Dans l'immensité des nuances de bleu de l'océan seul quelques tâches de couleurs brisent la monotonie de ce monochromatique chef d'oeuvre océanique. Ce sont d'orgueilleux poissons ou coquillage, les élites d'Océania, la métropole la plus peuplée des mers du monde. Ces colorés nobliaus ne sont pourtant pas les plus puissants et les plus importants membres de l'aristocratie sous marine. Le pouvoir le plus puissant et le plus important est celui qui est caché, c'est pour cette raison que rare sont les citoyens d'Océania qui savent que le vrai pouvoir s'est depuis longtemps soustrait à la lumière dans les profondeurs abyssales, et régie le monde mari depuis ces gargantuesques blessures de la croûte terrestre.
Une tâche mordorée virevolte entre les coraux, flirte avec les dauphins, effleure les anémones, charme les baleines. Balthazar est l'un de ces princes orgueilleux et tout puissant, rien ne lui résiste; sa robe fait chavirer le coeur de même la plus froide des roussettes et son beau parler trompe même la plus suspicieuse des tortues. Descendant de la riche et fière famille des daurades, il est l'un des plus beaux d'entre tous les princes sous marins. Mais il est aussi l'un des plus cruel d'entre eux; on ne compte plus le nombre de ses rivaux qui ont disparu dans l'estomac de sa murène.
Ce jeune prince déjà si puissant avait tout: de l'argent, des coraux, des femmes; mais pourtant la seule chose qu'il voulait, qu'il désirait par dessus tout c'était le ciel. Son appétit de conquête s'était heurté à un obstacle invisible et invincible. Il avait envoyé des bataillons entiers de poissons chats, des patrouilles de poissons clowns, des escadrilles de raies et des hordes de crevettes, mais seul de rares survivants revenaient et ce qu'ils décrivaient était pire que l'enfer. Des mailles métalliques fauchaient leurs rangs alors que la surface était encore loin, des crochets acérés piégeaient les moins attentifs; mais ce n'est qu'une fois en haut que la véritable boucherie commençait. Des démons volant désorganisaient les formations à grands coups de becs tranchants, puis les requins se joignaient au banquet, suivit de près par tous les autres prédateurs marins.
Le prince frustré devait se contenter des récits des baleines et des dauphins de passage, qui, parfois, faisaient une furtive incursion dans le monde du dessus. Plus sa frustration grandissait et plus sa cruauté empirait. Il ne pouvait avoir ce qu'il voulait et il détruisait ce qu'il avait. Plus son royaume s'effondrait et l'entraînait vers le fond et plus il se débattait pour monter toujours plus haut.
Son destin et ses juges l'attendaient dans les abysses alors que lui voulait mourir au soleil.
La vie est injuste.
Mais c'est la vie et on ne peut malheureusement pas y échapper.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire