samedi 13 novembre 2010

Abribus

Une légère courbe fendait le givre, cicatrice claire tranchant la glace immaculée. La vitre de l'abri bus avait été comme tatouée, comme marquée d'un petit symbole. Tous les sentiments d'un parfait inconnu s'y trouvaient déversés. Ils étaient là, visibles par tous. Le froid avait rendu le tracé maladroit, tremblotant; ou alors était - ce juste l'émotion qui avait compliqué l'élaboration de cette forme pourtant simple ?
Comment s'appelait son auteur ? Qui était - il ? Où vivait - il ? Comment ?
Tant de question qui resteront sans réponses.
Anonyme parmi les anonymes, il avait gravé son individualité dans les premières gelées d'Octobre. D'aucun pourrait trouver ce geste d'une mièvrerie écoeurante et d'une inutilité aveuglante. Qu'ils pensent ce qu'ils veulent.
J'ai, au contraire, trouver dans ce geste la preuve de l'existence d'homme au milieu de ces automates en smoking et de ces blocs de bétons sans âme. Un homme qui sait aimer. Un homme amoureux. Un amoureux, qui dans une pulsion, avait dessiné un coeur dans la glace légèrement bleutée.

Il y avait déposé son coeur du bout des doigts.

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