclairant le visage.
Son sang s'écoule à travers la tubulure plastique relié à son bras et à travers la plume, le rouge a maintenant recouvert la totalité du buvard et déborde tout autour.

Mourir par la plume qui l'a tenu en vie si longtemps.
Tout un symbole.

vendredi 11 novembre 2011

Train I

Je t'ai rencontré dans le train. Le wagon était vide, tu aurais pu choisir n'importe quelle autre place, mais tu es venue t'asseoir en face de moi. Cheveux sombres aux reflets pourpres, yeux ambrés.
Une paire de bottes caramels enserre tes chevilles fines et délicates.
Ton lapin m'a intrigué un temps il est vrai, mais finalement ça collait bien avec ce que tu dégageais, cette espèce d'insouciance naïve, de gaminerie légère; mais aussi cette profondeur, cette obscurité qui se lisait au fond de tes pupilles lorsque ton regard se perdait dans le vague.
J'ai sorti mon stylo plume et mon carnet, tu as sorti tes partitions cornées et raturées ainsi que ton portemine. Chacun son art.
J'ai enfilé mes Ray Bans, tu as mis ton casque Marshall. Chacun sa manière de s'isoler, de s'oublier.
Au bout d'un moment, tu as rangée ton oeuvre et sorti un livre. Le Spleen de Paris, de Charles Baudelaire. Mon préféré.
Tu le feuilletais puis tu plongeais ton regard enfantin et mélancolique vers l'horizon, comme si tu cherchais, comme si tu attendais quelque chose qui puisse mettre un sourire sur ton doux et beau visage.

Si nous nous étions mieux connu, nous aurions pu être amis.
"Je ne connais pas mes limites, je ne veux pas les connaître. Parce que le jour où je les rencontrerais, le jour où j'en prendrais conscience ma vie ne me réservera plus aucune surprise.
T'as jamais ressenti ce désir de vouloir monter vers le sommet plus vite et plus haut que tous les autres ? Vouloir être capable de faire les choses que les autres ne peuvent pas, ne veulent pas faire ?
J'ai toujours envié Icare, lui seul a connu la sensation de toucher le soleil.
C'est comme ça que je vois, que je veux la vie. Une course perpétuelle à la sensation la plus extrême. Je n'arrive pas à m'imaginer de l'extérieur. Je suis trop arrogant pour voir mes propres faiblesses. Mais toi vas y, dis moi qui je suis."

mercredi 2 novembre 2011

Merci.

"Ne reste pas là à crever sur le bord de la route comme une carcasse en décomposition, t'es pas ça, t'es pas une proie, t'es le chasseur, c'est toi qui mène ta vie. Tu n'es pas une loque, t'es un battant, gagne ta vie. Dirige la."

B. †

dimanche 30 octobre 2011

Paris

Destruction

Tout s’effondre. Tout plonge dans les abysses des limbes ténébreuses et infinies. Mon coeur, mon âme, mes sentiments, ma vie. Tout est dévoré par ce monstre à jamais insatisfait. La haine et l'envie dévore mon être entier. La Nuit obscurcie le jour. La plaine profite des derniers rayons du soleil qu'elle ne verra plus avant longtemps. Les nuages noirâtres, étendus dans le ciel comme les griffes d'une divinité cthulhuienne gargantuesque, envahissent le firmament, rependant leur gangrène dans tout mon univers.

Tout s'effondre. Mon esprit et mes sensations. Ma satisfaction et mes principes. Mon honneur et ma droiture. Mon corps. La Nuit revient. Comme l'océan, qui se retire et remonte, à jamais vaincu, obstiné, inexorable. Et dans son cortège funeste ses amies l'accompagne. Douleur et désir. Jalousie et obsession. Manque et oubli.

Tout s'effondre. Le vent dépouille les arbres de leur toison automnale. Les feuilles flottent un instant dans la brise avant de venir mourir sur le sol. La Terre s'endort, et avec elle les rêves et les songes. Les cauchemars les chassent. Les pensées obscures sortent de leur cachette et se déverse sur le monde comme une lame de fond que rien ne peut arrêter. L'hiver est là, et la Nuit lui emboîte le pas.

Tout s'effondre. Les brins d'herbe frémissent sous la caresse du vent. Ils me caressent les bras et les joues. Je suis allongé dans la plaine, la regardant s'effondrer. Je vois les cohortes de Son armée venir vers moi, piétinant tout, envahissant tout, dévorant tout. Et je suis tétanisé. Pas par la peur, mais par le plaisir et l'impatience. J'attends de rejoindre les forces de la Nuit. Je trépigne de désir. Je veux me ranger sous son étendard. Tout lui sacrifier pourvu qu'elle me fasse me sentir bien. Le jour nous demande de nous relever et de nous tenir droit, la Nuit ne nous demande que de nous agenouiller devant sa toute puissance.

Tout s'effondre. Ma volonté et mes résolutions. Je risque de tout perdre, je vais tout perdre, j'ai déjà tout perdu, mais Elle me promet tant. Tant de chose, tant de rêves et de sensations. Tant de chose que je peux avoir rien qu'en tendant la main alors que j'aurais dû batailler pour les obtenir si j'avais continuer de croire à la lumière et en son pouvoir utopique.

Tout s'effondre. Et tout s'effondrera. Inexorablement. A la fin tout meurt. Que la Mort vienne me prendre. Au moins, elle, voudra de moi. Autant choisir le lieu et l'heure, tout contrôler jusqu'à la fin.

Tout s'effondre. Tu es né poussière et tu redeviendras poussière. Alors laissez moi me disperser dans le vent. Au moins là, je serais libre de tout.

VS

La tempête gronde. Il est bientôt midi mais le noir ébène du ciel rappelle plutôt minuit. Une pluie diluvienne s'abat sur la ville. Les gens courent de toutes parts, tentant de rejoindre au plus vite un abri de fortune; masse grouillante, informe, comme des fourmis essayant d'échapper un déluge divin. Les filles abritent leurs cheveux comme elles peuvent, les garçons tentent de faire bonne figure, comme si les gouttes ne les dérangeaient pas, se retenant de ne pas trembler, transis sous leurs vêtements détrempés.

Seul, au milieu de la place maintenant déserte, trois silhouettes restent stoïque sous l'averse. Deux hommes se font face, se jaugeant du regard, se testant par le verbe avant de faire parler les poings. Une fille se tient entre eux, essayant de les calmer comme elle peut, elle leur crie que c'est inutile, qu'ils n'ont pas besoin d'en arriver là. Mais c'est trop tard. Ils sont maintenant face à face et l'affrontement est inévitable. Peut être ne se rend-elle pas compte de l'enjeu, peut être nemesure-t-elle pas l'importance de la situation. Quoiqu'il en soit, elle ne peut pas empêcher la bataille d'avoir lieu, et ce quel que soit les trésors de diplomatie qu'elle pourra déployer.

Un vent violent s'est levé, emportant tout le ressentiment et la rage qui s'était dissimulé, caché dans les recoins les plus profonds de la ville, de leurs cerveaux. Un premier coup de tonnerre retentit, d'une clarté rendue presque irréelle par l'atmosphère qui règne sur la scène. Coup d'envoi d'une bataille sans aucun autre enjeu que la destruction mutuelle de ces deux êtres qui se vouent une haine féroce, sans aucun autre but que l’extériorisation de la violence qui bouillonne dans leurs veines.

L'ère de la parole est révolu, au tour des poings de se faire entendre.

Ils s'élancent l'un contre l'autre alors qu'elle s'écroule contre un mur en pleurant, elle sait qu'elle est responsable de ce qu'il se passe, elle sait qu'ils se battent à cause d'elle. Tous les trois auraient pu être amis dans une autre vie. Mais pas dans celle ci.

Les premiers coups échangés ne servent pas à faire mal, plutôt à juger son adversaire, évaluer ses points faibles, jauger sa valeur. Mais bien vite les échanges se transforment, il n'y a plus qu'une chose qui anime les deux ennemis, la destruction total de leur adversaire. Les coups volent. Aucune règle. Aucune pitié. La fin justifie les moyens. Un nez craque. Une arcade éclate. Une paire de côte se brise sourdement. Un poignet se explose. Un muscle se déchire. Symphonie de Douleur orchestré par la Haine.

L'un des deux adversaires s'écroule, demande grâce. L'autre s'acharne sur la silhouette prostrée. La machine est en marche, et rien ne peut arrêter ses rouages bien huilés. Les os craquent. Le sang coule. Son odeur cuivrés envahit l'air, se mêlant avec les relents d'ozone de l'orage. L'eau se teinte d'un pourpre pâle, couleur de la mort.

Il se relève alors. Jetant sur sa victime un regard méprisant. Son pied vient s'écraser sur le visage de la larve qui gît à ses pieds. Fin de la partie. Ils ne sont plus que deux sur la place désertée.

La pluie a le goût des larmes et du sang.

mercredi 26 octobre 2011

"Suivirent alors les douleurs les plus effroyables : un broiement dans les os, une nausée épouvantable, et un effroi dans l'esprit qui ne saurait être surpassé dans la naissance ou dans la mort. Puis ces affres s'estompèrent rapidement, et je revins à moi comme au sortir d'une grave maladie. Il y avait dans mes sensations un je-ne-sais-quoi d'étrange, d'ineffablement neuf et, par sa nouveauté même, d'incroyablement exquis. Je me sentais plus jeune, plus léger, plus heureux dans mon corps. J'avais le sentiment profond d'une capiteuse insouciance, d'un flot désordonné d'images sensuelles qui ruisselait dans mon imagination comme le bief d'un moulin, d'une dissolution des obligations morales, d'une liberté de l'âme inédite mais non point innocente. Dès le premier souffle de cette vie nouvelle, je sus que j'étais plus pervers, dix fois plus pervers, livré en esclavage à ma méchanceté originelle; cette pensée là, sur le moment, me revigora et m'enivra. J'étirais les bras, ravi par tant de sensations nouvelles ..."

