Le jour se levait. Le soleil embrasait l'horizon, boutant le feu au ciel tout entier. Des traînées sanglantes envahissaient le firmament, chassant les ténèbres bleutées et marquant ainsi l'avènement d'un nouveau jour.
Tout, autour de nous, apparaissait à nouveau, s'extirpant progressivement des limbes nocturnes. Les grattes ciel crevaient progressivement le sombre voile, leur carcasse de verre et d'acier brillant de mille feux dans l'aube naissante.
Nous étions seul sur notre banc, admirant l'astre suprême gravir la voûte céleste, se mirant dans la surface lisse du lac à peine troublée par une légère brise.
Déjà quelques oiseaux pépiaient joyeusement dans les branchages et les insectes les plus dévoués bourdonnaient dans l'air encore frais.
Un gargouillis écoeurant vint briser l'atmosphère calme et paisible qui régnait dans le parc.
Tournant légèrement la tête, je vis ce que je m'attendais à voir. Ma compagne d'une nuit était pliée en deux, le contenu de son estomac gisant à ses pieds. La soirée avait été peut être un peu trop extrême pour elle. Les bouteilles s’amoncelaient au pied du banc, la plupart vide, d'autre pas tout à fait. Finissant de régurgiter ses entrailles elle bascula vers l'avant, s'affalant par terre, baignant à moitié dans son vomi. La soirée avait été définitivement trop extrême pour elle.
Pitoyable.
Me désintéressant complètement de son sort, mon regard se perdit dans le vague.
J'affectionnai particulièrement cet instant précis de la journée, celui où le jour rencontre la nuit, celui où réalité et rêve se heurtent violemment.
Les bonnes moeurs reprenaient leurs droits.
Un quadragénaire s'extirpa discrètement des profondeurs d'un buisson. Il s'arrêta quelques instants, réajustant le col de sa chemise, puis il se dirigea vers le café le plus proche, sûrement pour prendre son petit déjeuner avant de rejoindre son poste. Une seconde silhouette sortit à son tour de l'ombre, à la suite de la chemise blanche. Grande, élancée, sûrement une des nombreuses putains qui prenaient possession des recoins obscures du parc à peine le crépuscule apparut. Elle se dirigea vers nous, en fin plutôt vers moi vu que la fille était partit exploré un autre monde, rabattant sa robe et remettant sa longue chevelure platine d'une main. Ce ne fut que lorsqu'elle parvint à ma hauteur et me demanda une cigarette que je vis qu'elle n'était pas tout à fait "elle". Ses traits carrés et sa démarche un peu trop accentuée le trahissait. La seule réponse que je fut en mesure de lui faire fut :"Désolé, j'en ai pas, j'ai taxé." et je contempla cet OVNI, ce monstre aux yeux des biens pensants, quitter ce monde qui ne le jugeait pas et l’accueillait à bras ouverts pour retomber dans la société qui le haïssait et le rejetait.
Dans cette ville grise, carré, bien ordonnée, monotone, le parc était le Chaos, une dépravé dans un couvent, une étincelle de folie dans un esprit logique; l'endroit où l'homme avait parqué l'inorganisation et la liberté de la Nature. Il était un phare dans la nuit pour les rejetés, les parias, tout ceux qui le jour était mis à l'écart mais qui, une fois les ténèbres tombées, devenaient les rois. Tout y était possible, les fantasmes y devenaient réalité une fois la nuit tombé. Et l'espace de verdure que l'homme pensait contrôler le jour se libérait à la faveur de l'obscurité, ouvrant son sein à tous ceux qui souhaitaient vivre.
Les vrombissements rageurs d'une tondeuse me tirèrent de ma rêverie. Il était déjà presque sept heure. L'Homme reprenait la main sur le monde. La plupart de nos camarades de débauche étaient soit rentrés chez eux, soit ronflaient dans un buisson, récupérant de la soirée que nous venions de passer. La loque qui trônait à mes pieds ne semblait pas en mesure d'aller plus loin que là où elle était vautrée. M'écartant d'elle non sans un certain dégoût, je m'en fus dans le jour naissant, réintégrant un monde qui ne voulais pas de moi et dont je ne voulais pas, me promettant de revenir la nuit suivante, revenir dans mon monde.
B.
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