Il monte dans le train, suppositoire d'aluminium éventré par de grandes vitres aux teintes choisies par les occupants du wagon après un débat acharné qui bien souvent durait la totalité du trajet. Très à l'aise dans son complet croisé turquoise en laine de lama, à la pointe de la mode en ce moment, il prit place sur son siège après avoir consciencieusement délogé le précédent occupant, un enfant de huit ou neuf ans, à grands renfort de coups de pieds, rendus diablement efficace grâce à ses chaussures en peau de lapin à bouts ferrés et ornés de petites pointes rouillées.
Il se permit un instant de détente après cet effort presque inhumain, son fauteuil n'avait pas été trop abîmé par la bagarre il pouvait donc pleinement goûter à son moelleux et à son odeur musquée. Le début de sa mission se déroulait bien, il était mandaté par la Haute Agence de Tests Environnementaux, dont dépendait le service de météorologie, pour allez observer un important rassemblement de cumulo nimbus rosâtre qui s'était écartés de leur itinéraire de départ. En sa qualité de Compteur de Nuage Agréé il devait donc dénombrer les déserteurs pour communiquer leur signalement à son administration qui enverrait ensuite les Aspirateurs de Nuage pour régler le problème.
Ne souhaitant pas participer au débat sur la couleur des vitres cette fois-ci, Marc préféra faire le point sur sa vie, son existence et le sens qu'elle prenait. Après un double doctorat en Météorologie Aléatoire et Enfumage des Masses, cursus obligatoire pour briguer un poste au sein de la prestigieuse H.A.T.E, il a fini dernier de sa promo, malgré l'acharnement de certains de ses camarades pour le détrôner, ce qui lui à ouvert en grand les portes de l'Agence et il a ainsi pu obtenir une place au service météorologique, rêve qu'il chérissait depuis tout petit. Et maintenant quoi ? Il était beau, riche, reconnu, énormément demandé, mais il avait tout accomplie, il possédait tout. Cette existence commençait à l'ennuyer et il réfléchissait donc aux nouveaux rêves qu'il allait commander via la vente par correspondance pendant que ses compagnons de voyage était entrain de s'étriper pour savoir qui du vert vomi ou du rose barbe à papa allait habiller les baies vitrées.
Marc releva légèrement les pieds pour sauvegarder ses précieuses chaussures des rigoles de sang qui commençait à envahir le sol du wagon. Décidément, les voyages en train n'était pas fait pour les gens de son importance, la prochaine fois il prendrait une fusée. La bagarre, maintenant devenue mêlée générale à mesure que les voyageurs arrachaient les sièges pour se les projeter violemment dessus, avait considérablement réchauffer l'air et Marc commanda donc un mini blizzard dans le coin arrière droit du wagon selon un angle précis pour ne pas que l'air froid ne le décoiffe. Les personnes les plus proches furent immédiatement congelées et moururent dans d'atroces souffrances, les suivantes se ruèrent à l'opposé des vents froids tourbillonnant, laissant provisoirement de côté leur différent chromatique pour sauver leurs vies. La plupart changèrent de voiture, quelques uns furent impitoyablement piétinés pendant la cohue.
Pendant que la porte du wagon se refermait, Marc entendit des exclamations l'informant que les nouveaux occupants n'aimaient pas la couleur marron étron que la majorité avait choisi dans l'autre wagon déclenchant une nouvelle altercation. Se renfonçant dans son fauteuil, une légère brise fraîche dans le cou, Marc ferma les yeux et s'endormit dans son wagon désormais presque vide, bercé par le bruit sourd du combat voisin et les râles des mourant qui agonisait sur le sol.
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