"Cela provenait, j'imagine, de ce que tous les êtres humains que nous croisons dans la rue sont un mélange de bien et de mal : or, de toute l'espèce humaine, seul Edward Hyde était le mal à l'état pur."

R. L. Stevenson, L'étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde.

mardi 25 octobre 2011

Changement

Les verres claquent. Les bouteilles tintent. Les rires de ceux qui tiennent encore debout résonnent entre les murs décrépis. Impression de sortir d'un mauvais rêve, impression de déjà vu, impression qu'un black out entache mes souvenirs. Phase de transition entre deux soirées. Mais je ne me souviens pas de grand chose issu de cette ère.
Un frisson me parcourt l'échine. Des fourmis me parcourent les doigts. Un sourire carnassier se dessine sur mon visage. Je sens une étincelle bien connue se rallumer au fond de mes prunelles éteintes. Je prends une longue inspiration, gonflant mes poumons de cet air nouveau, prêt à pousser un hurlement de triomphe.

Nouvelle naissance. Re-naissance. Je suis de retour. Tel un phénix s'extirpant de ses cendres.

J'ai tenté de suivre les anges sur leur chemin tout tracé, leur voie pavée de bonnes intentions et de morale, de règles et de gentillesses. Mais je me faisais chier, je m'ennuyais à crever. Et des limbes est venu mon salut. Mes vieux amis se sont rappelés à mon bon souvenir. Ils sont sortis de leur torpeur, quittant l'ombre pour se joindre à nouveau à moi. C'est quand j'ai senti leur griffes métalliques et acérés se poser sur mes épaules que je me suis souvenu de qui je pouvais être. Ils avaient apportés avec eux mes anciens jouets, l'ancien couple ultime, Jack & C. Ceux qui ne m'ont jamais abandonné.

Je suis assis sur le rebord d'une fenêtre, mes pieds se balancent dans le vide sous moi. Du quatrième étage je contemple ma nouvelle cour de récréation, celle que je ne découvre que maintenant, celle dont j'aurais dû profiter depuis longtemps. Mon Zippo claque ses mâchoires argentées, comme un fauve se préparant à un festin, prêt à se couvrir de nouvelles cicatrices, prêt à se créer sa légende. La flamme crépite au contact du tabac et du papier. J'expire une longue bouffée dans le ciel noir, comme pour disperser les dernières parcelles de Jek' dans l'immensité ténébreuse.

Je suis prêt. Prêt à abandonner le passé derrière moi. Prêt à renouer avec la nuit. Prêt à me tracer ma voie au travers de la Plaine verdoyante, prêt à la rougir à nouveau du sang de mes plaies, prêt à la paver à nouveau avec mes pierres, prêt à me reconstruire mon trône. Cette nuit ne m'appartient pas encore. Je pars à sa conquête. Je viens de déclarer la guerre aux rois qui trônent ici. La royauté ne me satisfait plus. Cette fois c'est le titre d'empereur qu'il me faudra.

Le vent souffle. Le vent du changement. Il a une odeur de cendre, de souffre et de sang. Cette nuit promet d'être magnifique. Et je lui ferrais tenir ses promesses. Parole de Hyde.


Kiss. Kiss. Kill. Kill. †

Perdition nocturne

Dans un concert de gargouillis immondes le contenu de mon estomac se déverse dans la cuvette des toilettes. Mélange de glaire, de blanquette de veau amoureusement préparée par Maman et de vin, Bordeaux rouge 1998, accompagné des vestiges de C. ma bienheureuse compagne.
Boire la bouteille complète était peut être déraisonnable. Mais qu'importe maintenant.
Mon front brûlant heurte l'émail glacée. J'ai l'impression que mon crâne va se fendre et exploser. Ma gorge me fait souffrir le martyr. Mes poumons se décomposent. Mon estomac est tordu de douleur.
Pourquoi suis-je dans un état pareil à cette heure ci ?
Ce n'est pas une bouteille et quelques analgésiques qui ont pu me mettre dans cet état. Alors quoi ?
L'ours en peluche trônant sur mon bureau me regarde d'un oeil à la fois réprobateur et désolé. Lui sait.
Les arpèges du Lac des Cygnes pourtant habituellement si agréables me vrillent les tympans. Pas la force de me traîner jusqu'à mon ordinateur pour éteindre. Tant pis.
J'aimerais que tout ce qu'il reste dans mon cerveau soit le boom boom d'un rythme techno médiocre. Mais ce soir, mes neurones sont en pleine forme et tournent à plein régime. Les interrogations me ravagent l'esprit. Pourquoi ? Quand ? Avec qui ? Où ? Pourquoi ? Pourquoi ?
Tout n'est plus que questions et incertitudes. Ma vie réduite à un ensemble de phrases interrogatives et de points d'interrogations. Quand cela va-t-il se finir ? Encore une question.

Dormir ? Ha, ha, ha. Quelle blague. Impossible. Une semaine que je ne fais que surnager entre sommeil et éveil allongé sur mon matelas, la tête enfoncée dans mon oreiller. Pas de répit avant que toutes ces hésitations ne soient assouvies.

Au coeur de la nuit, au coeur de mon ancien royaume, je ne suis plus qu'un déchet effondré dans le caniveau, là où avant je siégeais sur un trône d'or et de luxure. Il ne fait pas bon se perdre dans des terres où l'on n'est plus le bienvenue.

lundi 24 octobre 2011

Abdication.


La douleur m'enserre. Comme un si un rapace immense, magnifique mais mortel m'avait attrapé entre ses serres acérées pour m'apporter jusqu'à son nid et me déguster pour le dîner.
Mais son vol est interminable, infini. Il arrive un moment où l'on en vient à souhaiter que le moment où l'on va être dévoré arrive le plus rapidement possible, pourvu que tout s'arrête, pourvu que tout soit fini, et qu'enfin la douleur cesse ...

Trois comprimés pétillent dans un verre d'eau. Surdosage. Mais il arrive un stade où la dose prescrite ne fait plus d'effet. Il arrive un stade où tout ce qu'on attend c'est cette espèce de torpeur temporaire pendant laquelle plus rien n'importe.

En dix points de mon corps, des oursins ont remplacés ce qui devrait normalement être mes articulations. La codéine ne fait presque plus d'effet, elle n'en fait plus lorsque je respecte les doses. Mon estomac, mon foie, mes intestins pleurent. Paradoxe du médicament qui en soulageant un problème en crée un autre.

La douleur est constante. Je ne sais plus ce qui est physique ou psychologique. Réalité et cauchemar se mélangent, fusionnent. Rien n'est réel, tout est réel. Mon monde s'est écroulé et je respire tranquillement l'air chargé de cendre et de sang, assis calmement au milieu des ruines de ce qui a été mon existence. Je ne sais plus si ce charnier, cette apocalypse est vrai ou non. Je ne sais plus rien. Je ne fais plus rien. Je ne suis plus rien, plus rien d'autre qu'un "malade" ...

J&H

Qui suis-je ?
Que suis-je ?
Lequel des deux doit dominer ?
Jekyll, brillant, sociable, gentil. Que tout le monde aime, à qui tout le monde parle. Celui qui a des amis, des amours. Mais emplit de frustrations à la limite de l'explosion et du dérapage.
Hyde, génial, impulsif, orgueilleux, acide & impitoyable. D'une fierté sans aucunes limites. Arrogant, réaliste quitte à en devenir méchant. Mélange explosif de plaisirs égoïstes qui doivent toujours être assouvis et d'un dégoût de lui même acéré. Qui n'a pas à se soucier du dérapage puisqu'il y est constamment. Qui se moque de ce que peuvent vouloir les autres tant qu'il est satisfait.

Lequel des deux suis-je ?
Je ne peux être l'un sans que l'autre ne se fasse entendre de l'ombre, comme un murmure presque inaudible, me vantant ses mérites et ses avantages. Jekyll est gentil mais se fait allègrement piétiné, Hyde est un con asociale mais qui peut faire ce qu'il veut. Jekyll a une vie saine mais ennuyeuse, Hyde se détruit purement et simplement mais goûte à tous les plaisirs immédiats. Jekyll est droit et digne de confiance mais sans aucunes surprises, Hyde est instable et sans aucunes règles mais détruit tout ce qu'il touche.

Lequel des deux me rendra heureux ?
L'histoire nous enseigne qu'à la fin c'est Hyde qui broie Jekyll tant et si bien que les deux en meurent. Est-ce ce à quoi je dois m'attendre ? Est-ce ça mon destin ?

Hyde n'a aucune existence sur le long terme, Jekyll si. Mais Jekyll est un éternel insatisfait alors que Hyde jouit de tout ce qu'il veut.

Cruel dilemme, vendre son âme au diable et filer tel une comète à travers la vie même si cela veut dire être condamner à la vivre trop vite et à s'éteindre avant les autres, ou la conserver comme un trésor et se murer dans une existence faite de regrets et d'interdits ne se contentant que de menu plaisirs diffus en espérant tromper cette soif presque irrépressible de liberté ?

mercredi 19 octobre 2011

Insomnie Créatrice

Le jour se lève
Moi je m'endors
Une naissance s'achève
Et moi je meurs

Pour ne pas contempler
A ma peine et mes pleurs
S'ajouter
Vingt quatre nouvelles heures.

