samedi 20 août 2011

Réveil passé

Une nuit. Une ville. Un immeuble. Un appartement. Une soirée.
Des gens.
Tous s'amusent, un verre à la main. Tous profitent, chacun à sa manière. Ils sont tous différent. Et pourtant ils sont tous réunis dans une même communion festive.
Un seul d'entre eux semble extérieur à cette débauche de plaisir. Il est assis dans le fond d'un fauteuil, une bouteille de champagne à la main et contemple l'orgie qui se prépare sous ses yeux. Il voudrait y prendre part, en devenir le roi, leur empereur à tous, comme avant, comme il y a deux ans. Comme lorsqu'il était le maître de la nuit.
Mais cette maîtresse volage était partie en claquant la porte dès qu'il s'est attaché à elle, à l'autre. La nuit ne tolère aucune concurrente, elle n'accepte pas de partager, exclusive avec elle c'est tout ou rien.
Et depuis ce jour, il l'a perdu.
Au début il le vivait bien, très bien même, il se sentait enfin reposé, il voyait la vie tel qu'elle était, sans fard et sans masques.
Mais le bonheur n'existe pas.
Tout ce qui existe est une mascarade de bonheur, une comédie, une farce qui est loin de durer éternellement. Et c'est lorsque la pièce se termine que l'on se rend compte de son erreur.
Il avait tout perdu.
Et en l'espace de quelques mois il se rendit compte qu'il avait revêtu un masque qu'il ne supportait pas, un masque qui lui brûlait la peau mais qu'il n'arrivait pas à arracher de son visage. Et ce masque, ce carcan, cette prison dans laquelle il s'était lui même enfermé entravait désormais ses actions sans qu'il puisse s'en évader autrement que par l'esprit, enfermé dans ses masturbations intellectuelles et ses rêveries utopiques.

Une ombre passa devant ses yeux perdus dans le vague. Reprenant pied dans la réalité il réalisa que l'ombre était une main; une main d'une finesse exquise qui se prolongeait sur un bras tout aussi sculptural rattaché à un corps magnifique, d'une beauté prédatrice. Yeux noisettes, chevelure flamboyante savamment désordonnée. Son regard dévorait tout ce sur quoi il se posait, immolant l'âme de ses victimes en quelques instants.
Et là il su.
Il su qu'il avait trouvé sa raison de vivre, retrouvé sa vie, redécouvert l'avatar de sa déesse passée.
Son corps entier fut parcouru par un frisson de plaisir intense. Ceux qui aurait pu le remarquer aurait pensé que c'était le champagne, dont il avait descendu la quasi totalité de la bouteille, qui commençait à lui ravager les neurones.
Mais il n'en était rien.
Lui seul savait que ce frisson n'était en aucune sorte lié à l'alcool, ce frisson c'était la vie qui revenait en lui, qui envahissait chacun de ses nerfs, qui coulait dans son corps comme un élixir de jouvence; c'était son esprit qui explosait enfin sa prison de titane et reprenait le contrôle; c'était la nuit qui revenait vers lui pour l'habiter à nouveau, comme avant, il retrouvait son trône, il retrouvait sa couronne, son étendard flottait à nouveau au vent.
Il était de retour.
Sa magnifique mais non moins dangereuse nouvelle muse lui dit alors de sa délicieuse voix :

"Salut, je m'appelle ... "

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire