samedi 12 février 2011

Nuit Finale.

Toutes les lumières étaient éteintes, aucunes bougies ne brûlaient dans les élégants photophores en cuivre bleuté, et, pourtant, on voyait dans la chambre presque comme en plein jour. La lumière pénétrait par éclats à travers l'immense baie vitrée qui n'était pas obstruée par les lourds rideaux de velours pourpre la couvrant habituellement. Les formes occupant la pièce se découpaient dans l'obscurité aux rythmes des flash aveuglants qui transperçaient la pénombre feutrée de la gigantesque chambre.

Dehors, le monde courait à sa perte. Tous s'effondrait, tout brûlait, tout était anéanti dans le dernier conflit des humains, celui qui broiera définitivement toutes traces de leur civilisation dans le creuset de la guerre et de la violence. Dans un ultime élan d'égocentrisme et de stupidité qui sied tant à sa race, l'homme avait déchaîné contre lui même tout ce que son intelligence supérieure et sa science lui avait permis d'inventer comme moyen de destruction. Tandis ce que la Terre hurlait de douleur, torturée par les explosions qui la ravageaient, certains se battaient pour survivre une seconde, une minute de plus, se précipitant toujours un peu plus vers le bord du précipice; d'autre tentaient vainement de fuir, courant de toute leurs forces devant la Mort, juge implacable et infatigable qui venait réclamer son dû en cette veille d'apocalypse, qui, juché sur son char mortuaire, fauchait les vies par poignée, riant à gorge déployée au milieu du carnage

Dans une danse lascive, elle rejeta ses magnifiques cheveux bruns en arrière, se redressant au dessus de lui alors qu'une gerbe de lumière orangée inondait la pièce de sa vive clarté, et elle s'offrit à la nuit. Elle lui offrit un kaléidoscope sensuel d'ombre et de lumière, chorégraphie orgasmique à la gloire de la nudité, fantasmagorique spectacle de son corps nu s'abandonnant aux plaisirs charnels submergeant son esprit, saturant ses pensées, déversant dans chaque parcelle de son intellect une vague de désir irrésistible. Les courbes de son corps, d'une beauté divine, se découpaient dans l'obscurité. La pointe de ses seins déchirait le voile ténébreux qui s'effondrait, s'effritant en lambeaux sur la cambrure de son dos, caressant la rondeur de ses fesses, coulant le long de ses cuisses jusqu'à se fondre dans les draps de soie noirs qui enserraient ses pieds et ses genoux. Un nouvel éclair illumina la pièce, révélant la beauté irréelle de son visage; l'éclat de ses yeux verts comme celui de milliers d'étoiles malicieuses, le rouge carmin de ses lèvres enserrant ses dents immaculées, pointant tels des crocs acérés prêt à mordre leur proie, la courbe de son nez et de ses pommettes, perfection absolue taillée dans le marbre blanc de sa peau.

Les explosions déchiraient les murs de béton et d'acier. Des immeubles s'écroulaient, ensevelissant leurs habitant dans leur dernière demeure. Des éclairs zébraient le ciel et les brasiers se multipliaient malgré la pluie torrentielle qui s'abattait sur la Terre, comme si le ciel pleurait, de joie ou de tristesse, la disparition de l'être le plus évolué que la planète n'ait jamais connue. La nuit était illuminée par les déflagrations, ultime feu d'artifice que l'homme s'offrait à lui même pour célébrer son anéantissement.

La nuit gémissait. La nuit hurlait de désir. La nuit la voulait. Elle voulait son corps. Elle voulait son âme. La nuit voulait faire d'elle son héraut. Celle qui brandirait bien haut son étendard décadent. Celle qui porterait fièrement ses couleurs gravées à vif dans sa chair.

Échappant d'un coup de rein aux griffes de la nuit et tandis que celle ci hurlait de rage et de désespoir, elle replongea sur lui tel un fauve sur sa proie, ne lui laissant aucune chance de s'échapper. Il était perdu d'avance. Ses gémissements faisaient écho à ceux de la nuit. Son corps entier était traversé par des frissons de plaisirs. Il était entièrement vulnérable, à sa merci. Les crocs de son prédateur effleurèrent sa peau de leurs pointes effilées, laissant dans sa chair la trace de leur passage.
Leurs caresses allaient toujours plus loin, toujours plus osées, toujours plus sensuelles. Leurs corps ondulaient langoureusement, vibrant ensemble sur le même rythme de débauche. Elle donnait la cadence. Elle contrôlait la moindre parcelle de plaisir qu'elle lui procurait. Elle le faisait languir, elle jouait avec lui et avec elle même, elle décidait de tout et elle aimait ça.

A l'extérieur, la Terre hurlait sa souffrance au ciel. Des fissures s'ouvraient partout, engloutissant épaves, cadavres, ruines dans un même mouvement, du magma en fusion se déversait de ces cicatrices béantes. Et alors que l'apocalypse finissait d'asseoir son règne sur la Terre, le luxurieux ballet jouait son tableau final, feu d'artifice de dépravation, monumentale explosion de stupre et de plaisir.

Leurs cris s'unirent en une hymne à la nuit, symphonie sulfureuse jouée sur la chair, ode au plaisir.
Un ultime cri de jouissance.
Un orgasme d'une pureté absolue.
Le dernier.

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