C ... O ...

L'eau pétille dans le verre posé sur le rebord du lavabo.
J'avale le contenu en une gorgée. Ça a un goût d'eau de mer.
Dégueulasse.
Je me glisse sous la cascade brûlante qui tombe du plafond. La vapeur me fait suffoquer quelques instants dans la petite cabine de douche transformée en sauna. L'eau chaude me dévore la peau comme si il s’agissait de lave en fusion me tombant sur les épaules. La rage et la colère me glace le sang. La douche bouillante devrait rééquilibrer tout ça.
Ou du moins me permettre de me poser et de penser un peu. Histoire de remettre mes idées en ordre et de chasser le magma noir de la haine qui les englue tel de la mélasse, visqueuse et collante. Tel un feu purificateur ôtant de mon esprit ces pensées sombre et froide comme la mort.
Foutaise. Baratin pour idéaliste.
Un spasme me secoue les jambes, tandis que mon genoux droit cède sous mon poids. Pas le choix, il faut que je m'asseye. La douleur me transperce les articulations comme une lame de stylet plongée entre les jointures de mes os, tournant et se retournant sans cesse.
6h44.
Bordel, c'est quoi cette vie ?
Je suis debout non pas parce que je viens de me lever, mais parce que je ne suis pas encore couché. Le sommeil ne me veut plus. Morphée n'a que faire de moi. Je l'ai trop souvent repoussé lorsque je n'avais pas besoin de lui. Et maintenant que je le désire plus que tout, il me nargue, se dérobant à chaque fois que mes doigts sont prêt à s’agripper à sa crinière flamboyante. Je n'ai jamais autant voulu plonger dans ces limbes infinies, calmes, immobiles, exemptes de souffrance.
Il est révolu le monde où l'on pouvait avoir ce que l'on voulait si on se battait un tant soit peu pour elle. Aujourd'hui tout n'est que frustration et désillusion.
Un frisson me parcourt le corps. Ma déesse commence son oeuvre. Fidèle. Implacable comme une machine bien huilée. Faisant ce qu'on attend d'elle. Sans surprises. Constante. La seule.
La douleur s'évanouit derrière un voile cotonneux. Ce ne sera que temporaire, mais au moins j'aurais ces quelques instants de répit. Mes paupières s'alourdissent. Le son de l'eau dégoulinant en fines gouttelettes du pommeau de douche sonne comme une berceuse. Mes yeux se ferment.
Je pars ...
7h52.
L'eau glacée me réveille en sursaut. Je suis resté plus d'une heure assoupi.
Je ne peux pas rester écroulé, nu, sur le carrelage froid de ma douche. Luttant contre elle, contre son emprise invincible, je m'extrais de ma catatonie comme dans un songe. Rien ne parait réel. Je me sèche, ne sachant même pas si c'est vraiment moi qui le fait et si j'en ai réellement besoin. Je me traîne dans l'escalier menant à mon lit. C. à fait son boulot, je ne sens plus rien. Pas de douleur, pas de sensations, rien d'autre que du coton.
Je m'écroule sur mon matelas. Ma tête heurte ma table de nuit. Pas de souffrance, pas d'éclair fulgurant me traversant le crâne. Le calme.
Morphée hurle au loin. Je l'ai battu. J'ai vendu mon âme à une autre que lui. Qu'importe les conséquences, au moins ce soir je pourrais dormir. Et alors que les plaintes morphéiques se perdent dans le lointain, j'aperçois leurs silhouettes qui semble m'attendre pour m'accompagner dans les limbes. L'une, éthérée, blanche, à peine discernable, enveloppante, chaleureuse; un fantôme. L'autre, fine, superbe, fière, flamboyante, unique; une comète. Mes deux déesses au parfum des anges. Le rêve et l'or.

Je pars. Pour de bon cette fois.
Codeine, my love; never let me.

lundi 17 octobre 2011

Agonie

La douleur est omniprésente.
Tout brûle.
Mes derniers souhaits disparaissent dans le brasier inextinguible de la désillusion et de la souffrance. Les ténèbres envahissent à nouveau mon univers. L'étincelle naissante de l'espoir n'a pas pu résister à l'obscurité dévorante.
Pourquoi se raccrocher à la lueur d'une étoile déjà morte depuis des milliers d'années lumières ? Au fantôme d'un passé à jamais disparu ? Paradoxalement, et malgré le fait de savoir que le passé restera à jamais le passé, on espère toujours que, dans un soubresaut, l'étoile moribonde trouvera la force de scintiller à nouveaux de milles feux.
Le corps est la transposition physique de l'âme. Je peux à peine marcher, essayer de me lever est comme me plonger moi même dans un bain de métal en fusion. Hurler ne sert à rien, personne n'est là pour m'entendre. Et encore moins nombreux sont ceux qui essaieront de plonger dans cette océan destructeur pour m'en sortir.
Il est 16h, il m'a fallu deux heures et demi pour parcourir les trois mètres et vingt cinq centimètres qui séparent mon lit de mon bureau. Même écrire est une torture, les phalanges de ma main droite ayant été remplacée par des oursins brûlants.
Mon monde qui avait été pendant quelques temps épargné par la douleur est à nouveau tombé sous son emprise. Elle envahit tout. Elle dévore tout. De moins en moins de choses comptent. Et la seule qui me permettait de tenir est celle qui est tombée la première. Et ma rage de combattre a disparue en même temps qu'elle.
Tout devient progressivement fade et pâle. La seule chose qui brille, qui brille tellement qu'elle m'en brûle la rétine est la Douleur. Cette souffrance implacable qui, comme un fauve, tourne autour de sa proie, attendant le moment propice pour fondre dessus et la démembrer avant de se repaître de son cadavre fumant. La vie s'amuse, nous réservant ses pires cadeaux empoisonnés pour les moments où l'on en a le moins besoin.

Parier sur le bonheur est inutile, puisque toujours à la fin c'est le malheur et le désespoir qui remporteront la mise, notre âme.

lundi 3 octobre 2011

Grow up.

Le papier à cigarette crise sous la pression de mes doigts. Lentement, le tabac se reparti le long de la tubulure en construction. Le briquet craque, la flamme apparaît, flamboyante dans l'obscurité, la feuille s'embrase dans un crépitement et enfin je peux goûter l'assassine fumée se déployer dans mes poumons.

Je suis seul dans cette ruelle obscure, vestige des temps anciens. Les pavés qui recouvrent le sol sont irréguliers, descellés, parfois teintés de reflets verdâtres. Les vielles bâtisses se rejoignent au centre de la voie; formant de ténébreux ponts au dessus d'elle. L'air est lourd, emplit des fantômes de souvenirs emmurés entre les pierres irrégulières qui construisent les taudis jonchant les pourtours de la ruelle. Le vent ne souffle pas dans ce monde là, aucune brise pour venir remuer et déloger émotions et pensées, les laissant s'entasser, s'enliser entre les pavés centenaires, amas en putréfaction, inondant l'air de leur exquise pestilence.

J'exhale la bouffée de mort dans la nuit noir. Le gin commence à me monter à la tête, l'extrémité de mes membres s'engourdit. L'atmosphère putride de ce coupe gorge m'arrache un haut-le-coeur, relent d'humidité puante et de vieille pisse, effluve immonde des bas fonds.
Et là, alors que l'alcool m'obscurcit les sens, je la vois.

Elle envahit la ruelle de sa présence. Elle emplit la nuit autrefois silencieuse du claquement de ses aiguilles sur le sol. Sa démarche trébuchante, le crissement de ses talons s'accrochant dans les pavés irréguliers me fascinent.
Rêverie éveillée. Sa crinière ébouriffée flotte derrière elle, rependant son parfum délicat dans l'atmosphère délicat dans l'atmosphère putride. Elle passe devant moi sans un regard, puis dévie de sa trajectoire avant de s'effondre contre le mur crasseux en face de moi.
Le bruit mou de sa tête heurtant la pierre retentit, flasque et écoeurant, contre mes tympans alors que mon corps entier frissonne de dégoût.
Elle essaye de maintenir son buste droit quelques instants mais finit par abdiquer bien vite, et elle s'effondre de tout son long dans le caniveau humide.

L'image de cette poupée de chiffon brisée par les excès me rappelle ce que j'ai été il n'y a pas si longtemps. Mon visage se superpose au sien, et je me revois, vomissant mes tripes dans une ruelle sombre, seul, abandonnée de tous parce que je les insupportais. Et je serais en train de lui tenir compagnie si je ne l'avais pas rencontrer, si je n'avais pas croiser la route de cette comète filant vers le firmament, muse inégalable, insaisissable, qui me fascine autant qu'elle m'effraie. Je la veux tout autant que je redoute de l'avoir. Car elle seule a su lire en moi, elle seule a su percer ce blindage factice et extirper ce que je suis, mon moi profondément endormi, étouffé par les excès et la débauche. Elle m'a sauvé et je lui en serais à jamais reconnaissant. Elle dirait que je me suis sauvé moi même, mais je n'ai pas cette force la. Et le jour où elle est partie, volant vers d'autres contrés qu'elle seule avait la force d'atteindre, a été le pire jour de toute ma vie, je l'ai regardé s'éloigner me haïssant de ne pas pouvoir la suivre, trop stupide pour essayer de changer et de découvrir mes ailes.

Aujourd'hui je les ai trouvé, dans la douleur et les larmes, dans la tristesse et le sang. Dans les ruines fumantes et les débris de mon ancien masque j'ai entr'apperçu celui qui était sous ce masque, et enfin je peux m'envoler à sa poursuite en espérant un jour la rattraper.

Alors, le plus délicatement possible, je soulevais le corps inconscient de l'étoile éteinte gisant devant moi et la portait en dehors de la ruelle, vers la plaine, vers ce qui aujourd'hui est ma réalité, vers ce qui j'espère sera la sienne quand elle aura compris que tout ça ne sert à rien.

21.09.11

"Je me meurt. Comme une plante qu'on a oublié d'arroser. Mon esprit se fane, tel une rose se flétrissant sous le temps assassin.
Ma solitude m'étouffe. Pourtant je n'ai jamais été aussi entouré. Mais aucun d'eux n'a touché les abysses que j'ai visité et dans lesquels j'ai replongé, prisonnier à jamais des limbes et de leurs chaînes infinies.
De temps à autres J'arrive à m'en extirper, frôlant des doigts une réalité idyllique et utopique que je suis incapable de me construire.
Un jour, un homme a dit :"Heureux les simples d'esprit." Pendant longtemps je n'ai pas réussi à comprendre en quoi ne pas pouvoir réfléchir au plus haut était une bénédiction. Aujourd'hui je le comprends. L’intelligence n'est pas un don, c'est plutôt une malédiction. Comprendre plus vite que tout le monde, appréhender des concepts en quelques minutes que certains mettront des jours à assimiler, réfléchir à la vitesse de la lumière; tout ça paraît alléchant, hein ?

Détrompez-vous.
Très vite le monde vous apparaît fade et insipide, plus rien n'a d’intérêt, le bonheur irréel que le commun des mortels atteint béatement vous est interdit, car vous vous savez qu'un tel bonheur n’existe pas, vous savez que ce n'est que pure invention. Et ce cancer vous ronge tel une gangrène irrésistible.
Les échappatoires sont nombreux.
Et certains d'entre nous arrivent à s'en sortir, à se sauver de cette existence sans but, sans goût, sans vie. Ils s'en sortent en reniant une part de leur malédiction, en acceptant que tout ne peut être compris et que le bonheur peut exister si on y croit plus que tout.
Mais moi je fais parti de ceux qui ne s'en sortiront pas. D'aucun diront que c'est par arrogance et par fierté, qu'ils pensent ce qu'ils veulent, ils ne savent pas la torture que nous devons endurer, le prix à payer pour un tel don.

"Précoce.","Surdoué.", ces mots résonnent agréablement à l'oreille du tout un chacun, ils envient ceux qui ont reçu ce "don". Mais nous, solitaire dans notre tour d'ivoire, nous les envions aussi dans leur existence béate faite d'incompréhensions et de croyances aveugles en des phénomènes qui échappent à leur entendement.
N'allez pas croire que nous réussissons toujours tout. Nous sommes en dehors du système, nous échappons aux cases dans lesquels vous entrez si aisément, formaté pour votre existence future, et cette incapacité de rentrer dans cette matrice, dans ce programme, fait de nous des semi-parias qui nous distinguons surtout par nos échecs plus que par nos réussites.
Oh bien sûr certains s'en sortent brillamment et deviennent ce qu'on appelle communément des génies, des prodiges. Mais, combien de ces grands hommes ont finis dans l'alcool, la drogue et la dépression jusqu'au seuil mortel ?
Beaucoup trop.
Et encore plus de ces génies en devenir, de ces hypothétiques futurs prodiges ont été haché par une existence qui les a dévoré, vampirisé jusqu'à n'en laisser que des carcasses vides et informes, parfois au sens littéral.

L'oubli de moi même est la seule solution que j'ai trouvé pour échapper à ce destin pourtant si inéluctable. Soirée, beuverie, débauche, brûler la vie par autant de bout qu'il est possible pour éviter à tout prix d'être immolé sur son autel.
"Cette douleur est comme une écorchure au palais, qu'on ne doit surtout pas toucher pour qu'elle puisse cicatriser mais qu'on ne peut s'empêcher de lécher." FC

Il est des soirs solitaires comme celui ci où j'aimerais me presser le cerveau pour en extraire le trop plein, comme on presse un furoncle pour l'assainir, j'aimerais évacuer cette surcharge et devenir médiocre, transparent, normal.

Égoïste, orgueilleux, arrogant, affabulateur, c'est ce que certain penseront en lisant ces lignes; les autres penseront que ce n'est que pure fiction et que cet amas de mots déprimant vient se classer à la suite de mes autres écrits. Si c'est ce qu'il vous est agréable de penser, grand bien vous en fasse, mais c'est qu'alors vous nous connaissez mal.
Très mal."

Resurectio

"Pendant deux ans j'ai été muselé. Mes masques emprisonnaient mes griffes dans des gants de velours et limaient mes crocs pour en faire d'adorables quenottes. En fait, je n'avais pas conscience de ces griffes et de ces crocs. Je ne savais pas qu'ils existaient, je le soupçonnais tout au plus. Je les utilisais de manière naturelle, inconsciente, instinctive. La possibilité de leur existence effleurait mon esprit lorsque, par mégarde, une griffe perçait sa gangue de douceur et entaillait mon existence. Je pensait n'être qu'une armure. Et ça me satisfaisait.

N'allez pas croire que je regrette ces deux années bucoliques, sans cadavres traînant et pourrissant dans le caniveau, sans plaine rougie par le sang des affrontements perpétuels, sans cicatrices douloureuses entaillant ma peau, sans blessures brûlantes balafrant mon âme.
C'était calme, paisible. C'était reposant après des années de destruction et d'oubli pur et simple de moi même. Aussi agréable que le silence après la tempête. Comme si l'on était transporté depuis le front d'un conflit sanglant et meurtrier jusque dans un champ de fleurs et d'herbes hautes qu'une brise légère venait taquiner de temps à autres. Comme si j'étais passé de l'autre côté du miroir.

Mais un jour ce miroir s'est brisé, volant en une multitude de shrapnels tranchant s'abattant sur moi et me lacérant la peau. La douleur qui s'était endormie, hibernant pendant deux longues années, s'était réveillée brutalement de son long sommeil et revenait, plus forte et plus incisive que jamais. Vous pourriez croire que ça a été désagréable, et vous n'auriez pas tout à fait tort; mais en même temps que les éclats et que la douleur, c'est aussi mon ancien masque que j'ai retrouvé, jouissance ultime de se retrouver soi même, tel que l'on est au fond de soi. Maintenant que mes ailes ont repoussées, que j'ai retrouvé mon masque, je suis prêt à de nouveau vivre ma vie, en profiter jusqu'aux dernières miettes, jusqu'à ce qu'il n'y ai plus rien à dévorer, plus rien à vivre."

samedi 20 août 2011

Réveil passé

Une nuit. Une ville. Un immeuble. Un appartement. Une soirée.
Des gens.
Tous s'amusent, un verre à la main. Tous profitent, chacun à sa manière. Ils sont tous différent. Et pourtant ils sont tous réunis dans une même communion festive.
Un seul d'entre eux semble extérieur à cette débauche de plaisir. Il est assis dans le fond d'un fauteuil, une bouteille de champagne à la main et contemple l'orgie qui se prépare sous ses yeux. Il voudrait y prendre part, en devenir le roi, leur empereur à tous, comme avant, comme il y a deux ans. Comme lorsqu'il était le maître de la nuit.
Mais cette maîtresse volage était partie en claquant la porte dès qu'il s'est attaché à elle, à l'autre. La nuit ne tolère aucune concurrente, elle n'accepte pas de partager, exclusive avec elle c'est tout ou rien.
Et depuis ce jour, il l'a perdu.
Au début il le vivait bien, très bien même, il se sentait enfin reposé, il voyait la vie tel qu'elle était, sans fard et sans masques.
Mais le bonheur n'existe pas.
Tout ce qui existe est une mascarade de bonheur, une comédie, une farce qui est loin de durer éternellement. Et c'est lorsque la pièce se termine que l'on se rend compte de son erreur.
Il avait tout perdu.
Et en l'espace de quelques mois il se rendit compte qu'il avait revêtu un masque qu'il ne supportait pas, un masque qui lui brûlait la peau mais qu'il n'arrivait pas à arracher de son visage. Et ce masque, ce carcan, cette prison dans laquelle il s'était lui même enfermé entravait désormais ses actions sans qu'il puisse s'en évader autrement que par l'esprit, enfermé dans ses masturbations intellectuelles et ses rêveries utopiques.

Une ombre passa devant ses yeux perdus dans le vague. Reprenant pied dans la réalité il réalisa que l'ombre était une main; une main d'une finesse exquise qui se prolongeait sur un bras tout aussi sculptural rattaché à un corps magnifique, d'une beauté prédatrice. Yeux noisettes, chevelure flamboyante savamment désordonnée. Son regard dévorait tout ce sur quoi il se posait, immolant l'âme de ses victimes en quelques instants.
Et là il su.
Il su qu'il avait trouvé sa raison de vivre, retrouvé sa vie, redécouvert l'avatar de sa déesse passée.
Son corps entier fut parcouru par un frisson de plaisir intense. Ceux qui aurait pu le remarquer aurait pensé que c'était le champagne, dont il avait descendu la quasi totalité de la bouteille, qui commençait à lui ravager les neurones.
Mais il n'en était rien.
Lui seul savait que ce frisson n'était en aucune sorte lié à l'alcool, ce frisson c'était la vie qui revenait en lui, qui envahissait chacun de ses nerfs, qui coulait dans son corps comme un élixir de jouvence; c'était son esprit qui explosait enfin sa prison de titane et reprenait le contrôle; c'était la nuit qui revenait vers lui pour l'habiter à nouveau, comme avant, il retrouvait son trône, il retrouvait sa couronne, son étendard flottait à nouveau au vent.
Il était de retour.
Sa magnifique mais non moins dangereuse nouvelle muse lui dit alors de sa délicieuse voix :

"Salut, je m'appelle ... "

vendredi 19 août 2011

13/03/11 - Parc : Déstructuration au sein de la structure même.

