mardi 23 novembre 2010

Libre ...


La brise nocturne me gifle le visage. La clameur de la ville me parvient depuis l'avenue en contrebas, étouffée par la hauteur, diluée par la bourrasque. Bouillie sonore infâme de klaxons et de vrombissements de moteurs, de musiques et de cris, de discussions et d’aboiements.
La morsure des premiers froids de Décembre me mange les joues et dévore ma peau découverte. En fait, seules mes jambes sont protégées par un simple pantalon de soie. C'est agréable d'être presque libéré des chaînes qui nous maintiennent dans le carcan inconfortable de la vie.
Toutes ces chemises bien coupées, toutes ces vestes ajustées au millimètres près, toutes ces chaussures impeccablement cirées et conçues, tout ces pantalons qui tombent juste. Ils sont impersonnels, affreux, gênants, inutiles.
Pas de portables qui sonnent sans arrêt. Plus d'ordinateur captivant. Disparu le bipper insupportable. Inexistant les plannings éreintant. Il n'y a plus que la longue plainte tapageuse du monstre urbain qui monte des ses entrailles pour se noyer dans le silence du firmament.
Le vent siffle désagréablement à mes oreilles. Les graviers s'incrustent douloureusement dans mes pieds nus. Les innombrables gouttes de pluie transperce ma chair fragile comme autant d'aiguilles gelées. Les larmes me brûlent les yeux. Je ne sais si je pleure de joie ou de tristesse, de plaisir ou de souffrance.
Qu'importe.
Bientôt, le whisky va tout emporter, tout balayer, larmes, froid, douleur, doutes, pour ne laisser derrière lui qu'une béatitude extatique.
Un frisson me parcourt l'échine, remontant du bas de mon dos pour venir mourir sur ma nuque. Mes doigts s'engourdissent un peu sous l'effet de l'alcool. Une douce chaleur bienfaitrice se déverse dans mon estomac et envahi tout mon corps, le remplissant d'une sensation d’apaisement enivrante. J'ôte mon pantalon. Je suis nu. Il ne me reste plus qu'un infime obstacle à la liberté ultime.
Rien qu'un pas.
L'apothéose de ce moment, le plus grand de toute ma vie, réside dans l'accomplissement de cette petite action. Un geste de tous les jours, quotidien, banal, qui revêt maintenant une dimension et une importance stratosphérique.

J'avance doucement mon pied.
Je ferme les yeux.
Je goûte pleinement à cette jouissance finale.
Que c'est bon d'être enfin complètement libre

1 commentaire:

  1. J'avais pas lu la fin ^^

    La photo va magnifiquement bien avec ton texte (j'aime!)

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