La nuit tombe. Comme le rideau à la fin d'un spectacle. Les acteurs sortent de leurs rôles, les masques tombent. Comme toujours, la pièce "Jour" a été parfaite. Tout était prévue dans le scénario. Le carambolage et les treize blessés de la Place de l'Etoile, la mère et ses deux enfants morts dans l'incendie de leur maison par un mari jaloux, même la disparition de Sweety la souris bien aimée de Clément était prévue. Tout. Absolument tout l'était.
Plongée à grande vitesse vers les couloirs du Ritz. Un homme et une femme se trouvent chacun d'un coté d'un pas de porte. L'homme n'ose pas entrer. La femme le regarde, un sourire espiègle accroché aux lèvres. Les derniers rayons du soleil semble exercer sur lui une espèce de censure, de blocage qui l'empêche de pénétrer cet antre défendu, cet Eden de plaisir, ce paradis de jouissance.
Dans le script, il est Mr Durand, honnête responsable des ventes, père de famille; mais en dehors il est un menteur et un hypocrite. Dans le script, elle est Mlle Stacks, jeune mais respectable vendeuse d'objets religieux; mais c'est une insatiable salope qui a obtenue le rôle. Ainsi sont les acteurs. Pouvant interpréter des rôles bien loin de leur personnalité.
Tout deux se dévisagent. Soudain le grand rideau bleu foncé fini sa course. Le bas de l'étoffe heurte dans un bruit mat les planches. Il obstrue maintenant définitivement toute lumière.
La salle est à nouveau pleine.
De nouveaux rôles sont distribués.
"Nuit" peut enfin commencer ...
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