"Je me meurt. Comme une plante qu'on a oublié d'arroser. Mon esprit se fane, tel une rose se flétrissant sous le temps assassin.
Ma solitude m'étouffe. Pourtant je n'ai jamais été aussi entouré. Mais aucun d'eux n'a touché les abysses que j'ai visité et dans lesquels j'ai replongé, prisonnier à jamais des limbes et de leurs chaînes infinies.
De temps à autres J'arrive à m'en extirper, frôlant des doigts une réalité idyllique et utopique que je suis incapable de me construire.
Un jour, un homme a dit :"Heureux les simples d'esprit." Pendant longtemps je n'ai pas réussi à comprendre en quoi ne pas pouvoir réfléchir au plus haut était une bénédiction. Aujourd'hui je le comprends. L’intelligence n'est pas un don, c'est plutôt une malédiction. Comprendre plus vite que tout le monde, appréhender des concepts en quelques minutes que certains mettront des jours à assimiler, réfléchir à la vitesse de la lumière; tout ça paraît alléchant, hein ?
Détrompez-vous.
Très vite le monde vous apparaît fade et insipide, plus rien n'a d’intérêt, le bonheur irréel que le commun des mortels atteint béatement vous est interdit, car vous vous savez qu'un tel bonheur n’existe pas, vous savez que ce n'est que pure invention. Et ce cancer vous ronge tel une gangrène irrésistible.
Les échappatoires sont nombreux.
Et certains d'entre nous arrivent à s'en sortir, à se sauver de cette existence sans but, sans goût, sans vie. Ils s'en sortent en reniant une part de leur malédiction, en acceptant que tout ne peut être compris et que le bonheur peut exister si on y croit plus que tout.
Mais moi je fais parti de ceux qui ne s'en sortiront pas. D'aucun diront que c'est par arrogance et par fierté, qu'ils pensent ce qu'ils veulent, ils ne savent pas la torture que nous devons endurer, le prix à payer pour un tel don.
"Précoce.","Surdoué.", ces mots résonnent agréablement à l'oreille du tout un chacun, ils envient ceux qui ont reçu ce "don". Mais nous, solitaire dans notre tour d'ivoire, nous les envions aussi dans leur existence béate faite d'incompréhensions et de croyances aveugles en des phénomènes qui échappent à leur entendement.
N'allez pas croire que nous réussissons toujours tout. Nous sommes en dehors du système, nous échappons aux cases dans lesquels vous entrez si aisément, formaté pour votre existence future, et cette incapacité de rentrer dans cette matrice, dans ce programme, fait de nous des semi-parias qui nous distinguons surtout par nos échecs plus que par nos réussites.
Oh bien sûr certains s'en sortent brillamment et deviennent ce qu'on appelle communément des génies, des prodiges. Mais, combien de ces grands hommes ont finis dans l'alcool, la drogue et la dépression jusqu'au seuil mortel ?
Beaucoup trop.
Et encore plus de ces génies en devenir, de ces hypothétiques futurs prodiges ont été haché par une existence qui les a dévoré, vampirisé jusqu'à n'en laisser que des carcasses vides et informes, parfois au sens littéral.
L'oubli de moi même est la seule solution que j'ai trouvé pour échapper à ce destin pourtant si inéluctable. Soirée, beuverie, débauche, brûler la vie par autant de bout qu'il est possible pour éviter à tout prix d'être immolé sur son autel.
"Cette douleur est comme une écorchure au palais, qu'on ne doit surtout pas toucher pour qu'elle puisse cicatriser mais qu'on ne peut s'empêcher de lécher." FC
Il est des soirs solitaires comme celui ci où j'aimerais me presser le cerveau pour en extraire le trop plein, comme on presse un furoncle pour l'assainir, j'aimerais évacuer cette surcharge et devenir médiocre, transparent, normal.
Égoïste, orgueilleux, arrogant, affabulateur, c'est ce que certain penseront en lisant ces lignes; les autres penseront que ce n'est que pure fiction et que cet amas de mots déprimant vient se classer à la suite de mes autres écrits. Si c'est ce qu'il vous est agréable de penser, grand bien vous en fasse, mais c'est qu'alors vous nous connaissez mal.
Très mal."
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