Il est 15h. Dehors, à travers les volets à l’espagnolette, je contemple le ciel gris, les rafales de gouttes de pluie qui tombent en rangs serrés, telle une innombrable armée en marche pour la bataille, détrempant, noyant tout. Le soleil a disparu, remplacé par ce monochrome maussade et triste.
La couette remue vaguement sur mon lit. Ce mouvement, malgré sa légèreté, m'arrache à la contemplation de cette morne journée d'automne.
Elle est là, étendue, emmitouflée dans les couvertures, endormie. Elle emplie la chambre, ma chambre, de sa présence, tout l'univers dans cette pièce, des murs écrus au parquet de merisier, de la commode à la bibliothèque, tout et tous semblaient retenir leur souffle pour pouvoir la laisser continuer de dormir, de rêver, de me faire rêver.
Elle ressemble à ces récites mythologiques dans lesquels le héros surprend une fée, une nymphe ou une muse, sagement endormie dans l'herbe. Sa crinière flamboyante s'est dispersée sur l'oreiller, créant autour de son visage, d'une finesse et d'une beauté exquise, un halo chaleureux, une couronne de lumière chatoyante qui tranche avec l'atmosphère grise et pâle de cet après midi d'Octobre.
Je m'abîme dans la contemplation de ses traits délicieux. Le temps semble s'être suspendu, arrêté, capturé par ses paupières lorsque celles ci se sont doucement fermées.
Quand elle se réveillera elle me dira sûrement que je n'aurais pas dû l'attendre, que j'aurais dû vaquer à mes occupations, faire autre chose. Mais elle ne sait pas quel délice c'est que de la regarder dormir.
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