Le jour se levait. Le soleil embrasait l'horizon, boutant le feu au ciel tout entier. Des traînées sanglantes envahissaient le firmament, chassant les ténèbres bleutées et marquant ainsi l'avènement d'un nouveau jour.
Tout, autour de nous, apparaissait à nouveau, s'extirpant progressivement des limbes nocturnes. Les grattes ciel crevaient progressivement le sombre voile, leur carcasse de verre et d'acier brillant de mille feux dans l'aube naissante.
Nous étions seul sur notre banc, admirant l'astre suprême gravir la voûte céleste, se mirant dans la surface lisse du lac à peine troublée par une légère brise.
Déjà quelques oiseaux pépiaient joyeusement dans les branchages et les insectes les plus dévoués bourdonnaient dans l'air encore frais.

Un gargouillis écoeurant vint briser l'atmosphère calme et paisible qui régnait dans le parc.
Tournant légèrement la tête, je vis ce que je m'attendais à voir. Ma compagne d'une nuit était pliée en deux, le contenu de son estomac gisant à ses pieds. La soirée avait été peut être un peu trop extrême pour elle. Les bouteilles s’amoncelaient au pied du banc, la plupart vide, d'autre pas tout à fait. Finissant de régurgiter ses entrailles elle bascula vers l'avant, s'affalant par terre, baignant à moitié dans son vomi. La soirée avait été définitivement trop extrême pour elle.

Pitoyable.
Me désintéressant complètement de son sort, mon regard se perdit dans le vague.
J'affectionnai particulièrement cet instant précis de la journée, celui où le jour rencontre la nuit, celui où réalité et rêve se heurtent violemment.
Les bonnes moeurs reprenaient leurs droits.

Un quadragénaire s'extirpa discrètement des profondeurs d'un buisson. Il s'arrêta quelques instants, réajustant le col de sa chemise, puis il se dirigea vers le café le plus proche, sûrement pour prendre son petit déjeuner avant de rejoindre son poste. Une seconde silhouette sortit à son tour de l'ombre, à la suite de la chemise blanche. Grande, élancée, sûrement une des nombreuses putains qui prenaient possession des recoins obscures du parc à peine le crépuscule apparut. Elle se dirigea vers nous, en fin plutôt vers moi vu que la fille était partit exploré un autre monde, rabattant sa robe et remettant sa longue chevelure platine d'une main. Ce ne fut que lorsqu'elle parvint à ma hauteur et me demanda une cigarette que je vis qu'elle n'était pas tout à fait "elle". Ses traits carrés et sa démarche un peu trop accentuée le trahissait. La seule réponse que je fut en mesure de lui faire fut :"Désolé, j'en ai pas, j'ai taxé." et je contempla cet OVNI, ce monstre aux yeux des biens pensants, quitter ce monde qui ne le jugeait pas et l’accueillait à bras ouverts pour retomber dans la société qui le haïssait et le rejetait.

Dans cette ville grise, carré, bien ordonnée, monotone, le parc était le Chaos, une dépravé dans un couvent, une étincelle de folie dans un esprit logique; l'endroit où l'homme avait parqué l'inorganisation et la liberté de la Nature. Il était un phare dans la nuit pour les rejetés, les parias, tout ceux qui le jour était mis à l'écart mais qui, une fois les ténèbres tombées, devenaient les rois. Tout y était possible, les fantasmes y devenaient réalité une fois la nuit tombé. Et l'espace de verdure que l'homme pensait contrôler le jour se libérait à la faveur de l'obscurité, ouvrant son sein à tous ceux qui souhaitaient vivre.

Les vrombissements rageurs d'une tondeuse me tirèrent de ma rêverie. Il était déjà presque sept heure. L'Homme reprenait la main sur le monde. La plupart de nos camarades de débauche étaient soit rentrés chez eux, soit ronflaient dans un buisson, récupérant de la soirée que nous venions de passer. La loque qui trônait à mes pieds ne semblait pas en mesure d'aller plus loin que là où elle était vautrée. M'écartant d'elle non sans un certain dégoût, je m'en fus dans le jour naissant, réintégrant un monde qui ne voulais pas de moi et dont je ne voulais pas, me promettant de revenir la nuit suivante, revenir dans mon monde.

B.

lundi 15 août 2011

12/08/2011, 13/08/2011 & 14/08/2011 ...

... "Certains moments ont un goût d'éternité."

samedi 16 juillet 2011



‎"Voici venir la Nuit où les chasseurs deviennent les proies,
Voici venir la Nuit où les ténèbres prennent le pas sur la lumière,
Voici venir la Nuit où les ombres sortent de leurs carcans d'obscurité pour enfin marcher en plein jour.
Voici venir la Nuit où les masques tombent,
Voici venir la Nuit où le monstre tapie, emprisonné, au fond de sa cage brise ses barreaux et dévore à nouveau mon âme,
Voici venir la Nuit où mon autre Moi reprend enfin le trône qui était le sien il y a bien longtemps,
Voici venir ma Nuit."

lundi 13 juin 2011



Insomnie ...

Morphée est là, devant moi, me surplombant de toute sa splendeur et sa grâce. Il est descendu de la voûte céleste sur un escalier d'étoiles et de feu, son sac chargé de songes et de rêves, d'illusions nocturnes et de cauchemars. Il a déjà charmé tout les autres, qui se sont évadés, les uns vers des Edens dont eux seuls ont le secret, les autres vers des abysses de ténèbres et de souffrances. Avec ce prodigueur de repos il n'y a pas de juste milieux, plaisirs ultimes ou terreurs innommables. Plonger la main dans sa besace s'apparente à une roulette russe des songes, quitte ou double, pas d'échappatoire.
Il me regarde, plongeant son regard magnifique et sans âge dans mes yeux misérables de pauvre mortel.
Il attend mon accord.
Il attend que ma main vienne choisir ce qui peuplera ma nuit.
Mais je ne veux pas.
Voyant que je ne réagis pas, il s'exprime alors, de la plus belle voix qui soit, une voix qui n'appartient à aucun être de chairs et de sang. Ses lèvres fines me murmurent des promesses de paradis éternels, de félicités divines. Sa voix enchanteresse me fait imaginer des banquets somptueux auxquels je siégerais en roi, faisant bombance jusqu'à la fin des temps. Dans ses yeux miroitent les reflets de la plus exquises des ambroisies, des pierres précieuses les plus pures, de monceaux d'or et de richesses inimaginables.
En vain.
J'ai vu les plus beaux yeux du monde, semblables à des dieux d'argent tenant des joyaux ambrés dans leurs mains; j'ai entendu la voix la plus exquise de cette Terre, musique de paradis, d'une douceur superbe; j'ai goûté aux lèvres les plus parfaites de cette réalité, bouche de prédatrice, dont les baisés ma promettaient des nuits de pures jouissances. Cette rêverie éveillée était là, allongées à mes côtés, luttant elle aussi contre ce tentateur nocturne.
Voyant notre résistance acharné pour ne pas plonger avec lui dans son abîme de songe, Morphée s'esclaffa et, rejetant sa cape étoilée sur ses épaules, il nous regarda une dernière fois de sa voix céleste et profonde :
"Lorsque l'on s'éveille, que ce soit d'un rêve ou d'un cauchemar, on sait que c'était irréel, que c'est fini. Mais lorsque le rêve est vivant, il ne meurt jamais, il ne disparaît jamais, et lorsque la rêverie prend fin, le retour à la réalité est des plus douloureux. Ce qui était rêves, rires et passion deviendra inexorablement cauchemars, larmes et sang. Et là tu me supplieras de t'épargner, de t'offrir mes services, mais tu m'as rejeté, prépare toi à dire en pleurant : Ave Morphe morituri te salutant."

Aujourd'hui, quand le soleil plonge derrière l'horizon, lorsque l'obscurité monte sur le trône, que tous autour de moi s'endorment, il vient me narguer, dansant sur la place vide et froide à mes côtés. Je me suis refusé à lui une fois pour prolonger mon rêve, désormais c'est lui qui se refuse à moi, m'interdisant ses Edens et ses purgatoires irréels, me laissant gésir dans ma douleur et mon chagrin.

J'avais le pouvoir. Je menais la partie. J'ai perdu.
Le tortionnaire est devenu le torturé.
Alea Jacta Est.

dimanche 12 juin 2011

‎"Il n'y a qu'un seul monde et il est faux, cruel, contradictoire, séduisant et dépourvu de sens. Un monde ainsi constitué est le monde réel. Nous avons besoin de mensonges pour conquérir cette réalité, cette "vérité". "

Nietzsche.

samedi 4 juin 2011

I miss you ...


Le goût de son dernier baiser me brûle les lèvres.
L'odeur de sa peau hante mon esprit.
Le souvenir de la caresse de ses doigts dévore mon corps.
Le son de sa voix inonde avec délice mes tympans.
Le battement de son coeur résonne dans ma poitrine.
La saveur de ses larmes macule mes doigts.

vendredi 3 juin 2011

Some of them want to abuse you ...

J'ai essuyé tes larmes
Du bout de mes doigts
Leur goût salé y revient parfois
Me rappelant combien il est dur de déposer les armes

Je sens encore l'odeur de ta peau
Qui hante les recoins obscurs de mon cerveau
Comme un spectre superbe
D'un passé qu'aucun verbe
Ne saurais décrire
Sans mentir

D'un passé qui pourrait être
Futur et présent
Folie de deux amants
Jouissive mais traître
A la manière de la plus douce des liqueurs
Enivrante de bonheur
Distillat de plaisir
Mais qui peut être le pire
Des cauchemars
Des nuits les plus noires

mercredi 1 juin 2011


"Ce ne sont pas les gens qui changent, seulement les masques qui tombent."

lundi 30 mai 2011

You hurts me. Violently.

Il a le droit de poser ses mains sur ton corps,
Il a le droit de respirer ton odeur,
Il a même droit aux regards qui le rendent plus fort
Mets moi la chaleur de ta voix dans le coeur

Il aime caresser ton visage quand tu t'endors
Et toi tu te permets de dire : "Encore ! Encore ! "
Je sais que ce qui ne tue pas nous rend plus fort
Mais moi, mais moi je suis déjà mort.

Kyo



Le jeu est souvent plus dangereux et plus prenant que ce que l'on pense au premier abord.
Ce jeu m'a fait revivre.
Ce jeu me faisait vivre.
Ce jeu était le meilleur auquel je n'ai jamais joué.
Ce jeu était plaisir et jouissance.
Ce jeu n'était que frustration.
Ce jeu m'a rendu fou.
Ce jeu m'échappait.

Ce jeu n'était pas qu'un jeu.
Tu vas me manquer. Vraiment.

mercredi 25 mai 2011

Geekerie # 2

Rêverie éveillée

L'appartement est sombre, presque noir. La lueur du réverbère qui filtre à travers les volets tranche les ténèbres comme de multiples scalpels effilés.

Tout est silence.

Le claquement métallique du verrou résonne lugubrement, brisant l'atmosphère calme et tranquille. Le moindre de mes mouvements, le moindre son semble être amplifié, démultiplié entre ces paisibles murs. Tout sonne bruyamment comme dans un caveau démesuré, cathédrale abandonnée où hier encore résonnait rires joyeux et tintements de verres. Je m'assois dans le canapé, soucieux de mettre un terme à cet adagio cacophonique et discordant.

Mon doigt enfonce doucement la touche ronde jusqu'à ce qu'un léger "Clic." se fasse entendre. Dans un ronronnement étouffé, digne du plus satisfait des chats, l'ordinateur se met en marche, vomissant sa lumière blafarde et artificielle sur mes traits fatigués.

Détournant les yeux de cette agressive clarté, c'est alors que je t'aperçois. Tu te tiens dansl'encadrure de la porte, enroulée dans tes couvertures comme si la Nuit te drapait de son grand manteau. Morphée possède encore ton âme, sa douceur se reflétant sur ton beau visage. Elle pèse de tout son poids sur tes paupières, tentant de les fermer à nouveau pour soustraire au monde l'étincelle de malice qui pétille au fond de tes prunelles noisettes.

D'un mouvement lent, tel un félin majestueux et indolent, tu secoue ta tête, tentant de redonner un semblant d'ordre à tes cheveux qui, il y a quelques instants encore, se fondaient dans le moelleux d'un oreiller, telles des racines puisant la sève enchanteresse des rêves au sein de la Nuit. Une effluve doucereuse et enivrante envahi la pièce, une odeur paresseuse de sommeil, la senteur de la torpeur brisée dont les éclats brillent encore, incrustés dans tes traits finement ciselés.

Tu t'avances alors, sublime allégorie du sommeil, d'une allure lente et mesurée, chacun de tes pas étendant un peu plus encore ta fascination sur mon esprit. Langoureusement tu t'allonge sur le canapé, ta tête reposant négligemment à quelques centimètres de moi, ta chevelure s'éparpillant sur un nouvel oreiller, sur un nouveau royaume, puisant des rêves dans un nouveau puits.



Et alors que tu dors, moi, pauvre mortel te dévorant des yeux, je me nourris de ta beauté ensommeillée pour animer ma plume qui dévoile sur le papier les délices que tu offres à mon regard charmé.

lundi 23 mai 2011

Fait d'arme

New game (or How I kick Your Ass.)
To O.

La personne que j'ai été pendant deux ans est morte, remplacée par celle que j'ai toujours été. Elle était resté en sommeil au fond de moi, endormie par un abandon de ma jeunesse trop rapide. Mais aujourd'hui elle s'est enfin réveillée, chassant brutalement l'imposteur qui avait pris sa place. La vie n'est que plaisir. Alors vautrons-nous dans ces abîmes de délices. Qui m'aime me suive, seuls les vrais amis resteront, ceux qui ont toujours été là, ceux qui seront toujours là, ceux pour qui j'ai vraiment compté. Les autres, les obtus, ceux qui ne veulent pas essayer de comprendre resteront en arrière, dans leur petit monde soit-disant plaisant, vieillards prématurés, intolérant face à ce qu'ils ne comprennent pas, détestant ce qui leur échappe, étant incapable d'appréhender et d'accepter le monde et les milliers de facettes qui le composent.

"Tu n'as qu'à chercher pour trouver qui tu es !" Ma quête est achevée. Je me suis trouvé, j'ai trouvé le masque dans lequel je me sens bien, dans lequel je me sens moi. Je suis enfin près à profiter de tout. Le passé est déjà mort, le futur n'existe pas encore, il n'y a que le présent dont nous devons nous préoccuper, pour pouvoir le regarder sans regrets lorsqu'il sera devenu passé.

Je n'ai pas besoin de fantôme d'un temps révolu pour avancer. Je n'ai pas besoin du chant des sirènes de cette époque déjà lointaine pour m'agacer les tympans durant mon périple. Je suis enfin moi, que ça te plaise ou pas. Je n'ai que faire de ton avis. Je n'ai que faire de ton pardon. J'ai disparu au moment où tu as franchi ma porte, par un glacial matin de février; il serait temps que tu t'en aperçoives.

Le coma est terminé. Place à la vie. Let's play the game.

That's how we play, that's how we live.

Jouer avec le feu.
Jouer avec ses nerfs, ceux d'une autre.
Ne rien céder.
Sous entendre.
Interpréter.
Sentir la pression monter.
La laisser s'épanouir.
Ascenseur émotionnel.
S'abandonner au plaisir de la frustration.
En faire son sang.
Laisser sa morale derrière soi.
Vivre sans principe.
Tout mettre en péril pour le plaisir du jeu.
Gagner importe peu.
Être mené dans ses derniers retranchements de patience et d'inventivité.


Une seule règle : ose et fais toi plaisir.
Jouer c'est vivre.

vendredi 20 mai 2011

Les arbres enchevêtrent leurs bras pour atteindre le ciel
Les feuilles qui se rassemblent captent de plus en plus la lumière
Et épaississent les ténèbres de la forêt de verre et d'acier
Les chasseurs ne remarquent pas
Les griffes et les prunelles luisantes des fauves tapis dans le noir

Voici venir la nuit où les chasseurs deviennent les proies.

Frustrations

3h.
La soirée se termine. Une autre commence.
Les plus prudes, les plus gentils, les plus purs, les plus sages; les ignorants aux caresses de Débauche et Luxure, ont déjà la main sur la poignée de la porte et le pied dans le couloir. Ils ne savent pas ce qu'ils manquent.
Ou ce qu'ils ne manquent pas.

Mon âme s'apaise à mesure qu'ils s'en vont.

Certains partent à gauche, manteau sur le dos, sac à l'épaule, esquissant un signe poli à l'assemblé de déchet dans laquelle siège ceux qu'ils appellent leurs amis sous les rayons du soleil mais que là, ils ne reconnaissent pas. Ces corps désarticulés forment désormais ma cour, mon empire. Ils sont mon troupeau sur lequel je dois veiller, berger paternel et décadent. En fait je les méprise. Je méprise ce ramassis de faibles qui, passé le début de la nuit, ne peuvent plus que s'écrouler, les membres tremblant sous la masse des sensations qui surcharge leur cerveau. Moi, et les derniers autres qui sont restés à mes côtés, dédaignons ces lâches qui abandonnent la lutte alors qu'elle commence seulement à devenir intéressante.

D'autres s'en vont à droite, peu nombreux, les élus d'un soir, les couples d'une nuit, quittant le groupe sous divers prétextes hypocrites, et partant, le regard perdu dans celui de leur proie, ne pensant déjà plus à ce qu'ils viennent de nous raconter. Ceux là, nous ne les méprisons point, nous les haïssons. Égoïste à la recherche de leur plaisir personnel, préférant les effluves d'Erosaux vapeurs de Bacchus, ils ne pensent qu'a leur félicité. Ils oublient les autres, oublient les gens, oublient le temps, oublient l'espace. Ils se laissent porter par la saveur utopique des doucereuses promesses d'Aphrodite.

Alors il ne reste plus que nous. Les oubliés. Les héraut de la Nuit. Ceux qui, longtemps encore, brandiront l'étendard décadent de leur splendide maîtresse. Il ne survit que nous. Une bande de jaloux et d'hypocrite se morfondant dans leur propre déplaisir. Une meute de loup frustrée de n'avoir pu goûté plus loin aux chimères de leur reine.

Nous détestons ceux qui partent, parce que eux ont encore assez de courage et de volonté résister au délice de l'Amante ténébreuse.
Nous méprisons ceux qui tombent, parce que eux nous abandonne dans notre décrépitude et notre solitude obscure.
Nous haïssons ceux qui baisent, parce que eux ont trouvés le nirvana que tous ceux qui restent cherche et n'auront pas atteint.

