Le soleil se levait, inondant le ciel bleu de léger reflet rosâtre. L'herbe encore humide de la rosée matinale détrempait mon t shirt. Au dessus de moi les nuages s'effritaient en lambeaux laiteux, brouillant l'azur immaculé.
Le contact du tissus mouillé avec mon dos m'arracha un frisson.
J'étais bien.
Les brins d'herbes glissaient sous mes doigts comme si ma main peignait une immense chevelure.
J'étais seul.
Allongé au milieu de la plaine. J'étais seul, mais pourtant je me sentais bien.
Il y avait dans l'air un je-ne-sais-quoi de bienfaisant.
J'avais retrouvé la camarade de mes plus épiques aventures, celle qui m'a toujours accueilli à bras ouvert quelque soit le nombre de fois où je me suis éloigné d'elle, celle avec qui j'avais vécu tant de chose et que pourtant j'avais renié pour essayer de ne plus être moi. J'avais retrouvé mon chemin au sein des bois obscurs pour revenir à son coeur. Une nouvelle ère est sur le point de commencer. Au loin, la tempête gronde; son hurlement sourd roule sur la cime des arbres préfigurant un changement, un renouveau, le futur venant balayer le passé.
Le vent du changement agite sa chevelure. Elle évolue. Tout évolue. Le ciel pourpre s'éclaircit, tirant sur des reflets blonds. Elle ondule, se déchire. Elle est tiraillée entre l'inconnu et les souvenirs. Des temples et des statues envahis par les herbes folles du passé s'effondrent, engloutis dans les profondeurs de la plaine, engloutis par le changement.
Mais certains résistent, tels des phares impassibles au milieu du déchaînement des éléments, tels des obélisques à la gloire des rêves brisés, sépultures d'un temps qui ne reviendra plus.
Qui vais-je devenir ? Quels autres masques vont venir s'ajouter à cette nouvelle galerie ?
Le passé est sûr, immuable, rassurant. Le futur est incertain, chaotique, terrifiant.
Que choisir ? Rester planté sur ce roc inébranlable jusqu'à ce qu'il se brise ou plonger et se laisser porter par ces flots inconnus ?
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