Il entre dans la pièce. Le soleil est en train de se coucher, les stores laissent passer la lumière mourante en raies orangés qui lacèrent la pièce à grands coups de griffes. Tentant d'attraper la bouteille de vodka qui traîne là, il effleure le goulot du bout des doigts et s'immobilise, fasciné par la transformation progressive du verre en poussière. Faisant un nouvel essai, il pose ses deux paumes sur son oreiller qui à son tour part en cendre qui se mettent à voleter dans la chambre. Il se déchaîne alors, bibliothèque, bureau, collection de La Pléiade, armoire, fringue de créateur, bar, tout ce sur quoi il pose ses mains part en poussières et en cendres obscurcissant l'atmosphère, rendant presque palpable les tranches de lumières.
Tout à coup il s'arrête, immobile dans la pluie grisâtre qui tombe dans la chambre. Tout a disparu, tout a été détruit. A l'exception d'un fauteuil, qui trône là, solitaire au milieu du carnage. Tout en faisant bien attention à ne pas le toucher de ses mains, il s'assoit dedans et s'enfonce dans l'étreinte des accoudoirs. Puis, d'un geste précis et efficace, il enfonce ses deux mains dans sa poitrine et en extrait son coeur. Il le regarde palpiter, posé là sur ses paumes grandes ouvertes, il le regarde se consumer dans un léger crépitement. Lorsqu'il n'est plus que cendre il souffle doucement dessus, les dispersant dans l'air déjà surchargé.
Puis il ferme les yeux et expire longuement, attendant que la nuit l'engloutisse complètement pour la dernière fois.
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