Morphée est là, devant moi, me surplombant de toute sa splendeur et sa grâce. Il est descendu de la voûte céleste sur un escalier d'étoiles et de feu, son sac chargé de songes et de rêves, d'illusions nocturnes et de cauchemars. Il a déjà charmé tout les autres, qui se sont évadés, les uns vers des Edens dont eux seuls ont le secret, les autres vers des abysses de ténèbres et de souffrances. Avec ce prodigueur de repos il n'y a pas de juste milieux, plaisirs ultimes ou terreurs innommables. Plonger la main dans sa besace s'apparente à une roulette russe des songes, quitte ou double, pas d'échappatoire.
Il me regarde, plongeant son regard magnifique et sans âge dans mes yeux misérables de pauvre mortel.
Il attend mon accord.
Il attend que ma main vienne choisir ce qui peuplera ma nuit.
Mais je ne veux pas.
Voyant que je ne réagis pas, il s'exprime alors, de la plus belle voix qui soit, une voix qui n'appartient à aucun être de chairs et de sang. Ses lèvres fines me murmurent des promesses de paradis éternels, de félicités divines. Sa voix enchanteresse me fait imaginer des banquets somptueux auxquels je siégerais en roi, faisant bombance jusqu'à la fin des temps. Dans ses yeux miroitent les reflets de la plus exquises des ambroisies, des pierres précieuses les plus pures, de monceaux d'or et de richesses inimaginables.
En vain.
J'ai vu les plus beaux yeux du monde, semblables à des dieux d'argent tenant des joyaux ambrés dans leurs mains; j'ai entendu la voix la plus exquise de cette Terre, musique de paradis, d'une douceur superbe; j'ai goûté aux lèvres les plus parfaites de cette réalité, bouche de prédatrice, dont les baisés ma promettaient des nuits de pures jouissances. Cette rêverie éveillée était là, allongées à mes côtés, luttant elle aussi contre ce tentateur nocturne.
Voyant notre résistance acharné pour ne pas plonger avec lui dans son abîme de songe, Morphée s'esclaffa et, rejetant sa cape étoilée sur ses épaules, il nous regarda une dernière fois de sa voix céleste et profonde :
"Lorsque l'on s'éveille, que ce soit d'un rêve ou d'un cauchemar, on sait que c'était irréel, que c'est fini. Mais lorsque le rêve est vivant, il ne meurt jamais, il ne disparaît jamais, et lorsque la rêverie prend fin, le retour à la réalité est des plus douloureux. Ce qui était rêves, rires et passion deviendra inexorablement cauchemars, larmes et sang. Et là tu me supplieras de t'épargner, de t'offrir mes services, mais tu m'as rejeté, prépare toi à dire en pleurant : Ave Morphe morituri te salutant."
Aujourd'hui, quand le soleil plonge derrière l'horizon, lorsque l'obscurité monte sur le trône, que tous autour de moi s'endorment, il vient me narguer, dansant sur la place vide et froide à mes côtés. Je me suis refusé à lui une fois pour prolonger mon rêve, désormais c'est lui qui se refuse à moi, m'interdisant ses Edens et ses purgatoires irréels, me laissant gésir dans ma douleur et mon chagrin.
Il me regarde, plongeant son regard magnifique et sans âge dans mes yeux misérables de pauvre mortel.
Il attend mon accord.
Il attend que ma main vienne choisir ce qui peuplera ma nuit.
Mais je ne veux pas.
Voyant que je ne réagis pas, il s'exprime alors, de la plus belle voix qui soit, une voix qui n'appartient à aucun être de chairs et de sang. Ses lèvres fines me murmurent des promesses de paradis éternels, de félicités divines. Sa voix enchanteresse me fait imaginer des banquets somptueux auxquels je siégerais en roi, faisant bombance jusqu'à la fin des temps. Dans ses yeux miroitent les reflets de la plus exquises des ambroisies, des pierres précieuses les plus pures, de monceaux d'or et de richesses inimaginables.
En vain.
J'ai vu les plus beaux yeux du monde, semblables à des dieux d'argent tenant des joyaux ambrés dans leurs mains; j'ai entendu la voix la plus exquise de cette Terre, musique de paradis, d'une douceur superbe; j'ai goûté aux lèvres les plus parfaites de cette réalité, bouche de prédatrice, dont les baisés ma promettaient des nuits de pures jouissances. Cette rêverie éveillée était là, allongées à mes côtés, luttant elle aussi contre ce tentateur nocturne.
Voyant notre résistance acharné pour ne pas plonger avec lui dans son abîme de songe, Morphée s'esclaffa et, rejetant sa cape étoilée sur ses épaules, il nous regarda une dernière fois de sa voix céleste et profonde :
"Lorsque l'on s'éveille, que ce soit d'un rêve ou d'un cauchemar, on sait que c'était irréel, que c'est fini. Mais lorsque le rêve est vivant, il ne meurt jamais, il ne disparaît jamais, et lorsque la rêverie prend fin, le retour à la réalité est des plus douloureux. Ce qui était rêves, rires et passion deviendra inexorablement cauchemars, larmes et sang. Et là tu me supplieras de t'épargner, de t'offrir mes services, mais tu m'as rejeté, prépare toi à dire en pleurant : Ave Morphe morituri te salutant."
Aujourd'hui, quand le soleil plonge derrière l'horizon, lorsque l'obscurité monte sur le trône, que tous autour de moi s'endorment, il vient me narguer, dansant sur la place vide et froide à mes côtés. Je me suis refusé à lui une fois pour prolonger mon rêve, désormais c'est lui qui se refuse à moi, m'interdisant ses Edens et ses purgatoires irréels, me laissant gésir dans ma douleur et mon chagrin.
J'avais le pouvoir. Je menais la partie. J'ai perdu.
Le tortionnaire est devenu le torturé.
Alea Jacta Est.
Le tortionnaire est devenu le torturé.
Alea Jacta Est.
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