Il trône, tel un phare au milieu de la tempête, seul, conscient, au milieu des corps brisés et des cadavres renversés. Il voit les amants s'en aller vers d'autres contrées plus douces et plus plaisantes. Il veille, empereur nocturne, sur son royaume décimé, sur ses sujets avachis par une nuit en compagnie de Destruction et d'Excès.

Ma plume s'immobilise sur le papier. Plus rien ne bouge. Morphée repart, sa moisson terminée. Une fois encore j'ai résisté. Une fois encore j'aurais voulu qu'elle m'emporte moi aussi. Mais non. Éternel veilleur, je reste là, écorchant mon papier de mon encre malhabile, recrachant mes souhaits brisés et mes rêves évanouis comme les mauvais buveurs pilent la glace dans leurs whisky.

jeudi 19 mai 2011

Le Manque.

Le manque. Poigne impérieuse qui vous saisit l'estomac, vous tord les entrailles, ravage votre esprit. Cette sombre déesse joue avec votre âme, elle vous possède. Vous n'êtes qu'un jouet entre ses doigts fin d'albâtres, un pantin désarticulé qu'elle commande selon ses désirs. Comme une souris dans les griffes d'un chat, elle vous laisse vivre tant que vous trouvez grâce à ses yeux, à l'instant où vous ne l’intéressez plus elle vous broie lentement, vous étouffant à petit feu de ses mains délicates.

Je ne contrôle plus rien, mes membres tremblent, mes pensées s'obscurcissent. Un seul désir, assouvir la faim dévorante de cette maîtresse à jamais insatisfaite. Elle domine tout mon être, sa voix suave susurre les plus douces des promesses à mon oreille attendrie. Je sens à peine la morsure de ses crocs effilés dans la chair tendre de mon cou. Le poison qui de répand dans mes veines est tel le plus délicat des nectars, une ambroisie délectable et doucereuse.

Et le rêve se transforme en cauchemar. Le paradis en enfer. L'eden en purgatoire. Tout est fade. Tout est gris. Rien d'autre ne trouve goût à mon palais que ce divin calice. Tous les substituts sont détestables. Je les rejette loin de moi d'un geste d'indignation et de dégoût.
Je veux revoir ces étendues virginales perdues, ces plaines de plaisirs et de félicité. Je veux réentendre le chant de ces sirènes, la complaintes de ces anges.
J'ai beau étancher ma soif rien n'y fais. De rage je balaye mes anciennes compagnes et les envoient se fracasser contre le sol dans une symphonie de verres brisés.

Toujours plus. Il en faut toujours plus pour aller toujours plus haut, vers des contrés encore vierges, vers des rêves encore inexplorés. Mais ce dont on ne se rend pas compte c'est qu'on ne monte pas dans le bon sens, on monte à l'envers. On descend. On dégringole vers des abysses toutes plus profondes les unes que les autres. On tombe dans des gouffres desquels on ne ressortira pas.

Le pire c'est qu'on y plonge de nous même, un sourire d'extase intense balafré en travers de la face.

mercredi 18 mai 2011

To P.

Pleurs moi ô ma déesse
Pleurs ton poète qui n'a eu de cesse
De te rêver de te désirer
De son âme de son corps entier

Pleurs celui qui
Dans un lit comme dans sa vie
Ne voulait que toi
Ô beauté effleurée de mes doigts

Regarde le chagrin de l'amant
Qui depuis longtemps t'attend
Et aujourd'hui dans un supplice
Voit lui échapper le divin calice

Écoute ces hurlements de dément
Du démon qui se repent
Vois les vestiges de mon auréole brisée
Qui ne demandent qu'à à nouveau briller

Entend cet air plaintif
Ce chant dépressif
Ne laisse pas ton coeur fermé
A cette ode désespérée

lundi 16 mai 2011

Je n'ai été que le pion sur un plateau d'échec, un jouet dans une sublime farce, un pantin manipulé par des doigts de fée.

Maintenant ça va être sale et violent, âme sensible s'abstenir.

samedi 14 mai 2011

Coeur brisé
Ailes déchiquetées
Auréoles brisées
Piétinées
Broyées jusqu'à n'être plus que miettes
Tout se bouscule dans ma tête

Je trône sur les cendres
De mes rêves mêlés
A mon armure tombée
Aux éclats de mes espérances
Sans moyen d'en descendre
Je ne peux que contempler
Dans une torpeur éveillée
La dernière danse
De mes souvenirs qui s'évaporent
Pépites ternies d'or

mardi 10 mai 2011

Because I want You


Tu hantes mes nuits
Inlassablement
De ton ombre me subjuguant
Sans répit

Quelle douceur quelle douleur
Ô quel délice par Toi d'être torturé !
Quels affres odieux que ta splendeur
Que je n'ai de cesse de contempler

Lorsque tu échappes à mes efforts hors d'atteinte
Quand tu t'évades de mes mains
Quand tu te dérobe de mon étreinte
Flamme qui brûle sans lendemain

Je ne suis moi même que grâce à Toi
Que depuis que Tu es là

lundi 9 mai 2011

Cauchemar disparu

Ses voiles virginales gonflées par l'air marin, le voilier filait à vive allure sur la mer turquoise, son étrave fendant les flots dans des gerbes d'écumes. Accoudé au bastingage de proue, je me laissais envahir par cette atmosphère unique et paisible; l'azur était d'un bleu immaculé, aucun nuage ne troublait ce monochrome céleste, le soleil y brillait bien haut, dardant ses rayons sur la Terre, la couvrant d'une douce chaleur.
La sensation de mes pieds nus contre le bois chaud du pont m'emplissait de calme et de bien être. Je ne sentais plus mon pantalon de lin beige, ni ma légère chemise blanche à demi-ouverte sur mon torse hâlé.

Des embruns m'aspergèrent soudainement. Je restais figé quelques secondes, cloué sur place par la surprise. Puis, me rendant compte de ma posture ô combien ridicule, je me mis à rire aux éclats, m'essuyant le visage de la tranche de la main. J'avais été presque entièrement trempé par l'éclaboussure d'eau salée. Refrénant mon fou rire, je défis ma chemise, complètement détrempée, et l'étendis sur une balustrade pour qu'elle puisse sécher sous la douce caresse de l'astre solaire.

Je me dirigea vers le pont arrière pour aller m'étendre sur une des chaises longues qui s'y trouvait. Sa silhouette m'apparut alors que je dépassais le mât principal. Elle occupait un des transats, bronzant sous le soleil zénithal de ce début d'après midi.

Il se dégageai d'elle l'impression d'un félin endormi, sublime et captivant, mais aussi dangereux et mortel. Elle était là, étendue, son corps magnifique seulement recouvert par son deux pièces noir, ses cheveux flamboyants éparpillés autour de sa tête par la brise du large. Ses paupières closes soustrayaient à la face du monde ses pupilles hypnotiques, comme deux morceaux d'une soie incroyablement fine recouvrant des trésors sans aucunes pareilles.

Je m'arrêtais, envoûté par une telle vision, une vague de souvenir déferlait dans mon esprit.
Mes mains se souvenaient de la douceur de sa peau, de la rondeur de ses seins.
Mes lèvres se souvenaient du salé de ses larmes du délice de ses baisers.
Mes yeux se souvenaient de l'étincelle de désir et de malice qui brûlait dans son regard.

Sa voix suave me tira de ma rêverie :"Tu vas rester planté là encore longtemps ?". Reprenant mes esprits, je recommençais à m'avancer. Elle s'était redressé et me regardait, un sourire amusé accroché à ses lèvres fines. M'approchant d'elle, j'ouvris les bras pour l'enlacer tendrement. Mais, me gratifiant d'une grimace espiègle, elle se déroba en riant le long du bastingage.
Je la rattrapais en quelques enjambées, et, dans un éclat de rire, je l'immobilisais sur le pont. Voyant que la partie était perdue, elle cessa de se débattre et abandonna, arborant une mouemi-boudeuse, mi-rieuse sur son joli visage.

Nous partîmes dans un fou rire mutuel, et, desserrant mon étreinte, nous nous allongeâmes sur le pont, essayant de calmer notre hilarité sous le soleil brûlant.
Une ombre passa devant le soleil, brouillant sa lumière pendant quelques secondes.
Un grondement monta des profondeurs, grave et sourd il se répercuta tout le long de la coque du bateau.
Intrigué, je me relevai, et observai le ciel à la recherche de ce qui avait bien pu causer cette soudaine ombre. Mais strictement rien ne m'était visible. Je jetais alors un coup d'oeil par dessus bord, mais là encore tout était calme et pur. Pas le moins du monde intriguée par ces évènements, elle était retournée s'étendre sur les transats. Essayant de me persuader que j'avais rêver, je m’apprêtais à la rejoindre quand je la vis, et sa vision me glaça d’effroi. Une vague gigantesque obstruait l'horizon, avançant vers nous à une vitesse vertigineuse.

A peine eu-je le temps de me retourner que déjà elle était sur nous. La proue du bateau se souleva violemment, comme une vulgaire brindille ballottée dans un torrent. Le bois de la coque craquait de toute part, gémissant comme une coque de noix prise dans l'étau métallique et invincible d'un casse noix. Notre embarcation fut projetée en l'air et retomba lourdement au milieu des flots en furie et des éléments déchaînés. Je m'accrochais autant que possible à tout ce qui paraissait pouvoir tenir bon malgré les coups de boutoir de la tempête, j'essayais de progresser vers l'arrière malgré les vagues violentes qui venaient dévaster le pont et les coursives. Chacun de leurs assauts m'arrachait de mes prises et me rapprochait toujours un peu plus du bord.

