Jetant mon mégot au loin, je me laissai tomber dans l'herbe humide. Aucun arbre n'occultait le ciel. Mon regard se plongea dans celui des étoiles, me noyant tout entier de leur lueur magnifique. Leur multitude m'engloutissait, me submergeait, m'absorbait corps et âme. Je cessais d'être moi. Je cessais de n'être qu'un. Je cessais d'exister en temps qu' unique. Je devenais partie d'un tout. Je devenais les étoiles. Je devenais une étoile. Mon esprit avait depuis longtemps laissé mon corps par devers lui. Je n'avais plus de limite de pensée. J'envisageai tout. Toutes les réponses me semblaient accessible.
Lentement, ma pensée se dispersais dans l'espace, les minutes s'écoulèrent comme le cours d'une rivière, mes souvenirs s'aggloméraient et défilaient tel un film amateur monté sans grand soin. Vaste bazar de rires et de joies. De pleurs et de déceptions aussi. En temps normal j'aurais secoué la tête. En temps normal j'aurais avorter la projection.
Mais pas aujourd'hui. Aujourd'hui je voulais voir jusqu'au bout. Il arrive un moment où il est nécessaire de le voir jusqu'au bout ce film de vie. Même si on connaît la teneur de la fin et qu'on ne l'aime pas. Même si on ne veut pas la connaître cette fin parce qu'on ne l'imagine que trop bien. Même si on sait que cela ne va pas être une partie de plaisir. Même si on sait que cela va nous faire du mal. Il arrive un moment où on ne peut plus repousser ces souvenirs et qu'il faut les affronter, quoiqu'il en coûte.
Pour moi c'était aujourd'hui. Pourquoi à la fin de cette journée banale ? Je n'en sais rien. Parce que c'est comme ça. Parce que la combinaison d'une multitude d'évènements à fait que j'ai décider d'y faire face ce jour là, allongé dans l'herbe trempée par l'averse toute récente, le regard perdu dans les étoiles qui s'allumaient une à une dans la nuit tombante.
A mesure que je sentais l'humidité imbiber mon pull, les lambeaux de mémoires prenaient possession de mon esprit, l'envahissant, le violant presque. Des milliards d'images défilèrent sous mes yeux, des microscopiques détails réapparurent, des paroles insignifiantes vinrent à nouveau résonner à mes oreilles, des frissons parcoururent tout mon corps.
Puis, s'évaporant comme la fumée d'une cigarette dans la brise du couchant, ils me quittèrent, balayé par le temps, implacable. De leur passage il ne me restait qu'un arrière goût amère au fond de la gorge, ainsi qu'une étrange sensation d'apaisement. Mon passé était derrière moi, enfermé dans une boite. Et plus jamais il ne m’empêcherait d'avancer.
Plus jamais.
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