Les ruines d'une soirée passée peuplent et habillent mon appartement d'une magnifique parure. Les bouteilles vides se fondent harmonieusement dans ce décor décadent. Des tasses et des verres, improvisés en cendriers de fortune agrémentent les rares espaces encore inoccupés.
L'air est lourd, empli des odeurs de la nuit; ça sent l'alcool, le tabac et le sexe, ça sent le shit, la vodka et le latex. Mon autre monde se déploie sous mes yeux dans toute sa splendeur et sa monstruosité.
Mon Zippo claque bruyamment dans le silence pesant. Je tire sur ma cigarette à grandes bouffées, j'avale goulûment l'essence de la mort et de l'auto destruction. Tout mon être se détend, ma vision se voile.
Pour la première fois depuis une semaine, je suis bien.
Dans les volutes de fumée opaques se découpent les fantômes de mes comparses d'orgie, les spectres de mes camarades de beuveries. Et avec eux apparaissent des souvenirs oubliés de soirées dantesques, de fêtes magnifiques que nous avons poursuivies jusqu'à des heures indécentes, jusqu'au moment où la nuit n'est plus , où le jour n'est pas encore, écroulés sur le carrelage ou sur des canapés, goûtant à cet instant unique, nous enivrant de sa magnificence, nous étions tous des dieux, hors de l'espace et du temps, nous touchions la plénitude du bout des doigts. Nous étions invincibles et immortels, splendides et éternels; des divinités nocturnes que plus rien ne pouvait atteindre.
Une légère brise disperse ces arabesques grises, mes yeux se dessillent, la réalité me réapparaît brutalement, comme si je venais de heurter un mur de brique, comme le réveil nous arrache à un rêve paradisiaque.
Je ne suis plus bien, je suis seul.
Ces jours glorieux ne sont plus, ils font désormais partie des méandres de ma mémoire et du passé. Mon appartement, mon univers vit ses dernières heures. Demain, tout disparaîtra dans sa poigne de fer. Il m'arrachera à ce paradis artificiel pour me plonger dans cet enfer bien réel avec cette phrase bien à lui :
"Maintenant, fini de jouer."
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