Le ciel auparavant d'un bleu presque immaculé était désormais d'un noir jais, que déchiraient des éclairs blafards, éclairant de leurs flash laiteux le chaos régnant sur la mer tumultueuse. Une pluie diluvienne s'abattait avec vigueur sur l'océan, finissant de détremper tout ce qu'il avait épargné.

Bravant l'ouragan, je la cherchais du regard, à la fois espérant de tout coeur qu'elle ait pu se mettre à l'abri et terrifié par l'idée qu'elle ait pu être surprise et happée par les flots furibonds qui venaient exploser contre les flancs du bateau en de gigantesque gerbes d'écumes. Les embruns m'empêchaient de voir à plus de quelques pas devant moi, je ne distinguai même pas les formes vagues des transats, impossible de savoir si ils étaient toujours là ou si tout avait balayé par la furie destructrice de l'océan.

Tout était chaos. Ce qui avaient été bien rangé traversait désormais le pont, ballotté par les flots qui balayaient tout. La Destruction régnait sur notre embarcation.

Une poulie dévala à toute allure la coursive, fauchant tout ce qui se trouvais sur son chemin. Le temps de la voir arriver il était trop tard; elle percuta violemment mes chevilles me faisant chuter lourdement sur le dos. Bien que sonné, je cherchais par tout les moyens de me raccrocher à tout ce que je pouvais, mais tout cédait son mon poids et je glissai lentement vers les abysses déchaînées.

Mes mains battirent l'air d'une danse ridicule, dernière sursaut du condamné, dernière tentative désespérée avant le plongeon. Mais rien. Mes doigts effleurèrent un instant le bois de la balustrade, quelques secondes qui semblèrent infinies, et enfin je dégringolais.

Je heurtais la surface de l'eau comme un pavé dans une mare, la douleur qui envahit tout mon corps étaient insupportable, je désirais mourir immédiatement si seulement il était possible de me soustraire à son intensité atroce. Mais mon envie de survis était plus forte que ça, et dans un dernier effort je remontais à la surface.

Et là je la vis. Allongée sur un transat, comme depuis toujours. Le vaisseau fendait la tempête comme auréolé d'une vigueur invincible. Le soleil le précédait, les éléments se calmait devant lui et reprenait leur folie de destruction dans son sillage. Elle s'éloignait de moi, j'essayai de crier, de hurler son nom, pour l'avertir que je n'étais plus là, que je me noyais. Mais l'eau qui pénétrait dans mes poumons à chaque tentative étouffait mes cris, les transformant en gargouillis infâme et incompréhensible.

Je coulais. La surface s'éloignait de plus en plus. Le halo de lumière bleuté s'obscurcissait de plus en plus. Mes dernières bulles d'air montaient paresseusement vers l'air libre, emportant mes ultimes étincelles de vie. Les ténèbres prenaient possession de moi. Mes yeux ouverts ne regardaient plus rien. J'étais mort.

3h du mat' dans une chambre solitaire d'une ville tranquille.

Je m’éveille en sursaut, cherchant l'air qui me manque cruellement. Le même cauchemar depuis des nuits. Les mêmes fantômes qui me hantent. Disparu les rêves calmes et sereins, il ne reste qu'une plaine de cendre où rôdent les spectres du passé. Dire adieu à ce qui a fait ma vie pendant des mois. Faire le deuil. Accepter la place vide et froide dans son lit. Oublier ...

Renaissance


J'ai retrouvé mes griffes et mes crocs.
J'ai retrouvé ma fougue et mon égo.
Je me suis retrouvé moi, celui que je pense être réellement.
Maintenant, il est grand temps de vivre vraiment.

mardi 3 mai 2011

Bûcher éternel

Merveilleuse maîtresse
Douce compagne
Amante éperdue
Celle qui jamais ne s'en va
Celle qui sera toujours là
Dans la solitude
Dans le néant

Brasier implacable
Invincible
Bûcher éternel
Que rien ne peut circoncire
A qui rien ne peut faire barrage
Qui dévore tout sur son passage

Genoux coude mains épaules
hanche dos poignets pieds
Tout échappe à mon contrôle
Tout tombe en morceaux
Sous sa morsure

Même dans la mort
Elle sera là
Première & Dernière du début à la fin
Elle sera là

Rien n'est assez haut pour lui rendre hommage
Et tandis que je pleure
Retentit cette misérable Ode à ma Douleur

Encre & boisson

18/04/2011 - Tard dans la nuit

Nananana na nanananana [Houna - BB Brune]

Allez ! Chante ! Aime !
Il ne reste presque plus que ça dans la vie, la musique & la passion. Tout le reste est fade, stérilisé, aseptisé.
Les rebelles d'autrefois désinfectent leurs vies à grandes lampés de whisky quinze ans d'âge, dans de riches salons, en tirant quelques bouffées sur un cigare hors de prix.
Le cinéma est mort depuis longtemps, on commémore sa disparition à chaque blockbuster chiffrant dans les milliards de dollars. Pendant des milliers d'années, l'homme a évolué et s'est battu pour parvenir à se hisser au sommet; et aujourd'hui, il saccage sa réussite, tirant avec lui le monde dans la fosse commune.

So raise your glass high for tomorrow we die ! [Mama - My Chemicals Romance]

jeudi 28 avril 2011

Souvenirs de débats facebookiens tardifs.

"Dire que Colonel Reyel écrit des Textes c'est comme classer Titeuf aux cotés de Baudelaire et d'Appolinaire dans une collection de la Pléiade, c'est un non-sens et un meurtre culturel." B.

"Il est admis que les philistins cultivés le sont en effet et de plus en parle souvent. Cette citation a été inventée pour se protéger d'une infériorité de savoir. Tu en veux la démonstration ?" V.

mercredi 20 avril 2011

"Nous portons tous un masque, c'est bien connu; et vient un moment où nous ne pouvons l'enlever sans nous arracher la peau."
André Berthiaume

mardi 19 avril 2011

Nuit d'ivresse ...

Le mouvement de la couverture me réveille. Imperceptiblement, je te sens quitter le lit.
Je me retourne doucement et je t'observe te rhabiller, malsain et odieux voyeur que je suis. L'éclat de marbre de ta peau est progressivement occulté par des bouts de tissus indignes de couvrir pareilles merveilles.
Une marque rouge sang dans ton cou tranche avec cette pâleur irréelle, stigmate de la nuit qui vient de mourir, mon empreinte dans ta chair. De là où je suis, je devine même les sillons creusés par mes dents dans ta gorge.
Déjà, ton jean cigarette remonte lentement le long de tes jambes, moulant parfaitement chaque détail, chaque creux, chaque courbure. Tu fais ça avec un telle sensualité, une telle grâce que même l'observateur le plus frigide bout littéralement d'excitation et n'a plus qu'un seul désir, celui d'immédiatement t'ôter ce chiffon bien trop encombrant et de te sauter dessus, en proie à la plus primaire des pulsions.
Bientôt, ton t-shirt suit le même chemin que ton pantalon, recouvrant tes épaules menues, tes seins à croquer, tes hanches voluptueuses; tel le rideau du théâtre qui descend, signifiant la fin de la représentation.
Ici aussi le spectacle se termine, la nuit tire sa révérence malgré le bis repetita scandé par le parterre, chassé impitoyablement par le claquement de tes talons aiguilles sur le marbre noir du sol.
Tu t'arrêtes brutalement dans l'encadrure de la porte, et, te retournant vers le lit, tu me transperce de ton regard si irrésistible, tu poses sur moi tes pupilles magnifiques, tu me crucifies de tes yeux orgiaquement hypnotiques.
Pointant de ton index fin la blessure sanglante qui s'épanouit sur ta gorge délicate, tu me dis dans un feulement :
"La prochaine Nuit, je me vengerai pour ça ... "

samedi 16 avril 2011

Procrastinons mes amis.

Ma chambre est sombre, tout n'est que ténèbres, seul mon écran d'ordinateur jette une lueur blafarde sur mes traits fatigués. Arriverais-je à dormir paisiblement ce soir ? Ou, comme depuis deux nuits, vais-je être hanté par les cauchemars du passé ? Mes doigts dansent sur le clavier, le mélodieux cliquetis des touches emplit la pièce endormie, troublant la quiétude tranquille des lieux.

Une ombre est passé sur ces derniers jours ensoleillés, voilant leur éclat, altérant leur plaisir. Lentement, le cimetière de mon passé s'est animé. Les fantômes de mes souvenirs ont surgis de leurs sépultures, basculant leurs pierres tombales, brisant leurs gisants, et ont déferlés dans mon esprit en un torrent de sentiments oubliés.

J'avais fabriqué ces spectres terrifiants. Tout ce que j'avais enterré au fond de moi, parce que j'avais peur de l'affronter, parce que je ne voulais pas m'en séparer, parce que j'étais trop faible pour y faire face; tout ce que j'avais oublié sous un monceau de sentiments éclectiques; tout ces rêves avortés qui s'étaient transformés en regrets, pourrissant dans un coin de mon coeur; tout ce dont je pensais être à l'abri parce que j'avais mis un voile opaque dessus et que j'avais fait mine de ne plus les voir; tout ça avait fini par ressortir un jour, et m'explosait maintenant en pleine figure tel un mauvais paquet surprise.

De vieilles blessures se rouvrent. Le sang coule à nouveau, à gros bouillons.